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> Mousse de bananes

7 juin 2015
Vendus dans la rue ? Ok, les fruits sont locaux et de saison ! - photo M. Six

Vendus dans la rue ? Ok, les fruits sont locaux et de saison ! – photo M. Six

Les bananes sont délicieuses au Maroc. La culture du bananier y a démarré dans les années 1940 mais c’est réellement à partir des années 1980 qu’elle s’est développée dans le pays. On les cultive sous serre, principalement dans la vallée du Sous (région d’Agadir), mais aussi dans le Gharb (nord-est) et près d’El Jadida, au sud de Rabat. Cependant, on continue à voir des bananes d’importation dans les grands magasins, leur prix est pourtant plus élevé et leur goût n’a rien à envier à leurs sœurs marocaines.

La recette que je vous propose l’introduit dans un dessert assez simple à réaliser et qui se présente en verrine. La note marocaine se traduit, comme souvent, par l’association de l’eau de fleur d’oranger et de la cannelle. Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai ajouté un fond de biscuit et les bananes caramélisées. Je ne comprend pas pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt…

INGRÉDIENTS pour 6  personnes :

Mousse de bananes - photo I. Six

Mousse de bananes – photo I. Six

  • 3 bananes + 2 pour la décoration
  • Biscuits à la cuillère (selon la taille de vos verrines)
  • Eau de fleur d’oranger
  • 20 cl de crème liquide
  • 3 blancs d’œuf
  • 2 cuillères à soupe de sucre roux
  • 1 cuillère à café de cannelle

PRÉPARATION : 20 min

TEMPS DE REPOS : 2 heures

PRÉPARATION :

  1. Épluchez les bananes et passez-les au mixeur pour les réduire en purée.
  2. Versez cette purée de banane dans un grand bol, ajoutez-y la cannelle et 1 cuillère à soupe de sucre roux, mélangez bien.
  3. Montez la crème liquide en chantilly. Incorporez délicatement la crème chantilly à la purée de banane, puis battez les blancs d’œufs en neige
  4. Quand ils sont prêts, incorporez-les à la préparation à la banane, en soulevant bien et sans casser les blancs.
  5. Imbibez les biscuits à la cuillère dans un peu d’eau de fleur d’oranger et tapissez-en le fond des verrines.
  6. Faites caraméliser quelques rondelles de bananes dans une poêle avec du beurre et du sucre roux.
  7. Mettez une couche de rondelles de banane au-dessus de la couche de biscuit.
  8. Répartissez la mousse au-dessus et placez au frais pendant au moins 2 h. Au moment de servir, recouvrez de rondelles de bananes caramélisées.
Mousse de bananes - photo I. Six

Mousse de bananes – photo I. Six

> Salade d’oranges à la cannelle

6 juin 2015

Au Maroc, à moins d’aller dans les restaurants gastronomiques, la gamme de dessert est peu variée et se décline généralement sur les fruits de saison. L’orange à la cannelle est LE dessert type que l’on retrouve tout au long de l’année au menu des petits restaurants et en fin de repas familial. De manière plus ou moins basique selon l’inspiration, les oranges sont présentées dans une assiette, coupées en rondelles et saupoudrées de cannelle. Quelques fois, elles sont agrémentées d’eau de fleur d’oranger, de miel ou de sucre glace.

Voici notre recette, ultra simple mais quelque peu modifiée au niveau de la présentation et de l’assaisonnement pour une dégustation plus savoureuse… Une excellente idée de dessert pour l’été : simple, rapide, frais et vitaminé (vitamine C). L’orange est disponible toute l’année mais elle est meilleure au printemps et en été, juteuse et bien sucrée. La cannelle est une épice couramment utilisée dans la cuisine marocaine, aussi bien pour les pâtisseries que pour les tajines et les plats sucrés-salés tels que les plats de fête comme la bastela ou le seffa. Il semblerait que son importante teneur en fibres joue un rôle important dans le contrôle de la glycémie. Parmi ses nombreuses vertus, citons ses pouvoirs antioxydants, ses propriétés antispasmodiques et ses propriétés stimulantes sur les voies respiratoire et circulatoire.

INGRÉDIENTS pour 6  personnes :

  • 6 grosses oranges
  • une cuillère à soupe de rhum ou de porto (facultatif et selon les convives…)
  • une cuillère à soupe d’eau de fleur d’oranger
  • 2 cuillères à soupe de sucre glace
  • 1 cuillère à soupe de cannelle
  • quelques feuilles de menthe fraîche ciselées

RÉALISATION :

  • Difficulté : facile
  • Préparation : 20 mn
  • Repos : 90 mn
  • Temps total : 110 mn

PRÉPARATION :

  • Découper l’écorce des oranges (que vous pourrez toujours utiliser pour faire des orangettes), en essayant d’éliminer le maximum de partie blanche pour ne garder que la chair.
  • Tailler les oranges en suivant les quartiers naturel, puis en petits cubes.
  • Mettre les oranges dans un saladier et ajouter le reste des ingrédients en mélangeant bien.
  • Recouvrir de film plastique et laisser mariner 1 à 2 heures au frigo.
  • Présenter soit dans des verrines, soit dans des coupes, en décorant d’une feuille de menthe par exemple.

 

    • Salade d'orange à la cannelle - photo I. Six

      Salade d’oranges à la cannelle – photo I. Six

 

>Les villes impériales du Maroc (suite)

18 février 2015

II. Les médinas des villes impériales

Structure urbaine d’une médina

« A grand roi, grande ville », écrivait au XIVe siècle l’historien Ibn Khaldûn. Lorsqu’une dynastie marocaine choisit sa résidence à Fès, Marrakech, Rabat ou Meknès, la cité devenue capitale (‘âsima) se pare de monuments qui témoignent du prestige du prince aux yeux de ses contemporains et de l’histoire. Accueillant désormais la vie officielle du roi, avec ses réceptions et son cérémonial, ainsi que sa vie privée, elle se doit d’être l’expression la plus parfaite des réalisations architecturales du temps.

Les remparts au sud de Marrakech et vue sur l'Atlas - photo I. Six

Les remparts au sud de Marrakech et vue sur l’Atlas – photo I. Six

Les quatre villes impériales du Maroc présentent toujours le même schéma : un tissu urbain dense enserré dans des remparts ponctués de tours crénelées et percés de portes monumentales qui la ferment et la protègent dès la tombée de la nuit. Au milieu de l’enchevêtrement de ruelles se dégagent des axes principaux quasi rectilignes qui relient entre elles les portes de l’enceinte.

Bab Boujloud, Fès - photo I. Six

Bab Boujloud, Fès – photo I. Six

Les ruelles donnent accès aux quartiers et des petites impasses familiales privées isolent les maisons et les protègent du regard  étranger. Ces venelles tortueuses et isolées, quelquefois couvertes, sont réservées aux habitants. L’étranger ne les parcourt que s’il y est amené par un lien de parenté ou de clientèle. Il n’est pas rare que, lorsqu’un touriste s’y aventure, à l’écart des quartiers fréquentés, il se voit gratifié d’une interjection « C’est fermé ! Il n’y a rien à voir ». En effet, il ne trouvera aucun commerce de luxe, mais uniquement les équipements de base de la vie quotidienne : une mosquée, un four public, un hammam, une fontaine, une école coranique, une épicerie… H.-M. P. de la Martinière[1] (1859-1922), dans sa Notice sur le Maroc[2] constate que « Les villes du Maroc ont été construites sans aucun plan d’ensemble, au hasard du déroulement de leur histoire ». Le premier noyau des villes remonte généralement à l’époque du moyen âge, aux tous premiers siècles de l’islamisation. Mais les villes islamiques n’offrent aucun plan préalable ni aucune objectivation de l’espace autre qu’une disposition en fonction de la qibla (orientation de la Mecque). En dépit de ce désordre apparent, la construction de ces cités obéit à des impératifs issus d’une logique spécifique : espaces réservés à la production, ceux réservés au commerce (souks), espaces du sacré (position centrale de la grande mosquée, zaouïas[3] avec leurs bains, leurs fontaines et leurs medersas), et les quartiers réservés au sultan (extériorité de la kasbah, avec le palais, les casernes, les arsenaux et les greniers). Cette spécialisation des quartiers peut se lire en suivant les trois fonctions essentielles d’une ville musulmane : centre religieux, carrefour d’échanges commerciaux, et siège du pouvoir (mosquée – souk – palais).

Les tanneries Chouara, Fès - photo I. Six

Les tanneries Chouara, Fès – photo I. Six

La zone commerciale de la médina[4] s’ordonne suivant une hiérarchie qui va du centre – de la Grande Mosquée – vers les remparts. Les activités polluantes (tanneries) sont le plus souvent installées loin du cœur de la cité, à proximité de points d’eau, tandis que la fabrication et la vente des produits de luxe (orfèvres, relieurs, libraires, passementiers…) sont établies près de la mosquée. Mais il n’y a pas de modèle avéré et nombreux sont les marchés ou les métiers qui disparaissent, se déplacent ou se dispersent. La boutique (hanout) est le principal local des artisans et des commerçants qui constitue le souk. C’est une petite pièce de dimensions variables dont la construction est facile et d’un prix modique, ce qui favorise la création de nouveaux souks par simple juxtaposition de boutiques. Ces échoppes sont parfois réunies dans des constructions spéciales, fermées par des portes, véritables rues couvertes, que l’on appelle kissaria.

Foundouk dans la médina de Marrakech - photo I. Six

Fondouk dans la médina de Marrakech – photo I. Six

Le fondouk, ou caravansérail est un bâtiment à multiples fonctions qui servaient à accueillir les gens de passage, les marchands et leurs bêtes. Son autre emploi, toujours actuel, est de servir d’entrepôts et d’abriter des boutiques et des ateliers d’artisans. Il se présente généralement comme un grand bâtiment carré ou rectangulaire, dont les étages – un ou deux – s’organisent autour d’une grande cour à ciel ouvert encadrée de portiques. Le centre est parfois occupé par une fontaine qui servait à abreuver les montures. Au rez-de-chaussée se trouvent les boutiques, à l’étage les pièces réservées à l’hébergement.

Symbole social et urbain d’une puissance propre à impressionner les esprits, le minaret de la grande mosquée transcende l’ensemble de la cité. L’appel à la prière que lance le muezzin cinq fois par jours et qui scande le déroulement de la journée est une évocation permanente de l’unité de la communauté musulmane (umma).

L’habitat traditionnel en médina

Les quartiers –derb – de la médina semblent être une réduction, à l’échelle domestique, des concepts de la ville. Plus petite entité contenant la maison, le quartier traditionnel des médinas possède toutes les fonctions requises à la vie collective. Il se veut autonome en regroupant en son sein tous les éléments et les équipements nécessaires à la vie quotidienne, tels que les commerces et les services, les lieux de culte et de rassemblements et même la sécurité personnelle, sans avoir à sortir du groupe. Dans ce contexte de fermeture systématique au monde extérieur, il n’aurait pas été concevable que se développe une forme d’habitat extravertie. De fait, la maison arabo-musulmane est le lieu de l’intimité absolue, elle n’est pas ouverte sur l’extérieur mais sur l’intérieur.

Dar Cherifa, Marrakech

Dar Cherifa, ancienne demeure du XVIe siècle, Marrakech

Les demeures traditionnelles marocaines constituent l’élément de base de la structure des quartiers d’habitation de la médina. À l’origine, elles sont construites pour abriter les familles des hauts commis de l’Etat, des commerçants ou des artisans aisés et reprennent le même plan d’ensemble : une entrée comprenant un vantail et un petit vestibule en chicane conduisant à un espace central, el wüst ed-dar. Celui-ci constitue l’élément de base pour la ventilation et l’ensoleillement de la maison. C’est par lui que sont distribuées et éclairées toutes les pièces et dépendances qui le bordent. Le patio a donc une place centrale dans la maison, mais aussi dans la vie domestique où il joue un rôle social important. C’est un espace extérieur d’agrément dédié avant tout à la réunion familiale et à la détente. Mais, à l’instar de la terrasse, il sert également aux travaux domestiques comme la cuisine ou la lessive. C’est le lieu de socialisation des femmes et de ce fait la maison traditionnelle apparaît comme un lieu clos symbolisant la dignité de ses occupants.

Pour respecter cette intimité, des règles de bon voisinage sont régis par des principes constructifs fondamentaux. Ainsi, la porte d’entrée ne sera pas placée en face d’une autre ou de façon contiguë. De même, un propriétaire ne peut construire ou exhausser son habitation sans tenir compte de la morphologie de la ville. Il doit veiller, notamment, à ce que la hauteur de sa maison ne lui permette pas de plonger son regard chez les voisins. Ce souci de discrétion est consacré par un hadith du Prophète : « Ne bâtis pas de façon à avoir un regard sur le cœur de ton voisin ; ne bâtis pas de façon à ce que ton voisin ait un œil sur ta demeure ! »

On oppose, généralement à tort, deux modèles d’habitat traditionnel qui présentent les mêmes caractéristiques, à un élément près : le dar et le riad. Le dar, « maison » en arabe, est l’habitation traditionnelle organisée autour d’une cour revêtue d’un enduit ou badigeonnée de chaux, le plus souvent pavée de zelliges, de bejmat[5] ou de marbre. Il comporte ou non une fontaine en son centre et est parfois orné d’une galerie couverte à colonnades, sur laquelle s’ouvrent les pièces de séjour au rez-de-chaussée et les chambres à l’étage. Ces portiques permettent également de faire écran aux rayons du soleil en maintenant à l’ombre les façades intérieures. Enfin, couronnant la maison, la terrasse est le lieu dévolu aux femmes où, jadis confinées à la maison, elles entretenaient des rapports de voisinage les unes avec les autres. C’est le seul espace ouvert sur l’extérieur et offrant une vue très souvent spectaculaire sur la médina.

Musée Dar Si Saïd - photo R. Six

Musée Dar Si Saïd – photo R. Six

Dans la tradition arabe, un riad est un jardin clos d’inspiration andalouse, et non une habitation. Il s’agit d’un jardin d’agrément rigoureusement divisé en quatre parterres – ces quatre espaces végétaux symbolisent pour les musulmans le paradis sur terre – entourant une fontaine placée au centre de la composition, qui sert à irriguer la végétation. Le riad, véritable oasis reconstituée, préfigure le paradis céleste.  Dans une optique commerciale et touristique, le terme riad est associé à d’autres types d’habitat au Maroc. Ceux-ci peuvent être situés à l’extérieur des médinas et ne pas disposer de jardins intérieurs. Par extension, au fil du temps, les maisons disposant d’un jardin intérieur et d’une fontaine en leur centre ont pu être désignées comme riad. Dans la tradition musulmane, le paradis, ou éden, est décrit comme étant la source des quatre fleuves. L’eau et la végétation sont donc les éléments essentiels du riad marocain.

Richesse des décorations ornementales

Médina de Marrakech - photo I. Six

Médina de Marrakech – photo I. Six

La majorité des façades ne présente aucune autre ouverture que la porte d’entrée. Elles sont généralement complètement nues ou simplement recouvertes d’un enduit de terre et de chaux grossiers, de couleur naturelle. Leur austérité contraste avec la grande richesse ornementale intérieure des palais et des demeures des anciennes cités impériales. Suivant les normes régissant l’art islamique, le décor envahit toutes les surfaces, répondant à une véritable horreur du vide. La décoration de ces demeures reprend les éléments classiques issus de l’influence andalouse qui s’est exercée de façon continue depuis le XIe siècle. Des apports successifs des populations venues d’Espagne ont été introduits pour se mêler aux goûts et à la personnalité des sultans de chacune des grandes dynasties. Les monarques bâtisseurs ont développé leur propre tradition architecturale, marquant de leur empreinte chacune des villes impériales.

Zelliges et stuc ciselé à la médersa Ben Youssef, Marrakech - photo I. Six

Zelliges et stuc ciselé à la médersa Ben Youssef, Marrakech – photo I. Six

Le motif n’est jamais isolé et se répète à l’infini. Toute représentation d’êtres vivants ayant été bannie de l’ornementation arabo-musulmane afin de ne pas rivaliser avec l’acte créateur divin, les artisans ont déployé leur imagination en déclinant trois types de motifs. Les motifs géométriques sont toujours symétriques, formés par combinaisons mathématiques et recouvrent les murs dans une répétition illimitée. Le décor floral se compose d’entrelacs floraux, de rinceaux, de palmettes stylisées à l’extrême. Dans le décor épigraphique, la calligraphie s’associe toujours à une écriture de caractère sacré. Sur les murs des édifices religieux, elle habille des frises horizontales, sises entre mosaïques de zelliges et reliefs de plâtre sculpté. Versets du Coran, hadîth du Prophète ou louanges au souverain y sont placés en style coufique, écriture monumentale et géométrique assemblant des lignes droites, épaisses et anguleuses qui se prêtent de manière idéale au décor architectural.

Médersa Bou-Inania, Fès - photo I. Six

Médersa Bou-Inania, Fès – photo I. Six

L’art du zellige connaît son apogée au XIVe siècle, sous le règne des Mérinides. Avec le bois sculpté ou peint et le plâtre ouvragé, il constitue les parements les plus typiques des demeures et monuments hispano-mauresques. Ces petits carreaux émaillés tracent des dessins géométriques sur le bas des murs, qu’ils protègent de l’humidité, habillent les colonnes d’un patio, rehaussent les contours d’une fontaine murale. C’est le m’allem (maître d’œuvre) qui dresse le plan d’assemblage selon une composition qui obéit à des règles immuables que l’artisan décline à l’infini. A partir de simples formes géométriques – carrés, losanges, triangles, l’artisan compose des chevrons, des arcs, des étoiles, des cercles, des rosaces d’une grande complexité. La préparation de ces petits morceaux de faïence se fait à partir de carreaux d’argile de dix centimètres de côté, cuits une première fois. Recouvert d’émail, selon une gamme de 7 couleurs (blanc, noir, vert, bleu, rouge, jaune, ocre), ils sont cuits une seconde fois. Sur ces carreaux monochromes, l’artisan trace le contour des pièces à tailler – losanges, triangles, trapèzes, etc. – à l’aide d’un gabarit et les carreaux sont ensuite découpés manuellement au moyen d’une lourde hachette double. À chaque forme de zellige correspondent une couleur et un nom spécifique que seuls connaissent les artisans expérimentés. Ces formes et ces couleurs sont assemblés d’après le dessin exécuté par le maître d’œuvre. Les milliers de pièces ainsi découpées sont disposées à l’envers, émail contre sol, sur une surface parfaitement lisse, puis assemblées comme les pièces d’un puzzle. L’artisan part du centre du motif qu’il agrandit tout autour en suivant la forme du modèle. Son travail demande une extrême précision étant donné qu’il ne voit que  l’envers du décor. Une fois les zelliges en place, ils sont saupoudrés de plâtre et de ciment formant un joint. Les pièces sont collées entre elles, l’artisan redresse alors le panneau et le fixe au mur afin de réaliser les raccords entre chaque panneau apposé.

Artisan céramiste à Fès  - photo R. Six

Artisan céramiste à Fès – photo R. Six

Au-dessus des panneaux de zelliges, le plâtre sculpté agrémente les murs jusqu’au plafond. Il est largement utilisé autour des portes et des fenêtres et à l’intrados des arcs. Tendre, facile à travailler, il sèche lentement, ce qui permet à l’artisan de rectifier son motif plusieurs semaines après la pose. Le stuc, d’un blanc laiteux, est travaillé et ciselé directement sur son support. Débarrassé de ses impuretés après un passage au tamis, puis pétri dans l’eau pour obtenir une consistance parfaite, le plâtre est étalé en couches de quelques centimètres d’épaisseur sur la surface à décorer, puis soigneusement lissé. L’artisan trace le contour des dessins au moyen de sa règle, d’un compas, et de pochoirs. Ensuite il évide tout ce qui ne sera pas dessin à l’aide d’un ciseau très fin. Une véritable dentelle surgit sous ses doigts. Le stuc habille les chapiteaux de palmes stylisées, trace des lettres calligraphiées en frises, garnit les pendentifs des coupoles de stalactites et d’alvéoles, sortes de nids d’abeilles appelés mouqarnas.

Porte et auvent en bois de la zaouïa Tijani, Fès - photo I. Six

Porte en bois de la zaouïa Tijani, Fès – photo I. Six

L’art de sculpter le bois est un savoir-faire dont la ville de Fès se veut la digne héritière. Une odeur persistante de cèdre émane du quartier des menuisiers. Ce bois imputrescible et disponible en quantité, résiste aux parasites et est le plus généralement employé en architecture, dans les mosquées, les palais et les medersas. Parmi les éléments architectoniques en bois des édifices d’inspiration hispano-mauresque, les plafonds ouvragés, enrichis parfois de décors colorés (zouak) et les dômes organisés selon une géométrie savante, reproduisent les mêmes motifs géométriques ou floraux qui ornent la pierre, le plâtre ou la céramique. Les corbeaux sur lesquels reposent les linteaux finement sculptés portant souvent des inscriptions cursives participent autant à la structure des édifices qu’à leur décor et délimitent un espace intermédiaire entre le patio et les chambres. Les frises, les balustrades, les vantaux de portes et fenêtres, représentent des exemples caractéristiques du travail artistique réalisé par les artisans charpentiers et menuisiers. Les moucharabiehs[6], dont les plus ouvragés sont dits en « œil de tourterelle » (‘ayn al-yamâm), ont une fonction de cloisonnement créant des effets de lumière et des espaces privés soustraits aux regards. Ils permettent également une ventilation naturelle des pièces.

Vasque en marbre du Palais Badia, Marrakech - photo I. Six

Vasque en marbre du Palais Badia, Marrakech – photo I. Six

Enfin, le marbre blanc se retrouve dans le pavement des cours des palais et des grands édifices. Il prête sa blancheur aux  vasques d’ablution, aux fontaines ou aux fines colonnes de certains patios. Du temps des Saadiens, le marbre d’Italie était échangé contre un poids égal en sucre, dont le Maroc disposait à profusion.

I.Six

[1] Henri-Maximilien Poisson de la Martinière (1859-1922) : Diplomate, archéologue et géographe, auteur de récits de voyage. Un des pionniers de la découverte scientifique du Maroc, résident à Tanger (de 1882 à 1889), nommé à Alger (en 1889), il gère la légation de France à Tanger (de 1900 à 1901), est nommé ambassadeur de France à Téhéran (en 1909) – (d’après data.bnf.fr).

[2] Paris, H. Lamirault & Cie éditeurs, 1897 (in Gallica, bibliothèque numérique de la BNF).

[3] Zaouïa : établissement religieux sous l’autorité d’une confrérie, affecté à l’enseignement, aux prêches et à la rencontre des adeptes.

[4] La médina désigne la partie ancienne des villes d’Afrique du nord par opposition aux quartiers modernes de type européen.

[5] Bejmat : demi-brique émaillée sur une face, de forme rectangulaire, généralement verte, blanche ou bleue, qui peut former des compositions géométriques variées.

[6] Moucharabieh : panneau à mailles croisées fait de l’assemblage de baguettes de bois tournées et sculptées, placé aux balcons ou aux fenêtres, dont les entrelacs ajourés permettent de protéger un lieu des regards extérieurs tout en permettant le passage de la lumière.

Mouqarnas  à la medersa Ben Youssef, Marrakech - photo I. Six

Mouqarnas en stuc à la medersa Ben Youssef, Marrakech – photo I. Six

Ouvrages consultés :

  • Modèles d’habitats marocains, par Atif Shama, Lausanne, 2011.
  • Palais et médinas, texte par Marie-Pascale Rauzier, photos de Cécile Tréal & Jean-Michel Ruiz, Paris, Editions de Lodi, 2006.
  • Artisans de la terre, texte par Jamal Bellakhdar, photos de Cécile Tréal & Jean-Michel Ruiz, Paris, Hazan, 2002.
  • Les villes impériales du Maroc, texte par Mohamed Métalsi, photo de Cécile Tréal & Jean-Michel Ruiz, Paris, Terrail, 2001.
  • La médina de Marrakech. Formation des espaces urbains d’une ancienne capitale du Maroc, par Quentin Wilbaux, Paris, L’Harmattan, 2001.
  • « Les bâtisseurs de médinas », par Mohamed Métalsi, in Qantara, 1996, n°20, pp.28-33.

> Les villes impériales du Maroc

31 janvier 2015

I. Les grandes dynasties : Survol historique

Terre berbère en pays d’islam, le royaume du Maroc est le plus occidental des États du Maghreb. À la charnière de l’Afrique et de l’Europe, dont il n’est distant que de 14 km, il ouvre une porte entre deux mondes et deux cultures. Il se veut un lien entre deux continents. Le pays déroule à travers ses paysages, ses villes impériales, ses kasbah de terre, ses villages en pisé, du Rif méditerranéen à la côte atlantique, des hauteurs de l’Atlas au sud saharien, de douces splendeurs, des mystères insondables et d’amères contradictions.

Al–Maghrib al-Aqsa, « pays du soleil couchant », le Maroc est l’Occident du monde musulman. Méditerranéen, atlantique, saharien et oriental, il offre une mosaïque de peuples et de cultures. Par sa position stratégique, aux confins de deux mers et de deux continents, le pays entre dans la sphère d’influence des grandes civilisations méditerranéennes dès l’Antiquité. Au XIIe siècle A.C., les Phéniciens y établissent des comptoirs. Les colons carthaginois prennent le relais jusqu’au IIe siècle A.C. alors que les tribus berbères s’organisent à l’intérieur des terres et fondent le royaume de Maurétanie. En 40 P.C., les Romains annexent une partie du Maroc qui devient alors la Maurétanie tingitane. Cette présence se traduit par la fondation de centres urbains tels que Volubilis, Lixus et Tingis. Les Byzantins suspendront cette longue période de l’Antiquité en récupérant les places fortes de Tanger et Ceuta.

Le site archéologique de Volubilis (photo I. Six)

Le site archéologique de Volubilis – photo I. Six

A la fin du VIIe siècle, l’arrivée des premiers conquérants arabes marque un événement majeur de l’histoire du Maroc. De nouvelles populations s’adjoignent au substrat berbère. À l’influence de l’Occident romain et chrétien succède celle de l’Orient arabe. La soumission et la conversion des Berbères ne s’effectueront qu’à partir du VIIIe siècle. Dans la situation confuse où se trouve alors le Maroc, divisé entre tribus, un royaume affirme son originalité, celui des Idrissides (788-984). Ils sont les fondateurs du premier état islamique marocain.  Idris Ier, descendant d’Ali, gendre du prophète, s’installe dans la région de Oualila (Volubilis) en 788, auréolé du prestige de ses origines. Le fait historique majeur du règne d’Idris II est l’achèvement de la fondation de la ville de Fès comme capitale de ce premier royaume. Fès a été édifiée en deux étapes. D’abord, sous Idris Ier, un premier noyau est établi dès 789 sur la rive est de l’oued Fès ; il est appelé Madinat Fas, nom qui apparaît sur des monnaies frappées en 801 et 805. En 808, Idris II fonde sur la rive opposée un second centre, qui porta jusqu’au milieu du IXe siècle, le nom d’al-‘Aliyya. Le peuplement des deux noyaux est renforcé par l’arrivée en 814 de réfugiés andalous chassés de Cordoue par les Omeyyades, ainsi que par des populations originaires de Kairouan. Cet apport démographique donnera aux deux rives leurs toponymes : al-Andalus (rive des Andalous) et al-Qarawiyyîn (rive des Kairouanais). Fès restera une ville double, avec deux noyaux séparés dotés chacun d’une enceinte, jusqu’à son unification par les Almoravides au XIe siècle.

L’on connaît peu de chose de l’art idrisside. Les rares réalisations qui subsistent témoignent des influences de la capitale arabe de Kairouan et de la grande métropole d’Orient, Damas. L’édification au milieu du IXe siècle des mosquées al-Qarawiyyîn et des Andalous à Fès, dont l’état initial a été complètement transformé par les restaurations ultérieures, annonce les débuts effectifs de l’art islamique au Maroc. Fondée en 857, la mosquée al-Qarrawiyyîn est l’œuvre d’une femme pieuse venue de Kairouan, Fatima bint Mohammed al-Fihri, qui consacra toute sa fortune à sa construction. Mosquée la plus prestigieuse du Maroc, elle a fait l’objet du respect de toutes les dynasties, a bénéficié des soins attentifs de tous les princes et a subi des agrandissements et restaurations de son origine à nos jours. La mosquée primitive n’était alors qu’un modeste oratoire constitué de quatre travées parallèles au mur de la qibla.

Fondée sur la rive opposée, dans le quartier des Andalous, la mosquée des Andalous voit le jour en 859-860. On raconte que ce serait la sœur de Fatima, Mariam al-Fihri, qui aurait à son tour financé l’édifice, aidé d’un groupe d’Andalous. En 956, il est doté d’un minaret semblable à celui de la mosquée rivale grâce aux subsides du calife de Cordoue.

Dynasties berbères converties, les Almoravides, puis les Almohades, bâtissent un grand empire ibéro-maghrébin qui, à son apogée, s’étendra sur toute l’Afrique du Nord jusqu’à l’Andalousie.

L'empire almoavide à son apogée

L’empire almoravide à son apogée

Venus du Sahara occidental, les Almoravides (1055-1147) organisent progressivement une maîtrise économique et politique du territoire à partir des routes caravanières et de la prise des villes de Sijilmassa et Aghmat. Ces « gens du ribat » sont unis par un double lien : leur foi mais aussi le ribat, le monastère, où un prédicateur les fortifie dans l’islam. Au croisement des pistes et au contact des vallées fertiles de l’Atlas et des plaines atlantiques, ils fondent la ville de Marrakech qui devient la capitale de leur empire en 1070.

Les grandes conquêtes sont l’œuvre de Yûsuf ibn Tâchfine (1060-1106), l’émir musulman le plus puissant d’Occident. Vainqueur de la bataille de Zallaqa en 1086, il occupe toute l’Espagne. Son empire, « l’empire des deux rives »,  s’étend du Tage au Sénégal et des côtes algériennes au Soudan.  Le pouvoir almoravide connaît sous le règne de l’émir ‘Ali ibn Yûsuf les premiers symptômes de sa crise. Enlisés dans la guerre en al-Andalus contre l’avancée chrétienne, qui reprend à partir de 1118 avec la prise de Saragosse par les Aragonais, les Almoravides ont dû aussi affronter la révolte almohade. Malgré leur force militaire et la série de fortifications mises en place pour verrouiller les accès aux plaines depuis les zones montagneuses dissidentes, les Almoravides succombent aux attaques almohades, et la capitale Marrakech tombe en 1147.

Koubba al-Bu’diyyîne (photo A. Poncet)

Koubba al-Bu’diyyîne, Marrakech – photo A. Poncet

Progressivement, sous le règne des Almoravides, l’art du Maroc s’émancipe de l’influence de l’Orient musulman pour donner naissance à un style hispano-mauresque. Le savoir-faire architectural et ornemental vient désormais de Cordoue et de Grenade. L’arc en plein cintre outrepassé, la calligraphie coufique, souvent associée au décor floral, la stylisation des formes végétales telles que la feuille d’acanthe et l’emploi du stucage font désormais partie du patrimoine ornemental marocain. A Marrakech, cet héritage andalou est visible sur un monument tel que la Koubba al-Bu’diyyîne, un des rares vestiges almoravides à avoir échappé aux destructions des puristes almohades. Le décor floral extérieur s’inscrit avec sobriété dans des espaces délimités par les arcs et les nervures en forme d’étoile de la coupole. On doit également aux Almoravides deux réalisations primordiales dans l’urbanisme du Maroc. Ils dotent leur capitale Marrakech d’une zone palatiale (Qasr al-hajar, palais de pierre, situé à l’emplacement de la future Koutoubiyya almohade), d’une grande mosquée, portant le nom du deuxième souverain almoravide ‘Ali ben Yûsuf (1106-1143) et en assurent l’alimentation en eau grâce à un réseau complexe de canalisations souterraines (khettaras), nécessaires à l’irrigation de nombreux jardins urbains. Marrakech est protégée plus tard, devant la menace des rebelles almohades, par une grande enceinte en terre. Leur deuxième réalisation majeure concerne la réunification de Fès. Ils construisent une nouvelle enceinte et effectuent le plus important agrandissement de la mosquée al-Qarawiyyîn.

Détail de la tour Hasan, Rabat (photo I. Six)

Détail de la tour Hasan, Rabat – photo I. Six

Berbères montagnards descendus du Haut-Atlas, les Almohades (1147-1269) ambitionnent de refonder tout le monde musulman dans sa vision originelle. Ils se veulent califes, donc successeurs du prophète Mohamed. Ce mouvement est avant tout l’œuvre d’un seul homme, Ibn Toumert. Il condamne toute forme d’anthropomorphisme ou de polythéisme et prône  surtout un islam recentré sur l’unicité de Dieu. En 1125, Ibn Toumert s’installe à Tinmel où il entame la construction d’une grande mosquée, sorte de forteresse-monastère où se préparaient à leur mission sacrée les combattants intransigeants de la loi musulmane. Ses disciples, les Mouwahhidoun, d’où Almohades ou les « Unitaires » partiront à la conquête de tout le Maghreb. Durant un siècle, les Almohades, en les personnes d’Abd el-Moumen et Yacoub el Mansour, feront du Maroc un empire puissant et prospère. L’expression artistique, empreint d’une grande sobriété, est un des vecteurs privilégiés de l’idéologie almohade. Dans la capitale Marrakech, devenue un important centre de la culture arabo-musulmane où se rencontrent philosophes (Ibn Rochd, 1126-1198), médecins (Ibn-Tofayl, 1110-1185) et savants, une nouvelle cité palatiale, la kasbah, est aménagée. Séville, siège andalou du pouvoir califale almohade voit l’édification d’une grande mosquée. Ribat al-fath est la principale nouvelle fondation de la dynastie, elle verra la construction d’une grande mosquée restée inachevée, la mosquée Hasan, aux dimensions inégalées dans l’histoire de l’Occident musulman médiéval. L’urbanisme almohade est marqué notamment par l’importance des systèmes de fortification urbaine, et l’intérêt particulier accordé à l’extension des zones de jardins péri-urbains grâce à l’aménagement des jardins dotés de grands bassins d’eau, comme à Marrakech, Fès ou Séville.

L'empire almohade

L’empire almohade

Après la victoire chrétienne de Las Navas de Tolosa en 1212, le déclin almohade se prolonge jusqu’en 1269. Cette dynastie qui donna au Maroc médiéval sa plus grande extension géographique ainsi que l’éclat d’une civilisation née de la symbiose entre berbérité et culture andalouse en l’espace d’un peu plus d’un siècle, doit à son tour céder la place à une nouvelle dynastie berbère : les Mérinides (1269-1465).

Zénètes, nomades issus des hauts plateaux du Maroc oriental, les Mérinides exercent leur action dans plusieurs directions et tentent de reconstituer l’unité de l’Islam occidental. À la différence de leurs prédécesseurs, les Mérinides ne se réclament d’aucun mouvement politique ou religieux réformateur clairement identifié. Le pouvoir mérinide est vite confronté à une crise de légitimité. Mais la vieille cité idrisside ne leur convient pas entièrement et, en 1276, ils lui adjoignent une nouvelle ville, Fès el-Jdid, à l’ouest de l’ancienne, Fès el-Bâli. Fès devient un foyer capital de la production juridique et accueille de nombreux savants et juristes, dont al-Wansharîsî (m. 1508), auteur de la principale compilation de jurisprudence mâlikite. Des madrasas, établissements officiels d’enseignement édifiés par le pouvoir marinide, forment les élites religieuses et juridiques du pays.  Elles illustrent aussi la nouvelle recherche esthétique des artistes mérinides qui déploient une maîtrise technique et une virtuosité dans l’ornementation. Les Mérinides ne furent pas de grands bâtisseurs mais ils encouragèrent l’artisanat maghrébin par des actions de mécénat et permirent ainsi à l’art hispano-mauresque d’atteindre l’apogée de l’harmonie et de l’élégance dans le décor des édifices : bois de cèdre sculpté, calligraphie excisée sur le zellige ou sculptée sur plâtre, frise à entrelacs variés ou muqarnas. Les médersas Bû-Inâniya et al-Attârîn de Fès et la médersa Ben Youssef de Marrakech témoignent du haut degré de raffinement atteint par l’art mérinide aux XIVe et XVe siècles.

Médersa Ben Youssef, Marrakech (photo I. Six)

Médersa Ben Youssef, Marrakech – photo I. Six

Le Maroc entre alors dans un processus de décomposition interne qui aboutit à une véritable dislocation territoriale. L’Etat mérinide sombre inexorablement, des régions entières se rendent indépendantes, l’unité nationale est brisée par des féodalités.

C’est dans ce contexte économiquement et politiquement difficile qu’une tribu berbère, les Béni Wata, apparaît et étend son pouvoir. A partir de 1471, Mohamed al-Cheikh devient le premier sultan de la dynastie des Wattassides (1471-1554). Malgré une tentative d’imposer des réformes nécessaires et des efforts pour s’attirer la sympathie des tribus arabes, elle sera impuissante à enrayer la décadence marocaine, à rassembler les terres éparpillées du royaume et à mettre un terme à la conquête portugaise. Les Wattassides perdront peu à peu le pouvoir au profit des Saadiens. Cet échec est indubitablement lié à un manque de prestige religieux. A la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, face au démantèlement du pouvoir central des Wattassides, les chefs des confréries religieuses apparaissent comme les derniers défenseurs de l’islam menacé. Jouant un rôle de premier plan dans la résistance contre les Portugais, ils lancent un appel à la guerre sainte contre les envahisseurs chrétiens, suscitant des volontaires et collectant des fonds.

Palais al-Bâdi', Marrakech - photo I. Six

Palais al-Badi’, Marrakech – photo I. Six

C’est alors que le rôle religieux des Saadiens (1511-1659) commence. Etant chérifs – terme qui désigne les descendants du prophète et qui, à ce titre, leur confère des lettres de noblesse – leur prestige était déjà immense. À la cause religieuse s’ajoute celle du commerce saharien, vital pour l’économie marocaine dans la lutte contre l’occupation lusitanienne. Leur règne connaît une véritable renaissance politique, économique et intellectuelle. Les Portugais sont évincés de tous les ports, à l’exception de Mazagan (El Jadida), ils sont défaits à la « bataille des Trois Rois » en 1578. Ahmad al-Mansour s’empare de Tombouctou et de la route de l’or et y gagne le surnom de Ed-Dhebi, (« le doré »). Marrakech, la capitale, brille à nouveau avec le palais al-Badi’ et la nécropole royale. Le siècle saadien fut une période d’ouverture sur le monde, ce qui permit au royaume de recevoir des influences venues d’Europe, de Turquie, d’Andalousie ou d’Afrique noire et d’en faire la synthèse. C’est également une période d’essor urbain. Fès domina intellectuellement la première phase de la dynastie et Marrakech la seconde. Les réalisations artistiques traduisent un attachement à celles des glorieuses dynasties du passé, signant la continuité d’une tradition solidement ancrée au Maroc. Elles s’en distinguent néanmoins par le caractère monumental des édifices, plus élancés et plus aériens, et par un foisonnement d’éléments décoratifs.

Le danger turc est contenu et écarté sous le règne des Saadiens. Le Maroc est le seul pays du Maghreb à ne pas avoir été dominé par l’Empire ottoman. A la mort d’Ahmed el-Mansour en 1603, le Maroc est devenu une grande puissance aux portes de l’Europe. Mais très rapidement la situation se dégrade et le pays connaît de graves troubles avec des querelles successorales, territoriales et une guerre civile qui ravage tout le royaume. La dynastie saadienne ne survit pas à la mort d’al-Mansour et le pays connaît soixante années noires de violences et de massacres. Il faudra attendre l’arrivée des Alaouites pour que l’ordre soit rétabli au Maroc.

Mausolée de Moulay Ismaïl, Meknès - photo I. Six

Mausolée de Moulay Ismaïl, Meknès – photo I. Six

La dynastie alaouite (1636 à nos jours) qui règne actuellement sur le Maroc en la personne du roi Mohamed VI est originaire de Yanbo en Arabie. Elle a pour ancêtre Hassan ad-Dakhil, descendant du prophète, arrivé au Tafilalet au début du XIIIe siècle sous le règne du second sultan mérinide Abou Yacoub Youssef (1286-1307). La famille chérifienne jouit très vite d e la considération attachée à son illustre ascendance et le Tafilalt devient le fief des alaouites. L’incapacité des Saadiens à mettre un terme à l’anarchie totale dans laquelle se trouve alors le Maroc va provoquer les premières réactions alaouites. Véritable fondateur de la dynastie, Moulay Rachid réussit à imposer son autorité sur tout le Maroc. Son demi-frère, Moulay Ismaïl consolide le pouvoir central pendant son long règne, de 1672 à 1727. Il crée une armée permanente, les abid al-bokhari, qu’il répartit en camps et forteresses à travers tout le pays, mène à l’extérieur une politique active contre les Turcs et s’impose en Mauritanie. Liées au commerce ainsi qu’au rachat des captifs, plusieurs ambassades furent échangées avec la France et l’Angleterre. Contemporain de Louis XIV qu’il admirait et dont il aurait souhaité épouser la fille, la princesse de Conti, le sultan alaouite s’avère être un ambitieux bâtisseur. Il  élève au rang de ville impériale Meknès, alors petite bourgade, qu’il enrichit de nombreux palais, de mosquées, de médersas, de jardins et pièces d’eau.

Après la mort de Moulay Ismaïl, l’histoire du XVIIIe siècle est scandée par des crises militaires, économiques, démographiques, et par la résistance religieuse des zaouïas et des confréries. L’impérialisme européen marque l’histoire du XIXe siècle. Le Maroc garde son indépendance mais, outre la défaite de son armée face à la France présente en Algérie (1844), il doit accepter la pénétration économique de la France, de l’Espagne, de l’Angleterre par des traités qui lui  enlèvent l’essentiel de ses prérogatives financières et, au début du XXe siècle, l’occupation de Casablanca (1907) par la France et du Rif par l’Espagne. Sous la pression militaire française, le protectorat de la France sur le Maroc est imposé en 1912. Les Espagnols profitent de cette situation politique et militaire et occupent progressivement certaines parties du Rif. Ainsi entre 1912 et 1934, le pays est le théâtre de luttes qui opposent la résistance marocaine aux armées françaises et espagnoles. Mais grâce à la révolte du souverain légitime Mohammed V et du peuple marocain, le Maroc obtient son indépendance en 1956.

Sous le règne d’Hassan II, le Sahara marocain, est récupéré et de nombreux monuments sont construits. Parmi les belles réalisations architecturales de cette époque, il faut citer le Mausolée Mohamed V à Rabat et la grande mosquée Hassan II à Casablanca. Après la mort d’Hassan II en 1999, son fils Mohamed VI accède au trône selon les traditions marocaines relatives à l’allégeance.

Isabelle S.

Ouvrages consultés

« Le Maroc médiéval, une histoire méconnue », par Yannick Lintz, in Dossiers d’Archéologie, n°365, sept./octobre 2014.

Histoire du Maroc. Des origines à nos jours, par Bernard Lugan, Ellipses Editions, 2011.

Les villes impériales du Maroc, par Mohamed Métalsi, Cécile Tréal, Jean-Michel Ruiz, Editions Pierre Terrail, 2001.

Maroc. Repères chronologiques, par Jean Brignon, Hachette (Guides bleus), 2008.

« Le Maroc des villes impériales », in Géo, n°166, décembre 1992.

Site web : http://www.qantara-med.org/qantara4/index.

Mausolée Mohamed V, Rabat - photo I. Six

Mausolée Mohamed V, Rabat – photo I. Six

>Marrakech et son patrimoine récent : Guéliz

16 août 2014

Capitale du tourisme culturel par excellence, Marrakech attire principalement par sa médina à laquelle on reconnaît un intérêt historique évident, sa place Jemaâ el Fna, un des symboles de la ville inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, et, dans une moindre mesure, sa palmeraie aux tristes palmiers qui n’a à offrir que luxueuses villas, palaces et golfs pour une clientèle en mal d’exotisme. S’il y a actuellement un intérêt pour la « ville nouvelle » construite sous le Protectorat français, il ne concerne malheureusement pas son aspect architectural et patrimonial mais plutôt sa vie économique « à l’occidentale ».

Immeuble Martinet à Casablanca construit par Pierre Bousquet en 1919.

Immeuble Martinet à Casablanca construit par Pierre Bousquet en 1919 (photo prise sur Pinterest)

Depuis quelques années, le patrimoine récent de la ville de Casablanca s’est vu sauvegardé et mis en valeur touristiquement, grâce, notamment, à l’action de l’association de sauvegarde du patrimoine Casamémoire ([i]).

Le 27 novembre 2013, le centre du patrimoine mondial de l’Unesco a inscrit la ville blanche sur la liste indicative du patrimoine mondial. Ainsi, considérant les efforts entrepris par l’association Casamémoire, le Ministère de la Culture renforce la convention étroite établie depuis plusieurs années avec cette structure associative. Cette initiative permet d’agir en commun par le biais d’un comité d’accompagnement pour promouvoir le patrimoine architectural casablancais et de préserver ce témoignage historique et culturel que sont, entre autres, les bâtiments de style Art déco.

photo I.Six

Immeuble de la Société Générale (rue de Yougoslavie) Marrakech – photo I.Six

Marrakech, contrairement à la capitale économique, ne bénéficie pas d’une telle attention car la ville ocre posséderait suffisamment de ressources touristiques et patrimoniales et serait mise en avant pour son caractère « authentique » et sa culture vivante. Les bâtiments érigés durant l’époque du Protectorat et subsistant encore à l’heure actuelle n’ont jamais fait l’objet d’un inventaire. Leur nombre, diminuant sensiblement sous l’action destructrice des promoteurs immobiliers, est inconnu et les archives à leur sujet font cruellement défaut. La valeur architecturale ou monumentale, contrairement à Casablanca, n’a jamais été une référence du bâti récent à Marrakech, mais il y a fort à parier qu’une mise en tourisme du quartier de Guéliz constituerait une véritable ressource économique, valorisable à long terme.

La Villa Bel-Air (à droite) sur l'Avenue du Haouz en 1919

La Villa Bel-Air (à droite) sur l’Avenue du Haouz en 1919

La notion de patrimoine récent dans un pays du Maghreb est intimement liée à la venue des Européens sur le territoire africain. En signant le traité de Fès le 30 mars 1912, le sultan Moulay Abd el-Hafid (1908-1912) acceptait le protectorat de la France sur ses États. Hubert Lyautey, nommé résident général par décret du 27 avril 1912, établit son quartier général auprès du Consulat de France à Casablanca avant de le transférer à Rabat. Il exerce l’autorité suprême tandis qu’un rôle symbolique est conservé au sein de l’Empire chérifien en la personne du sultan. Lyautey désire valoriser le Maroc en exerçant certaines transformations tout en conservant les coutumes et les traditions locales. Parmi ces modifications, le développement de l’urbanisation du

La Villa Bel-Air en 2007 sur l'actuelle avenue Hassan II - photo Antoine Gély

La Villa Bel-Air sur l’actuelle avenue Hassan II – photo Antoine Gély (2007)

pays, témoin de la présence française, contribue à l’édification du nouveau Maroc. Au début du 20ème siècle, les Européens commencent à s’installer au Maroc sans réel plan d’aménagement et de manière totalement anarchique. Le modèle islamique de la ville de Marrakech se trouve confronté à la mise en place d’un modèle fonctionnaliste occidental. La redéfinition économique et foncière entraîne un bouleversement de la société urbaine et l’arrivée des Français provoque de nombreuses modifications, notamment au niveau du tissu urbain d’origine. Marrakech va s’amplifier et se transformer sensiblement. En effet, entre 1910 et 1925, la médina de Marrakech connaît un exode massif et une explosion démographique qui atteint un point culminant dès 1950 avec 186 000 habitants, soit le double par rapport à 1912. La médina est préservée mais aucune extension n’est programmée ce qui conduit à une exploitation anarchique du moindre espace disponible. A partir de 1912, de nouveaux quartiers s’ajoutent, le premier étant celui de Guéliz, construit sur la base militaire entre les remparts de la médina et le jbel Guéliz ([ii]).

Dès sa nomination en tant que résident général, Lyautey va se préoccuper des questions d’urbanisme. Sur recommandation de Jean Claude Nicolas Forestier, il fait venir au Maroc l’architecte Henri Prost et le nomme « Directeur du service spécial d’architecture et des plans des villes » en février 1914. Celui-ci, prix de Rome en 1902, lauréat de nombreux concours, n’est pas un néophyte. Il a déjà remporté le premier prix du concours international pour le plan d’extension d’Anvers en 1910 et ses dessins de restauration de Sainte-Sophie sont exposés au Salon des artistes français qui lui décerne la médaille d’honneur en 1911. La même année, il fonde, avec Agache, Auburtin, Bérard, Forestier, Hénard, Hébrard, Jaussely, Parenty et Redont, la Société française des urbanistes (SFU). Dans le cadre de la loi du 4 mars 1919 sur les plans d’aménagement des villes, il est chargé en 1923 du plan directeur de la côte varoise. Entre 1936 et 1951, dans le cadre des réformes engagées par Mustafa Kemal visant à moderniser la Turquie, Prost est nommé urbaniste d’Istanbul et chargé d’établir le plan directeur.

Au Maroc, il établit les plans directeurs de Casablanca, Rabat, Fès, Meknès, Marrakech et élabore le projet pour la Résidence générale de Rabat. Il quitte le Maroc en 1923 mais poursuivra l’œuvre commencée depuis la métropole. Séparer complètement villes indigènes et villes européennes, protéger le patrimoine culturel de l’empire chérifien et appliquer aux villes nouvelles les principes les plus modernes et les plus raffinés de l’urbanisme contemporain, c’est la tâche qui est confiée à Henri Prost. La spatialisation de ces orientations conduit l’urbaniste vers une architecture nouvelle au Maroc : épurée, dépouillée, enrichie de quelques éléments empruntés à la décoration locale. Ce que Prost appellera lui-même « des œuvres nettoyées des extravagances arabisantes ».

Premier plan cadastral de J. Raynaud  régis par quartier et disposé en étoile (vers 1912)

Premier plan cadastral de J. Raynaud, régi par quartiers et disposé en étoile (vers 1912)

Lyautey est persuadé que la ville nouvelle, qui sera habitée exclusivement par des Européens, doit être régie par quartiers possédant chacun une fonction clairement définie : des casernes militaires, des gares, des bâtiments administratifs reliés par un réseau routier, des zones résidentielles, industrielles, commerciales et des jardins disposés soigneusement. Lyautey insiste sur la séparation de la nouvelle ville et de la médina afin d’assurer une autonomie entre les deux populations et l’affirmation du respect de la culture locale. Il s’agit aussi, d’un point de vue stratégique, de garder une certaine maîtrise en cas de troubles.

Les murailles centenaires entourant la vieille ville étant uniformément de couleur ocre rouge, Lyautey impose à la ville nouvelle la même couleur à toutes les constructions. Dès ce moment, les deux villes, ancienne et nouvelle, sont unies par une même identité, celle de la ville ocre. A la différence des autres villes nouvelles du Maroc, construites de manière à exalter la perspective sur des éléments architecturaux qui étaient les symboles du pouvoir, celle de Marrakech doit valoriser la « spectacularisation » de ses paysages déjà présents naturellement. Lors de la planification urbaine, Lyautey choisit volontairement de limiter la hauteur des édifices à trois étages afin qu’aucun ne puissent entraver le panorama du paysage. Leur décoration doit être définie par des « lignes sobres et modernes qui s’adaptent parfaitement au cadre de la ville ». L’harmonie avec la nature et la perspective sur l’Atlas ou sur la Koutoubia, forment toutes deux la skyline, ligne d’horizon caractéristique de Marrakech.

Avenue Mangin  dans les années 1930, actuelle avenue Mohamed V (d'après mangin2marrakech.canalblog.com)

Avenue Mangin dans les années 1930 (actuelle avenue Mohamed V)

De larges avenues bordées d’arbres et de jardins sont créées dans lesquelles sont érigés des édifices publics, des commerces, des habitations. Tout part de l’actuelle « Place du 16 novembre », appelée alors « Place du 7 septembre », date à laquelle les Français entrèrent à Marrakech sous le commandement du colonel Mangin en 1915. De ce carrefour partaient en étoile les principales voies de Marrakech, dont l’avenue de la Koutoubia reliant la nouvelle ville au cœur de la médina. Cette artère changea plusieurs fois de nom au cours des décennies : dans les années ’20, elle prit le nom de Guéliz puis de Mangin dans les années ’30. C’est alors que les trottoirs et l’éclairage public apparaissent. Elle prend enfin son nom actuel d’ « Avenue Mohamed V » le 16 novembre 1956 à l’occasion du retour d’exil du roi Mohamed V. La place se transforme dans les années ’40. Les palmiers disparaissent, le carrefour se dessine, la grande poste s’érige et le béton apparaît.

Hôtel des Voyageurs (boulevard Mohamed Zerktouni) Marrakech - photo I. Six

Hôtel des Voyageurs (boulevard Mohamed Zerktouni) Marrakech – photo I. Six

Un style Art Déco fleurit dans les années 1920-1930. Les constructions sobres et fonctionnelles évitent toute monumentalité arrogante. Les éléments décoratifs orientaux sont subtilement et discrètement intégrés : coupole, lanternon, ornement en zellige ou en bois tel que moucharabieh. On se retrouve face à un processus d’hybridation de l’architecture. Une architecture d’un nouveau style, à tendance marocaine apparaît, basée sur un mélange entre le modèle de référence français et le savoir-faire local. Dès lors, suite à des décennies d’urbanisation sous le régime du protectorat français, on peut parler d’un bâti architectural et urbain récent au Maroc.

La Poste et Télégraphes, 1920

La Poste et Télégraphes, 1920

Au cours de cette période, Lyautey fait alors construire ses administrations. L’ancien bâtiment des Postes et Télégraphes est devenu l’actuelle Office du Tourisme. Il implante la Banque du Maroc au cœur de la médina afin de garder un certain contrôle sur la population locale. De cette époque datent une série de bâtiments tels que le marché central, la Villa Bel-Air, les deux lieux de cultes chrétiens, une série de cafés sur la Place de l’Horloge, un jardin urbain et cinq cinémas, pour ne citer que quelques exemples.

L'entrée du vieux marché central (vieille carte postale d'après Mangin@marrakech.com)

L’entrée du vieux marché central

Le Marché central, marché de frais, proposait 76 commerces, dont des fleuristes, des potiers et des marchands de légumes, de fruits et de poissons. De style art déco en arcades, il était en partie à ciel ouvert. Lieu de rencontres par excellence, on pouvait y croiser des personnalités comme Yves Saint-Laurent ou la comtesse de Deauville ! Alors qu’il comptait jusqu’à 196 magasins, le marché est détruit début 2005 pour être remplacé en 2013 par le Carré Eden. Considéré comme une vieille bâtisse, anarchique et insalubre, l’ancien marché de Guéliz ne relève pas du patrimoine et il convient de le remplacer par un complexe multifonctionnel sans originalité où sont regroupées toutes les enseignes internationales.

Située avenue Hassan II, la Villa Bel-Air est l’une des plus anciennes villas de l’époque et semble résister à la fougue dévastatrice des promoteurs immobiliers. Elle se démarque par son style architectural très atypique. Un chalet normand en plein cœur de Marrakech ! Elle appartenait à une famille juive influente de la ville, également propriétaire de plusieurs biens de la médina.

L'Eglise des Saints-Martyrs de Guéliz, 1930

L’Eglise des Saints-Martyrs de Guéliz, 1930

La chapelle de 1919 - photo I. Six

La chapelle de 1919 – photo I. Six

L’Église des Saints-Martyrs de Guéliz, édifiée à la fin des années 1920, possédait une dépendance qui comptait des milliers d’ouvrages, notamment sur l’histoire de Marrakech et du Maroc. Cette bibliothèque gérée par une mécène française fut scellée lorsque celle-ci mourut il y a quelques années. De 2000 à 3000 ouvrages ont ainsi été déplacés dans une petite chapelle située dans le quartier de la gare. Fermée depuis une dizaine d’années, c’est l’Archevêque de Rabat qui en détient les clés. Sur une de ses façades, la bâtisse porte la date de sa construction : 1919.

L'Horloge avec lanterne, 1930

L’Horloge avec lanterne, 1930

Au cœur du quartier de Guéliz se trouve l’ancienne Place de l’Horloge (actuelle place Abdel Moumen ben Ali). Appelé aussi le « carrefour des 3 cafés », on y trouve le café des Négociants construit en 1936, le café Grand Atlas (1945) et l’Hôtel de la Renaissance (1952), tous trois datant de l’époque du Protectorat. En 1915, ce carrefour ne comprend que l’ancienne Poste et Télégraphes, actuellement transformée en délégation régionale du Tourisme, le Grand Café et quelques « commerces ». En 1930, une horloge est dressée au milieu de la place, surmontée d’une lanterne pour que les passants puissent lire l’heure la nuit. En 1936, le Café des Négociants est construit et l’horloge doit être déplacée en retrait sur le trottoir. Un rond-point remplace l’horloge. Quinze ans plus tard, le Café du Grand Atlas remplace le Grand Café, l’Hôtel de la Renaissance s’élève au-dessus de tout Marrakech en 1952. En 1957, l’horloge est rénovée et sa lanterne disparaît. Dans les années 1980, l’horloge disparaît complètement : enlevée, volée ?

Le café Grand Atlas, année 1950

Le café Grand Atlas, année 1950

La tour "berbérisante" du Jnane el-Harti - photo I. Six

La tour « berbérisante » du Jnane el-Harti – photo I. Six

La création du jardin urbain Jnane El Harti remonte à la fin des années 1930 mais existe à l’origine selon le plan conçu par Prost. Dans le projet initial de Prost, le jardin du Harti occupe la plus grande partie du quartier de l’Hivernage. Il s’étendait jusqu’à l’actuelle avenue de Paris. En réalité, ce nom est un pluriel, « janân al-harthî », qui signifie littéralement, les « jardins de ma terre labourée ». Si Forestier conseille de créer au sud-ouest de la place appelée plus tard place du 16 novembre, le jardin public de la ville nouvelle, c’est qu’il y avait déjà là, antérieurement, un jardin et verger destiné à produire de la nourriture, ce qu’on appelle, justement, un jnan comme on trouvait, plus à l’ouest, un autre verger remarquable, celui de la Ménara. L’actuel Jnane El Harti occupe six hectares et est devenu un espace fermé où sont construits de façon plus ou moins légale des logements, des salles de sport ou des centres de formation. Aujourd’hui, Jnane El Harti a retrouvé sa fonction première : un jardin de repos et de détente agrémenté de bancs en bois et en fer forgé. Le grand bassin se nomme bassin des phœnix. En forme de croix et pourvu de nombreux jets d’eau, il mesure une centaine de mètres. Deux nichoirs à pigeon, semblables aux tours de surveillance des jardins des oasis des vallées présahariennes ont été ajoutés à cet espace pour donner une touche « berbérisante ». Ils servaient à la fois à dépayser les Européens de passage tout en étant placés dans un espace familier de pelouses et de massifs de fleurs inconnus des jardins marocains de l’époque. Dès sa création, le parc est un espace mixte : méditerranéen par sa végétation (oliviers, agrumes ou ficus), européen par ses pelouses et ses arbustes de bord d’allées et par la conception de ses massifs de fleurs. La plantation des palmiers est récente.

La salle en plein air du Cinéma Palace - photo I. Six

La salle en plein air du Cinéma Palace – photo I. Six

Le cinéma s’est développé au Maroc sous le Protectorat dans les années 1920. A Marrakech, la première salle de cinéma voit le jour dans la médina en 1925 avec l’Eden. Cinq autres salles s’ouvriront à Guéliz : le Régent, le Paris, le Lux, le Colysée et le Palace. Le cinéma Palace, construit dans les années 1940 proposait deux salles, l’une couverte et l’autre en plein air pour la saison estivale. Paradoxalement, alors que l’industrie cinématographique marocaine est actuellement en plein essor, 20 longs métrages sont produits par an dans le pays, les salles de cinéma, elles, ferment les unes après les autres. 34 salles en 2013 contre 280 il y a trente ans. La dynamique association Save Cinemas in Morocco tente par tous les moyens de conserver le cinéma Palace en y organisant des projections de films, des visites guidées, des expositions, des spectacles, afin de sensibiliser les Marrakchi à leur patrimoine, à leur histoire et à leur culture ([iii]).

10511355_739601859411803_8661624785150066190_n[1]Au cours des deux décennies suivantes, des volumes plus amples se développent de manière manifeste à Casablanca. A Marrakech, l’exemple de l’Hôtel de la Renaissance se démarque des autres constructions par son allure de gratte-ciel : il dépasse largement les trois étages requis. Lyautey aurait dérogé à la règle pour en faire une tour de contrôle et permettre d’avoir un panorama exceptionnel sur la ville et une vue imprenable sur l’Atlas.

Alors que Casablanca se veut la concrétisation spatiale du projet colonial de « renaissance » économique du pays, Rabat la spatialisation du pouvoir et la célébration de l’action de Lyautey au Maroc, la conception du quartier de Guéliz – ville nouvelle de Marrakech – exprime définitivement la fonction de la ville rouge : la ville du tourisme, de la distraction, de la flânerie et des plaisirs.

Nour-Eddine Tilsaghani, Re-naissance, 2006

Nour-Eddine Tilsaghani, Re-naissance, 2006

Dans les années qui suivent l’Indépendance, le quartier de Guéliz se « marocanise » et y vivre devient une véritable promotion sociale pour les Marrakchi. Son activité commerciale, après avoir connu une période creuse suite au départ des Français en 1956, est étroitement liée à l’augmentation de la population marocaine aisée et étrangère. A partir des années 1960, le tourisme à Marrakech ne cesse de se développer et la ville ocre devient une étape privilégiée pour les touristes qui souhaitent se rendre dans le Sud. Pour faire face à ce phénomène de développement socio- économique, les acteurs du tourisme mettent en place un nouveau plan de construction d’infrastructures de luxe au détriment de la valorisation et de sauvegarde du bâti récent de Guéliz. De nombreuses villas riches en valeur historique ont ainsi été détruites par manque de dispositifs de réglementation quant à la protection du bâti récent. Les terrains sont mis en vente par des agences immobilières sans scrupule, les habitations sont détruites et rapidement remplacées par des immeubles à appartements de 5 étages beaucoup plus rentables. La situation est alarmante et d’ici peu le patrimoine architectural de l’époque du protectorat risque de disparaître complètement à Marrakech si aucune action concrète de valorisation touristique n’est entreprise par les acteurs publics du tourisme.

I. Six

>Bibliographie

La rédaction de cet article a été inspiré par la conférence présentée par Rachel THOMANN au Café littéraire Dar Chérifa à Marrakech, le 22 mars 2014. Rachel Thomman a réalisé un travail de terrain à Marrakech durant neuf mois, de mars à décembre 2013 dans le cadre de son mémoire de fin d’études en Tourisme à l’Institut universitaire Kurt Bösch de Sion (Suisse). Son mémoire, présenté avec succès, est actuellement en cours de publication.

Rachel THOMANN, Marrakech et sa ville nouvelle : tourisme et « patrimoine récent » à Guéliz, mémoire de recherche présenté à l’Institut Universitaire Kurt Bosch (IUKB), Sion, 2013.

Rachel THOMANN, conférence « Le patrimoine récent à Marrakech », Dar Chérifa, Marrakech, 22 mars 2014.

Jnan Harti, in « Jardins du Maroc » n°14, http://www.benchaabane.com/Jnan-Harti_a1901.html

Guillaume JOBIN, Lyautey le résident, Magellan & Cie, 2014.

Toutes les photos anciennes proviennent du site http://mangin2marrakech.canalblog.com (sauf mention particulière)

[i] Casamémoire est une “Association de sauvegarde du patrimoine architectural du XXe siècle au Maroc” dont le site internet est http://www.casamemoire.org

[ii] Guéliz est le nom du quartier « européen » de Marrakech créé par Henri Prost, à la demande d’Hubert Lyautey. Ce mot provient du Jbel Gueliz, massif de grès rouge situé au nord-ouest de la ville et dont la pierre servit de matériau de construction aux premiers bâtiments.

[iii] L’association « Save cinemas in Morocco » a été fondée en 2007 par Tariq Mounim dans le but de préserver les salles de spectacle du royaume et de promouvoir le cinéma auprès du public marocain. T. Mounim a également redynamisé le Cinéma Palace de Marrakech, laissé à l’abandon, avec l’association « Les amis du Cinéma Palace ». Toutes deux sont possèdent leur page Facebook.

> Circuit ornithologique sur la Côte Atlantique et la région du Sous-Massa (du 21 au 25 juin 2014)

8 juillet 2014

Cette région, nous la connaissons bien pour l’avoir parcourue plusieurs fois, Omar et moi. Nous sommes venus une première fois dans la région d’Agadir et de la réserve du Sous-Massa en novembre 2009 avec deux amies ornithologues, alors que je n’étais pas encore installée au Maroc. Ce circuit de 10 jours démarrait d’Agadir et se concentrait un peu plus sur le territoire du Sous-Massa (Tamri, réserve du Sous-Massa, Taliouine, Taroudant, Tafraout, Aoulouz). Nous sommes revenus tous les deux en août 2012 pour un circuit plus large, au départ de Marrakech (Essaouira, Sidi Kaouki, Imouzzer, réserve du Sous-Massa, Mirleft, Plage Blanche, Guelmim, Tafraout, Tizi’n’Test, Marrakech) similaire à celui-ci.

Plage de Diabat près d'Essaouira - photo O. El Achab

Plage de Diabat près d’Essaouira – photo O. El Achab

Celui que nous avons programmé cette fois-ci a été légèrement raccourci et condensé et devra être approfondi en certains endroits pour de meilleures observations.

Samedi 21 juin : Départ de Marrakech vers Essaouira

Pie-grièche méridionale "algeriensis" (photo I. Six)

Pie-grièche méridionale « algeriensis » – photo I. Six

Sur la route d’Essaouira, entre Marrakech et Chichaoua, observation de nombreuses Tourterelles turques (Streptopelia decaocto) et de Pies-grièches méridionales « algeriensis » (Lanius meridionalis algeriensis) sur les fils électriques. Tout comme la Pie-grièche grise, dont le manteau est plus clair, elle a les ailes noires marquées d’une grosse tache blanche, un bandeau noir sur l’œil, mais sans sourcil blanc, le bec gris foncé, la gorge blanche et la queue noire aux bords blancs. Quelques Pies bavardes « mauretanica » sautillent au sol (Pica pica mauretanica). Elles se différencient de nos pies par une petite tache bleue bien marquée derrière l’œil. Une Buse féroce (Buteo rufinus cirtencis), méfiante, toise les champs du haut d’un pylône.

A l’approche d’Essaouira, le paysage se distingue par de grandes forêts d’arganiers sur une quinzaine de kilomètres. Le tronc de l’arganier sert à fabriquer le charbon de bois, ses feuilles et ses fruits nourrissent dromadaires et chèvres, qui en digèrent la pulpe et en rejettent le noyau. Celui-ci est recueilli par les bergers. On extrait de son amande l’huile d’argan, utilisée dans l’alimentation et les cosmétiques. A certains endroits stratégiques de la route, des grappes de chèvres sont placées dans les arbres et atteignent acrobatiquement les ramifications les plus jeunes. A l’arrêt des voitures et autocars de touristes, les bergers assis à l’écart se rapprochent pour recueillir quelques dirhams.

Arrivés à Essaouira, nous allons manger des grillades de poissons sur l’ancienne place du Marché aux grains, en face du souk Jdid. Chats et goélands sont au rendez-vous… ainsi que les musiciens traditionnels, avec leur crincrin, leur gandoura blanche, leurs babouches avec lesquelles ils martèlent le sol en rythme et font des petits bonds en l’air.

Goéland leucophée - photo R. Six

Goéland leucophée – photo R. Six

Rapide promenade dans la médina pour rejoindre les remparts de la Skala puis le port, le temps de reconnaître quelques Goélands leucophées (Larus michahellis), en nombre dans la région. Fort proche du Goéland argenté, ils s’en distinguent par une tête plus blanche, un bec fort à bout bien crochu, l’angle du gonys saillant et à leurs cercle orbitaires rouges. Nous prenons la voiture pour rejoindre le pont de Diabat, dont il ne reste que quelques arches perdues au milieu du maquis, entre genêts, tamaris et mimosas. Ce pont rejoignait directement Essaouira à Diabat avant d’être emporté par une crue dans les années 1990. La plage à l’embouchure de l’Oued Ksob est un bon site en période de migration pour l’observation à la longue-vue. Mais à cette période de l’année, nous n’avons pu voir que quelques espèces :

Spatules blanches (photo I. Six)

Spatules blanches – photo I. Six

  • Spatule blanche (Platalea leucorodia)
  • Aigrette garzette (Egretta garzetta)
  • Héron garde-boeufs (Bubulcus ibis)
  • Grand Cormoran de la sous-espèce marocaine (Phalacrocorax carbo marocanus)
  • Échasse blanche (Himantopus himantopus)
  • Petit Gravelot (Charadrius dubius) : un adulte et un juvénile

Nous reprenons la voiture pour revenir vers la route et longeons l’oued. Au bord des berges sablonneuses, une Hirondelle paludicole (Riparia paludicola) est posée sur une branche et se laisse observer. Riparia vient du latin ripa, qui signifie rive. C’est bien là qu’elle creuse son nid dans le sable des rivages des cours d’eau, tout comme l’Hirondelle de rivage dont elle se distingue par des sous-caudales blanches. Paludicola signifie en latin « qui habite un pays de marais ».

Hirondelle paludicole (Riparia paludicola) - photo I. Six

Hirondelle paludicole – photo I. Six

Plus loin, plusieurs Cochevis huppés (Galerida cristata) traversent la piste au péril de leur vie, un Traquet oreillard (Oenanthe hispanica) est perché sur un buisson et un Gobemouche gris (Muscicapa striata) est aperçu.

Nous rentrons à l’appartement, situé au dernier étage d’un petit immeuble, dans un quartier hors les murs d’Essaouira et ressortons manger une harira et un tajine de poisson dans un restaurant sur la place Moulay Hassan.

 Dimanche 22 juin : Départ d’Essaouira vers Imouzzer Ida-Outanane (Akesri)

Vers 09h30, nous revenons vers Essaouira pour observer un véritable ballet aérien de Faucons d’Eléonore (Falco Eleonorae) à l’entrée du port.

Faucons d'Eléonore (Falco eleonorae) - photo I. Six

Faucons d’Eléonore – photo I. Six

Le Faucon d’Eléonore, mondialement rare et vulnérable, niche en colonie sur des falaises côtières où il se réinstalle fin avril-début mai. Il les quitte à la fin octobre et au début novembre pour aller hiverner généralement à Madagascar. Deux colonies sont connues au Maroc dont la plus importante se trouve à Essaouira, l’autre étant à Salé. Il s’agit d’un grand faucon, aux ailes à la queue longues et étroites. L’adulte a le dos, la calotte et les ailes brun chocolat foncé, les rémiges du dessous grisâtres, la queue est finement barrée gris-brunâtre. Il existe une « forme sombre » dont le reste du plumage est brun chocolat comme les ailes et le dos, et une « forme claire » dont les parties inférieures sont rousses, fortement striées, à l’exception de la gorge qui est blanche unie et les joues blanches qui contrastent avec les moustaches et le reste de la face noirs.

Nous retournons à l’embouchure de l’Oued Ksob et observons :

  • Faucon d’Eléonore (Falco Eleonorae)
  • Petit Gravelot (Charadrius dubius)
  • 1 Oie cendrée (Anser anser)
  • 1 Canard colvert (Anas platyrhynchos)
  • Mésange maghrébine (Cyanistes teneriffae ultramarinus)
  • Mésange charbonnière (Parus major excelsus)
  • Bergeronnette du Maroc (Motacila subpersonata)
  • Pinson des arbres « africana » (Fringilla coelebs africana)
  • Rougequeue de Moussier (Phoenicurus moussieri)
"Fier de ma pastèque" - photo I. Six

« Fier de ma pastèque » – photo I. Six

Nous quittons définitivement l’ancienne Mogador par la route côtière pour rejoindre Sidi Kaouki, spot recherché par les amateurs de kite, de surf et de windsurf. Mais nous ne nous attardons qu’un bref instant pour y boire un thé à la menthe avant de poursuivre jusqu’à Smimou où le souk hebdomadaire s’annonce quelques kilomètres avant le village par le parcage de nombreux ânes. Nous y achetons quelques tomates et concombres, un melon, du pain en vue du pique-nique du midi. Des pastèques énormes, des courges « verruqueuses », des pêches dorées, des fruits et légumes de toute sortes mais aussi des moutons et des chèvres couchés au sol, les pattes ligotées en attente de leur triste sort, des vêtements « made in China », des GSM, des produits d’entretiens aux couleurs fluorescentes, tout se vend, tout s’achète…

Le souk de Smimou - photo I. Six

Le souk de Smimou – photo I. Six

Au niveau de Tamanar, nous passons le barrage Igouzoulen tout près duquel nous observons une famille d’Agrobates roux (Cercotrichas galactotes), repérables à leur longue queue rousse à bout noir et blanc qu’ils dressent régulièrement et étalent en éventail. A Tigzirine, nous traversons le barrage Aït Hammou, rebaptisé S.A. Moulay Abdallah, situé sur l’oued Ougar, un affluent du Tamri. Il se trouve à environ 60 kilomètres au nord d’Agadir et, mis en service depuis 2004, il approvisionne en eau potable le grand Agadir, Tamri, Imzouane et Taghazout.

Plusieurs Guêpiers d’Europe (Merops apiaster) se font entendre avant d’apparaître dans le ciel, quelques Hirondelles rousseline (Cecropis daurica) et une Cisticole des joncs (Cisticola juncidis), invisible, chante à intervalles réguliers.

Nous ne continuerons pas par la côte et ne verrons pas les Ibis chauves à Tamri où ils nichent dans les falaises. Ils ne sont de toute façon pas en période de nidification et avec un peu de chance nous pourrons en voir du côté de Massa. Au niveau de la pointe d’Imessouane, nous prenons par les routes de montagnes pour rejoindre la Vallée du Paradis et les Cascades d’Imouzzer « de l’intérieur ».

"La vallée du Paradis" - photo I. Six

« La vallée du Paradis » – photo I. Six

Pas de rapaces en perspective pendant le trajet à travers la montagne mais une vue magnifique sur les cascades asséchées d’Imouzzer. Ensuite nous redescendons dans la vallée pour pénétrer la palmeraie de montagne surnommée la « vallée du paradis ». De son véritable nom « Taghrat Ankrim » en Amazigh, elle a été baptisée ainsi par un couple allemand qui, tombé malade, y séjourna pendant 6 mois et repartit complètement guéri. L’endroit fut également un important point de rassemblement pour les hippies durant les années 1960, en pleine période Flower Power. L’étroite vallée verte, qui longe l’Oued Ankrim sur une distance de 7 kilomètres, a longtemps été un oasis de quiétude connu des initiés uniquement. Des palmiers dattiers, des oliviers, quelques figuiers et bananiers, et en été toutes les plantes caractéristiques du climat aride, constituent l’essentiel de sa flore. Des lauriers roses envahissent le lit de l’oued, tandis que des plantes médicinales et aromatiques poussent sur les flancs des montagnes.

Enfin, après 1,800 km de piste depuis le village d’Akesri, nous arrivons au Douar Awssir dans le Riad de l’Olivier de Fairouz et Marc. Une magnifique villa avec quatre chambres d’hôtes disposées autour d’un patio et une immense salle de séjour répartie en plusieurs coins salon accueille les visiteurs. Une terrasse avec piscine domine la vallée avec une vue magnifique. Tout en profitant de la piscine, nous avons pu observer un Bruant zizi (Emberiza cirlus) se poser à plusieurs reprises sur la barrière de protection, entendre une Tourterelle des bois, voir un Chardonneret élégant (Carduelis carduelis), un Pinson des arbres (Fringilla coelebs africana), un Merle noir (Turdus merula) et un Hypolaïs obscur (Hippolais opaca). Le repas du soir préparé par la maîtresse de maison fut gargantuesque et chaleureux.

Lundi 23 juin : Départ d’Imouzzer Ida-Outanane (Akesri) vers Mirleft

L'embouchure de l'oued Sous, au sud d'Agadir - photo I. Six

L’embouchure de l’oued Sous, au sud d’Agadir – photo I. Six

Nous traversons Agadir pour rejoindre l’embouchure de l’oued Sous situé au sud de la ville. Depuis Inezgane, quartier périphérique d’Agadir, la route à suivre est celle du « Golf du Soleil » et du « Golf des Dunes ». Le site est réputé pour les oiseaux d’eaux, les Laridés et les limicoles et attirent de ce fait quelques rapaces selon les périodes de l’année.

Nous avons observé :

Flamants roses et Spatules blanches - photo I. Six

Flamants roses et Spatules blanches – photo I. Six

  • Flamant rose (Phoenicopterus roseus)
  • Spatule blanche (Platalea leucorodia)
  • Barge rousse (Limosa lapponica)
  • 2 Chevaliers guignette (Actitis hypoleucos)
  • Cigogne blanche, en vol (Ciconia ciconia)
  • Aigrette garzette (Egretta garzetta)
  • Guêpier d’Europe, en vol (Merops apiaster)

Nous poursuivons la route jusqu’au village de Sidi Rbat pour déjeuner puis passons l’après-midi dans la réserve du Sous-Massa et observons sur la piste l’y conduisant :

Tchagra à tête noire (Tchagra senegalus) - photo I. Six

Tchagra à tête noire – photo I. Six

  • 1 Tchagra à tête noire (Tchagra senegalus)
  • Hypolaïs obscur (Hippolais opaca)
  • Pie-grièche à tête rousse, 2 jeunes + 1 adulte (Lanius Senator)

    Pie-grièche à tête rousse juvénile- photo I. Six

    Pie-grièche à tête rousse juvénile- photo I. Six

Dans la réserve-même :

  • Courlis cendré (Numenius arquata)
  • Courlis corlieu (Numenius phaeopus)
  • Sterne hansel ( ?)
  • Spatule blanche (Platalea lapponica)
  • Grand Cormoran de la sous-espèce marocaine (Phalacrocorax carbo marocanus)
  • Goéland sp

Arrivés près de l’embouchure de l’oued Massa, nous voyons :

  • Petit Gravelot (Charadrius dubius)
  • Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus)

Nous quittons la réserve, légèrement frustrés de n’avoir vu que quelques espèces. Mais la période et le peu de temps consacré à l’observation en sont probablement la cause.

Abris troglodytes de pêcheur à Sidi Moussa d'Aglou - photo I. ix

Abris troglodytes de pêcheur à Sidi Moussa d’Aglou – photo I. ix

Nous longeons la côte par la piste et nous arrêtons le temps d’apprécier les reflets du soleil sur la mer et de voir les abris troglodytes des pêcheurs. Près du village de Sidi-Moussa-d’Aglou, nous distinguons sur un muret une Chevêche d’Athéna (Athene noctua). Les années précédentes, elle se trouvait déjà à cette place et s’était laissée photographier sans difficulté. Cette fois-ci, à l’approche du 4×4, elle se glisse imperceptiblement derrière les pierres pour ne plus réapparaître. Pas de prise de vue cette année. Aurions-nous été plus intrusifs que les fois précédentes ?

Nous repiquons vers la mer et côtoyons les dunes au sommet de la falaise. A quelques mètres du véhicule, des Courvites isabelle (Cursorius cursor) se laissent observer en gardant une certaine distance.

Nous arrivons à Mirleft en début de soirée et prenons un appartement dans une villa avec très belle vue sur mer. Ce petit bourg encore peu développé au niveau touristique est accroché à flanc de collines abruptes. Bâti en 1935, un vieux fort en ruine semble toujours veiller sur la rue principale bordée d’arcades bleuies où l’on trouve un assortiment d’échoppes proposant des produits locaux ou artisanaux et des petits restaurants. C’est là que, chaque soir, se retrouvent les touristes et la jeunesse de Mirleft.

Mardi 24 juin : Départ de Mirleft vers Tafraout

C215, fresque au pochoir - photo I. Six

C215, fresque au pochoir – photo I. Six

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C 215, fresque au pochoir – photo I. Six

Le lendemain matin, la rue est désertée. Seuls quelques chibanis sirotent leur thé vert à la terrasse d’un café. Alors que nous prenons notre petit déjeuner sous les arcades, je repère deux fresques au pochoir de C215, alias Christian Guémy sur la colonnade faisant face au café. Elles font probablement partie d’un projet artistique et culturel réalisé il y a quelques années en collaboration avec les habitants et commerçants de la ville.

Entre Mirleft et Sidi Ifni, la rencontre de la chaîne montagneuse de l’Anti-Atlas et de l’océan Atlantique a créé de hautes falaises plongeant dans l’océan. Les arches de pierre rouge sculptées par les flots enjambent la plage de sable fin de Legzira, « la petite île ». Les oiseaux sont discrets ce matin sur la plage… Le paysage que présente l’arrière-pays est formé de grandes collines peuplées d’opuntia donnant les figues de Barbarie, de palmiers et d’arganiers.

La plage de Legzira, près de Sidi Ifni - photo I. Six

La plage de Legzira, près de Sidi Ifni – photo I. Six

Le parcours se poursuit par la piste longeant la côte jusqu’à l’embouchure de l’oued Noun à Foum Assaka où nous nous arrêtons pour une observation peu convaincante. Nous traversons l’oued sur un tarmac goudronné et continuons la piste. Alors que nous entamons une légère ascension, je vois du mouvement sur ma droite et crie instinctivement : « des dromoïques, je suis quasi sûre ! ». Un groupe de petits oiseaux de couleur sable sautille parmi les cailloux. Ils sont difficiles à voir et c’est par le mouvement que l’on peut les repérer, par leur longue queue étroite et foncée tenue souvent levée et par leur calotte striée de noir. Impossible de les confondre avec une autre espèce étant donné la taille, la silhouette et l’habitat. Il s’agit bien de Dromoïques du désert (Scotocerca inquieta saharae). Une « coche » pour nous tous ! Nous les attendions tellement, Véronique et moi !

Nous continuons jusqu’à Sidi-Mohamed Labiar, là où s’achève la piste et où commence la plage la plus longue et la plus sauvage du Maroc. Au milieu des dunes sahariennes, ce site paradisiaque fut surnommé Playa blanca par les navigateurs espagnols. Exceptés les cabanes de pêcheur, quelques restaurants, ou encore les campements sahraouis, la Plage blanche est une étendue sauvage de sable fin qui risque de ne plus l’être bien longtemps, car un vaste projet de construction balnéaire devrait être réalisé prochainement… La marée montante nous empêche de descendre sur la plage mais avant de continuer notre route en direction de Guelmim, deux oreilles rousses dressées derrière les dunes attirent note attention. A notre approche, elles disparaissent à tout jamais derrière les rochers. Omar, en expert du désert, tente de repérer la tanière du renard mais celui-ci nous épie certainement du fond de son trou, prêt à déguerpir à la moindre alerte. D’après la taille et la couleur des oreilles, il s’agit probablement d’un Renard roux pré-désertique (Vulpes vulpes) : oreilles plus grandes que le Renard roux boréal, pelage plus clair et moins dense.

Nous nous arrêtons plus loin pour le pique-nique, où l’oued coule sur d’énormes pierres plates, formant par endroit une petite cascade. Plusieurs Hirondelles de rivage (Riparia riparia) nous font une démonstration de capture d’insectes en vol et au ras de l’eau. Un couple d’Échasses blanches (Himantopus himantopus) passe d’un bout à l’autre de la rivière et quelques Petits Gravelots (Charadrius dubius) farfouillent dans la vase à la recherche de micro-aliments.

Ecureuils de Berbérie - photo I. Six

Ecureuils de Berbérie – photo I. Six

De nombreux Ecureuils de Berbérie (Atlantoxerus getulus) jalonnent la piste sur quelques kilomètres de montée, se faufilant entre les pierres à notre approche. Ces petits rongeurs à la queue touffue et aplatie ont le pelage gris-brun rayé de trois bandes. Nous ne nous attardons pas à Guelmim et rejoignons Tafraout en passant par Fask, Irherrhar, Ifrane de l’Anti-Atlas et Tiffermit. La route qui mène directement de Tiffermit à Tafraout nous fait traverser de magnifiques paysages de l’Anti-Atlas. Villages de montagne aux anciennes maisons en pisé et toit plat s’agrippent sur les versants. Les constructions récentes, si elles gardent une forme assez traditionnelle, s’élèvent en parpaings de béton et se colorent de rose. A l’approche de Tafraout, les premiers amandiers apparaissent. Nous logeons à l’Hôtel L’Arganier d’Amelne, à 4 km du centre de Tafraout. Ce petit hôtel simple et sans prétention est très accueillant, les chambres propres et le personnel sympathique. La terrasse offre une très belle vue sur les montagnes. Un agréable petit jardin intérieur se voit aménager en piscine prochainement…

Nous sommes seuls dans la salle de restaurant où un petit chat et sa maman viennent nous tenir compagnie pendant que nous est servi le plat régional : un poulet à l’amlou. Des chants berbères et le rire des jeunes femmes venant de la cuisine ont égayé notre repas.

Avant d’aller nous coucher, nous prenons la voiture et allons faire un tour au village. Celui-ci s’articule autour de la place Mohamed V, qui dispose de banques et d’une poste ainsi que des indispensables petits cafés et restaurants. Pour l’heure, l’animation commence à décroître, les commerces ferment leurs portes et nous ne verrons pas le jour du souk qui a lieu le lendemain, aux abords de la place.

Mercredi 25 juin : Départ de Tafraout vers Marrakech

Le petit déjeuner est servi sur la terrasse, face aux montagnes de granit roses. Au menu, l’amlou, sorte de pâte à tartiner à base d’huile d’argan d’amandes et de miel, les msemen, crêpes feuilletées carrées faite de semoule, l’huile d’olive et le thé à la menthe. De quoi nous caler les côtes pour la matinée. Sur la route montagneuse qui mène à Aït Baha, un rapace difficilement identifiable nous arrête un instant. Posé sur un pylône électrique, il a toute la majesté d’un Aigle royal (Aquila chrysaetos), un bec puissant gris avec la cire jaune, le plumage brun foncé, la nuque et les sous-caudales brun-roux. L’identification se confirme lorsque l’oiseau prend son envol et déploie ses longues et larges ailes.

Aigle royal - photo I. Six

Aigle royal – photo I. Six

Un peu plus loin, des Roselins githagines (Bucanetes githagineus) se dissipent à notre approche et volettent par petits groupes de rocher en rocher.

Vers Taroudant, la route est jalonnée de Pies-grièches méridionales et à tête rousse, quelques Traquets rieurs (Oenanthe leucuria), des Tourterelles des bois. Dans la vallée de l’oued Sous, entre Taroudant et Ouled Berhill, un couple de Courvites isabelle se laisse observer sans trop de méfiance.

Courvite isabelle - photo I. six

Courvite isabelle – photo I. six

Pour rejoindre Marrakech, la route la plus spectaculaire et la plus pittoresque est sans aucun doute celle qui passe par le Tizi-n’Test. Une route goudronnée mais étroite permet de franchir l’Atlas par le col routier à 2 092 m d’altitude. Trop sinueuse pour être empruntée par des camions, elle est peu fréquentée et est parfois coupée en hiver par la neige. Cet itinéraire permet de découvrir les panoramas variés et grandioses du Haut-Atlas avec ses villages de terre et ses cultures en terrasses. En quittant Taroudant nous traversons la riche plaine du Sous et ses champs d’arganiers, l’occasion de voir quelques chèvres dans les arbres montées spontanément, cette fois. Puis nous commençons la montée du col.

Chèvres dans un arganier - photo I. Six

Chèvres dans un arganier – photo I. Six

Lauriers roses, pins d’Alep, cyprès, genévriers rouges, thuyas et chênes verts, se succèdent. A l’approche du col, genévriers et chênes verts ne forment plus qu’un piqueté épars farouchement enraciné afin de pouvoir résister à l’érosion permanente de l’argile qui lui sert de support. La route débouche au col sur un panorama qui embrasse toute la plaine du Sous, légèrement embrumée. Un hôtel-restaurant sagement intitulé « La Belle Vue » attend les visiteurs de passage tandis qu’un marchand de minéraux et de plats à tagine offre l’arrière de sa camionnette comme échoppe de fortune.

Echoppe de plats à tajine et de minéraux au Tizi n'Test - photo I. Six

Echoppe de plats à tajine et de minéraux au Tizi n’Test – photo I. Six

Passé le col, nous nous arrêtons sous un arganier pour notre traditionnel pique-nique. Nous entendons des guêpiers et Véronique aperçoit un Pinson des arbres femelle (Fringilla coelebs africana) au-dessus de nous. En déplaçant la pierre destinée à lui servir de siège, Omar a la surprise d’y trouver un petit scorpion jaunâtre. Véronique et moi sommes à notre affaire et le mitraillons de photo. Mais, Omar, en guide expérimenté, une fois la séance photo terminée, l’éloigne à l’aide d’un bâton et le transperce pour éviter tout accident. Je ne peux m’empêcher d’y voir une certaine injustice. Était-il vraiment dangereux ? Nous aurions pu l’écarter et être vigilants, et il n’y a guère d’affluence dans les environs pour que quelqu’un ne tombe dessus et se fasse piquer…

Nous continuons notre chemin jusqu’à la mosquée de Tinmel où j’espère voir les Rolliers d’Europe, habituels nicheurs de la région. Une chienne et sa meute de chiots nous accueillent, quelques moineaux domestiques s’ébattent dans les trous de murs de la mosquée, mais de rollier, il n’y en a point. Il me semble en entendre et en apercevoir un au loin. Sans grande certitude. Aux abords du chemin qui mène à la mosquée, un Gobemouche gris (Muscicapa striata) posé sur la fine branche d’un arbre nous attend à notre retour.

Gobemouche gris - photo I. Six

Gobemouche gris – photo I. Six

Notre circuit se termine dans ce haut lieu de l’histoire médiévale, berceau de la dynastie almohade. C’est en effet de ce petit village de la vallée du Nfis que sont partis les conquérants almohades conduits par le guide spirituel Ibn Toumert puis par le grand conquérant Abd al-Moumen Ibn Ali, à travers le Maroc. Après la prise de Marrakech en 1147, Tinmel devient la capitale spirituelle du nouvel empire. Datant de cette époque, la mosquée de Tinmel se caractérise par sa structure, l’équilibre des éléments et sa décoration florale. La salle de prière est distribuée en neuf nefs longitudinales perpendiculaires à la direction de la Mecque. Tout cela fait de ce monument historique un chef d’œuvre de l’art almohade.

La mosquée de Tinmel - photo I. Six

La mosquée de Tinmel – photo I. Six

Circuit organisé par Isabelle Six et Omar El Achab, assistance ornithologique de Véronique Adriaens, rapport rédigé par I. Six

Bibliographie

  • Les oiseaux du Maroc. Guide d’identification, GOMAC et Holcim Maroc, textes de J. Franchimont, V. Schollaert, B. Maire, Paris, Ibis Press, 2010.
  • Ouvrages de référence sur les oiseaux du Maroc - photo I. Six

    Ouvrages de référence sur les oiseaux du Maroc – photo I. Six

    Le guide ornitho. Le guide le plus complet des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen Orient: 900 espèces, Lars Svensson, Killian Mullarney, Dan Zetterström, Delachaux et Niestlé, 2010 (1ère éd. 1999).

  • Guide des mammifères d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, S. Aulagnier, P. Haffner, et al., Paris, Delachaux et Niestlé, 2008.
  • Guide des merveilles de la nature. Maroc, Eric Milet, Paris, Arthaud, 2007.
  • Guide des rapaces diurnes. Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient, Benny Génsbol, Paris, Delachaux et Niestlé, 2005.
  • A bidwatchers’ guide to Morocco, Patrick and Fedora Bergier, Bird Watchers’Guide, Prion Ltd, 2003.
  • L’étymologie des noms d’oiseaux, P. Cabard et B. Chauvet, Paris, Belin, 2003.

La passion du désert

15 mai 2014

« J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence… »

Antoine de Saint-Exupéry

 

Dans l’imaginaire populaire, le désert est souvent associé à un amoncellement de dunes ondulant à l’infini, totalement dénué de vie. Pour qui s’aventure, observe, écoute, s’interroge, cet espace recèle des spécificités naturelles avec une faune et une flore remarquablement adaptées  à des conditions extrêmes. Le Maroc en particulier possède la flore et la faune la plus riche d’Afrique du Nord et bon nombre d’espèces y son endémiques.

Avant de voir apparaître la nature désertique du grand sud marocain et les premiers cordons de dunes du Sahara, il faut quitter Marrakech et franchir les sommets du Haut Atlas. C’est au départ de Zagora que s’effectuent les départs de randonnée vers le désert.