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> « Le Lion et le Vent » : cinéma et histoire

6 septembre 2015

Titre

L’affiche du film

Pour voir la bande annonce du film en VO :

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19512418&cfilm=10888.html

En 1975 sortait un film d’aventure aux accents orientalisants, réalisé par l’Américain John Milius. Le nom de Milius n’est peut-être pas connu des cinéphiles avertis mais cette figure incontournable du cinéma américain appartient à la bande des cinéastes des années 1970 (Movie Brats) tels que Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Brian de Palma ou encore George Lucas. A peine dix films en quinze ans en tant que réalisateur (on lui doit Dilinger, Conan le Barbare, L’adieu au roi…), il est plus prolifique dans le domaine de la scénarisation (Dirty Harry, Jeremiah Johnson, Apocalypse Now, Jaws, la série Rome…).

Synopsis

Basé sur des faits réels, The Wind and the Lion (« Le Lion et le Vent ») nous transporte au début du siècle dernier dans un Maroc alors source de conflits entre les grandes puissances que sont l’Allemagne, la France et l’Angleterre qui, toutes trois, essayent d’établir une sphère d’influence dans le pays. Par une belle journée d’octobre 1904, un groupe de cavaliers mené par le chef berbère Moulay Ahmed er-Raizuli enlève dans leur villa qui domine la ville de Tanger, Eden Pedecaris (Hélène Carter, dans la version française) et ses enfants, William et Jennifer. Opposé au jeune sultan Moulay Abd el-Aziz et son oncle, le pacha de Tanger qu’il considère comme corrompu et à la solde des Européens, Raizuli réclame une rançon exorbitante  dans le but délibéré de provoquer un incident diplomatique, espérant bien embarrasser le sultan et démarrer une guerre civile.

Brian Keith dans le rôle de Théodore Roosevelt (image du film)

Pendant ce temps, aux Etats-Unis, le président Théodore Roosevelt, en pleine campagne électorale pour sa réélection à la Maison blanche, s’empare du « dossier Pedecaris » et décide d’utiliser le kidnapping à des fins de propagande politique (inventant l’idiotisme « Pedecaris vivante ou Raizuli mort ! »).

Les Pedecaris sont maintenus en otage dans le Rif par Raizuli et ses hommes, loin de tout secours. Alors que la fascination pour le peuple rebelle et son chef semble peu à peu s’exercer sur  les enfants, et plus particulièrement sur le jeune William, un sentiment ambigu tiraille la belle Eden qui trouve Raizuli « rustre et brigand » mais ne peut s’empêcher d’être troublée par son charisme et son mystère. En revanche, Raizuli en digne chef Berbère, ne peut tolérer qu’une femme rie de lui, surtout en présence de ses hommes mais avoue que l’Américaine est « une grande perturbation » et il fait tout son possible pour ne pas perdre la face. Aidés par un des hommes de Raizuli, les Pedecaris tentent de s’échapper mais, trahis, ils se trouvent entre les mains de voleurs en plein désert. Fort heureusement, Raizuli les tire d’affaire et avoue à Eden qu’il n’a jamais eu l’intention de nuire aux Pedecaris (« Raizuli ne tue jamais les femmes et les enfants »).

Premier regard entre Raizuli et Eden Pedecaris

Premier regard entre Raizuli et Eden Pedecaris (image du film)

Sous  la contrainte, le Pacha accepte d’accéder aux exigences de Raizuli. Durant l’échange des otages, Raizuli est trahi et capturé par les troupes allemandes et marocaines sous le commandement de Von Roerkel, alors que Eden Pedecaris et ses enfants sont mis sous bonne garde par un contingent américain. Lors d’une bataille au cours de laquelle Berbères et Américains s’unissent pour battre les Allemands et leurs alliés marocains, Raizuli est libéré par Eden. Il s’enfuit avec ses hommes sous les yeux admiratifs du jeune William. Son « héros » arrive vers lui sur son cheval blanc et attrape le fusil qu’il tenait dans ses mains…

Aux Etats-Unis, Roosevelt applaudit cette victoire et les Pedecaris arrivent sains et saufs à Tanger. Roosevelt reçoit alors une lettre de Raizuli, comparant ainsi les deux hommes et donnant tout son sens au titre du film : « Moi, comme le lion je reste à ma place, alors que vous, comme le vent, vous ne savez jamais où est la vôtre ».

Faits historiques

Caricature concernant l’Affaire Pedecaris

Alors que le film nous montre l’enlèvement de la veuve Pedecaris, les faits historiques diffèrent légèrement. En effet, le 18 mai 1904, Ion Perdicaris, citoyen américain d’origine grecque et son gendre Varley, sujet britannique, sont enlevés par Raissouni, chef d’un mouvement de « rébellion » au nord du Maroc. Celui-ci impose au Makhzen des conditions pour la libération de ses otages. Il souhaite entre autres la destitution du pacha de Tanger, la libération de ses compagnons enfermés dans les geôles du pays  et le versement d’une indemnité de 70.000 $. Il exige également que les Anglais et les Américains lui garantissent l’acceptation de ces conditions. Contrairement aux apparences, cet « incident » dépasse de loin le cadre du Maroc et sa grande signification est plutôt due à son influence sur la compétition des grandes puissances rivales pour la conquête de l’Afrique du nord.

Le chef berbère Raissouni (photo voixdailleurs.com)

Le personnage  joué par Sean Connery, Ahmed er-Raizouni trouve son origine dans la figure historique d’Ahmed Rassouni (ca 1860-1925), sorte de bandit justicier qui dépouillait et rançonnait les voyageurs dans la région de Tanger et qui lançait des opérations contre les souks de la régions, détroussant les commerçants. Les expéditions envoyées contre lui n’aboutirent pas car, en cas de difficultés, il regagnait sa base imprenable de Zinat, dans le pays des Jbala ce qui lui valut le surnom de « L’Aigle de Zinat ». Sa mise en état d’arrestation par son propre cousin et frère de lait, le Pacha de Tanger provoque un véritable tournant dans la vie de Raissouni et un durcissement de son caractère. Enchaîné comme un esclave pendant quatre ans que dura son emprisonnement , il faillit perdre la vie. Libéré suite à une grâce accordée par le nouveau sultan, Moulay Abd el-Aziz,Raissouni reprend ses activités mais s’en prend à certains émissaires étrangers, le premier étant le journaliste anglais Walter Harris. En contrepartie, il n’exigera « que » la libération de ses compagnons de prison.

Héros nationaliste ou bandit des grands chemins, les historiens hésitent encore sur la catégorie dans laquelle le classer.

Sultan Moulay Abd el-Aziz (photo Zamane)

Le film présente le jeune sultan Moulay Abd el-Aziz comme un souverain immature, indolent, caractériel, une image qui cautionnerait presque la colonisation d’un pays… Il s’avère que lorsqu’il exerça le pouvoir en 1900, Moulay Abd el-Aziz avait à peine 20 ans. Pour l’anecdote, c’est sous le règne de son père, Hassan Ier, que Léopold II, roi des Belges et au titre de souverain de l’Etat indépendant du Congo, chercha à prendre pied sur l’un ou l’autre point de la côte atlantique et envoya la mission Whettnall, du nom du ministre résident de  Belgique à Tanger, auprès du sultan de décembre 1887 à janvier 1888. Cette ambassade transportait un chemin de fer miniature en pièces détachées dont on voulait  faire la démonstration au sultan en vue de l’inciter à la construction d’une voie ferrée de Tanger à Fès. Cette première tentative n’aboutit à aucun résultat sur le plan pratique mais c’est cette locomotive que l’on aperçoit dans le film lorsque l’ambassadeur des Etats-Unis vient rendre visite au sultan dans son palais de Fès.

Le sultan Moulay Abd el-Aziz était réellement fasciné par les nouveautés européennes. Il jouait au tennis, possédait de nombreuses bicyclettes – comme on peut le voir dans le film -, des automobiles, des pianos, des appareils photographiques, des phonographes… Son goût des gadgets attira dans la sphère du pouvoir toute une cohorte de « commis voyageurs » européens qui ne manquèrent pas de corrompre tout son entourage.

Cette liberté avec l’histoire donne un souffle épique et une touche romantique au film. C’est aussi l’occasion de belles confrontations de caractères entre Candice Bergen, sublime en femme de tête, intelligente, courageuse,  et un Sean Connery très crédible en chef berbère, dont la foi et l’honneur sont inébranlables. Chacun admire les qualités de l’autre, leur interaction se situe à un niveau intellectuel, sans écarter pour autant toute implication émotionnelle.

Sean Conney (Raizouli) et Candice Bergen (Eden Pedecaris)

Sean Conney / Raizuli et Candice Bergen / Eden Pedecaris (image du film)

Film savoureux à plus d’un titre, qui ne cache pas ses sources d’inspiration dans Lawrence of Arabia pour les scènes de bataille ou pour les paysages de désert, il l’est également dans sa manière de mettre en exergue la prétention des Etats-Unis et leur goût prononcé pour la guerre. Obnubilé par le grizzli,  Théodore Roosevelt compare son pays au grand ursidé, symbole américain par excellence : « Aucun allié, seulement des ennemis. On vous respectera, on vous craindra, mais on ne vous aimera jamais. » Les mots lancés par une mégère dans la foule alors qu’il est en campagne électorale, « Eh Winnie, est-ce que tu vas laisser les Arabes se moquer de nous au Maroc ? », si ils ont pu faire sourire dans les années ’70, prennent un tout autre sens aujourd’hui…

Le réalisateur John Milius

John Milius montre à travers ce film sa fascination pour la figure de Théodore Roosevelt ainsi que celle qu’il partage avec lui pour les armes à feu. Le réalisateur est connu pour recevoir les journalistes chez lui avec un fusil à pompe sur les genoux. On aime la mise en scène…

La musique composée par Jerry Goldsmith incorpore aux cuivres tonitruants un grand ensemble de percussions d’inspiration arabe et valut à son auteur un Academy Award.

Pour écouter le thème du film, cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?v=SSa2dv0-dhQ

Isabelle S.

Bibliographie

Ismaïl HARAKAT, Le Lion et le Vent : Quand Hollywood s’intéresse à Ahmed Raissouni, voixdailleurs.com, 2015.

Ismaïl HARAKAT, Ahmed Raissouni, chérifdes Jbalas: héros ou brigand ?, voixdailleurs.com, 2015.

Bernard LUGAN, Histoire du Maroc. Des origines à nos jours, Paris, Ellipses, 2011.

El-Mostafa AZZOU, Un otage américain au Maroc : Perdicaris (1904), in « Guerres mondiales et conflits contemporains », 2004/4, n°216, CAIRN. INFO.

The Wind and the Lion (1975 – Dir. John Milius), Cliomuse.com.

> Gâteau aux figues fraîches

18 juin 2015
Figuier - photo I. Six

Figuier – photo I. Six

En Belgique, on a l’habitude de voir la figue sous sa forme ratatinée et sèche, principalement pendant la période des fêtes de fin d’année. On la mange avec les fruits secs, les dattes et parfois fourrée de pâte d’amande. Mais ici, quelle chance, c’est la saison des figues fraîches ! Il est vrai que c’est un fruit du bassin méditerranéen, cultivé depuis des millénaires mais originaire de l’Asie mineure. Il existe une multitude de variétés que l’on peut classer selon la couleur et la taille. Si la saison des figues fraîches semblent bien courte, les figuiers fructifient deux fois par an ce qui permet deux récoltes, l’une vers le mois de juillet et une autre d’août à septembre. La figue, comme la fraise, est un faux fruit. En effet, les « vrais fruits » sont les petits grains appelés « akènes », qui sont enfermés dans la figue. Pour que chaque akène naisse, il faut donc polliniser chaque petite fleur grâce à un intervenant extérieur. Et il n’y a qu’une seule espèce d’insecte digne de pénétrer l’intimité de la figue. L’heureux élu est un hyménoptère hyper-spécialisé (Blastophaga psenes)… Le rituel se déroule chaque année sous le soleil du printemps, lorsque la rosée sur les feuilles et les fruits a séché, car l’humidité empêche la progression de l’insecte sur le corps de la figue. Dans les vergers, c’est l’homme qui, à l’aide d’un petit pinceau, va féconder les fleurs…

Délicieuses en confiture, mais aussi en tajine, on peut tout simplement les savourer en les croquant natures et bien mûres…

Mais pourquoi se priver du plaisir de déguster un bon gâteau avec du thé à la menthe. Surtout qu’une figue de bonne taille n’apporte que 57kcal/100g…

Figues fraîches vertes - photo I. Six

Figues fraîches vertes – photo I. Six

INGRÉDIENTS pour 6 personnes

  • 125 g de farine
  • une pincée de sel
  • 100 g de cassonade
  • un demi sachet de levure chimique
  • 2 œufs
  • 25 g d’huile d’olive
  • 50 g de lait
  • un peu de cannelle
  • 500 g de figues fraîches

RÉALISATION

  • Préparation : 15 min
  • Cuisson : 30 min

PRÉPARATION :

  • Préchauffez le four à 210°C (thermostat 7). Beurrez le moule.
  • Mélangez tous les ingrédients sauf les figues. La préparation doit être bien homogène et onctueuse.
  • Versez la pâte dans le moule. Si vous trouvez qu’il y a peu de pâte, ne vous inquiétez pas, elle montera…
  • Coupez les figues en deux ou en quatre selon leur taille, et disposez-les sur la pâte, peau en dessous. Parsemez-les légèrement d’un peu de cassonade pour obtenir à la cuisson un effet doré et caramélisé.
  • Faites cuire 30 minutes. Vérifiez la cuisson en plantant un couteau dans la pâte, il doit en ressortir propre.
Gâteau aux figues fraîches - photo I. Six

Gâteau aux figues fraîches – photo I. Six

> Mousse onctueuse à l’orange

17 juin 2015

Envie de fruits… Mais de desserts aussi ! Alors cette petite mousse légère à l’orange est parfaite pour terminer un repas. Elle peut se décliner avec n’importe quel agrume mais l’orange lui confère peut-être un goût plus doux et moins acide que le citron ou le pamplemousse. Ajoutez-y une pointe de cannelle et quelques gouttes d’eau de fleur d’oranger si vous aimez… encore et toujours cette note orientale.

Oranges non traitées pour pouvoir en prélever le zeste - photo I. Six

Oranges non traitées pour pouvoir en prélever le zeste – photo I. Six

INGRÉDIENTS pour 6  personnes :

  • 2 oranges
  • 3 feuilles de gélatine (facultatives car cela n’apporte finalement pas grand-chose à la texture)
  • 4 œufs
  • 175 g de sucre en poudre
  • 30 g de beurre
  • 400 g de crème épaisse
  • 1 cuillère à café de cannelle
  • Quelques gouttes d’eau de fleur d’oranger

RÉALISATION

  • Préparation : 15 min
  • Temps de repos : 2 heures

PRÉPARATION :

photo I. Six

photo I. Six

  1. Zestez les oranges et pressez-en le jus. Mettez les feuilles de gélatine dans de l’eau froide.
  2. Faites chauffer doucement et ajoutez 4 jaunes d’œufs et le sucre. Mélangez doucement au fouet à main pour obtenir une consistance de crème anglaise. Retirez du feu lorsque cela commence à frémir.
  3. Ajoutez le beurre fondu et les feuilles de gélatine, saupoudrez d’une pincée de cannelle. Versez la préparation dans un récipient et conservez au réfrigérateur.
  4. Montez les blancs en neige en y ajoutant une pincée de sucre.
  5. Incorporez-les au mélange ainsi que la crème épaisse fouettée. Mélangez délicatement. On a une crème mousseuse et légère.
  6. Répartissez la mousse dans les éléments de service et placez au frais pendant au moins 2 h. Au moment de servir, décorez de zestes d’oranges ou, selon la taille des verrines, vous pouvez recouvrir la mousse d’une fine rondelle d’orange du diamètre du verre.
La mousse légère à l'orange - photo I. Six

La mousse légère à l’orange – photo I. Six

> Tagliatelles de carottes à l’huile d’argan

9 juin 2015

Cultivée dans tout le pays et tout au long de l’année, la carotte est un légume de base utilisée dans beaucoup de tajines. On la prépare également en salade avec du cumin et de la coriandre ou encore associée à l’orange.

J’ai trouvé la recette des tagliatelles de carottes sur internet et ai adapté l’assaisonnement et les condiments pour y donner toutes les saveurs du pays. Comme entrée ou comme plat d’accompagnement, elle peut se proposer tiède ou froide.  Très simple à réaliser, il faut un peu de patience et de dextérité pour couper les carottes en belles lanières au moyen d’un couteau-économe (ou épluche-légumes) sans perdre trop de matière. Pour le reste, il suffit de suivre les étapes ci-dessous :

INGRÉDIENTS pour 4 personnes :

Tagliatelles de carotte à l'huile d'argan - photo I. Six

Tagliatelles de carotte à l’huile d’argan – photo I. Six

  • 6 belles carottes
  • 1 gros oignon
  • 1 cuillère à soupe d’huile d’olive
  • 1 poignée de noix ou noisettes concassées grossièrement
  • 1 cuillère à soupe de miel
  • 1 filet d’huile d’argan
  • 1 cuillère à café de cumin
  • Quelques brins de coriandre fraîche
  • Sel, poivre

 

RÉALISATION

  • Difficulté : facile
  • Préparation : 15 mn
  • Cuisson : 15 mn
  • Temps Total : 30 mn

 

PRÉPARATION :

  • Émincer l’oignon, le mettre dans une poêle avec l’huile d’olive et laisser colorer.
  • Détailler les carottes en tagliatelles avec un économe. Les ajouter aux oignons. Couvrir et laisser cuire 10 minutes environ. Si nécessaire, ajouter un peu d’eau.
  • Quand les carottes sont cuites, ajouter le miel, les noix (ou noisettes), le cumin, le sel et le poivre. Bien mêler le tout.
  • Disposer dans le plat à service et parsemer de coriandre fraîche.

 

Régalez-vous…

photo I. Six

photo I. Six

> Mousse de bananes

7 juin 2015
Vendus dans la rue ? Ok, les fruits sont locaux et de saison ! - photo M. Six

Vendus dans la rue ? Ok, les fruits sont locaux et de saison ! – photo M. Six

Les bananes sont délicieuses au Maroc. La culture du bananier y a démarré dans les années 1940 mais c’est réellement à partir des années 1980 qu’elle s’est développée dans le pays. On les cultive sous serre, principalement dans la vallée du Sous (région d’Agadir), mais aussi dans le Gharb (nord-est) et près d’El Jadida, au sud de Rabat. Cependant, on continue à voir des bananes d’importation dans les grands magasins, leur prix est pourtant plus élevé et leur goût n’a rien à envier à leurs sœurs marocaines.

La recette que je vous propose l’introduit dans un dessert assez simple à réaliser et qui se présente en verrine. La note marocaine se traduit, comme souvent, par l’association de l’eau de fleur d’oranger et de la cannelle. Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai ajouté un fond de biscuit et les bananes caramélisées. Je ne comprend pas pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt…

INGRÉDIENTS pour 6  personnes :

Mousse de bananes - photo I. Six

Mousse de bananes – photo I. Six

  • 3 bananes + 2 pour la décoration
  • Biscuits à la cuillère (selon la taille de vos verrines)
  • Eau de fleur d’oranger
  • 20 cl de crème liquide
  • 3 blancs d’œuf
  • 2 cuillères à soupe de sucre roux
  • 1 cuillère à café de cannelle

PRÉPARATION : 20 min

TEMPS DE REPOS : 2 heures

PRÉPARATION :

  1. Épluchez les bananes et passez-les au mixeur pour les réduire en purée.
  2. Versez cette purée de banane dans un grand bol, ajoutez-y la cannelle et 1 cuillère à soupe de sucre roux, mélangez bien.
  3. Montez la crème liquide en chantilly. Incorporez délicatement la crème chantilly à la purée de banane, puis battez les blancs d’œufs en neige
  4. Quand ils sont prêts, incorporez-les à la préparation à la banane, en soulevant bien et sans casser les blancs.
  5. Imbibez les biscuits à la cuillère dans un peu d’eau de fleur d’oranger et tapissez-en le fond des verrines.
  6. Faites caraméliser quelques rondelles de bananes dans une poêle avec du beurre et du sucre roux.
  7. Mettez une couche de rondelles de banane au-dessus de la couche de biscuit.
  8. Répartissez la mousse au-dessus et placez au frais pendant au moins 2 h. Au moment de servir, recouvrez de rondelles de bananes caramélisées.
Mousse de bananes - photo I. Six

Mousse de bananes – photo I. Six

> Salade d’oranges à la cannelle

6 juin 2015

Au Maroc, à moins d’aller dans les restaurants gastronomiques, la gamme de dessert est peu variée et se décline généralement sur les fruits de saison. L’orange à la cannelle est LE dessert type que l’on retrouve tout au long de l’année au menu des petits restaurants et en fin de repas familial. De manière plus ou moins basique selon l’inspiration, les oranges sont présentées dans une assiette, coupées en rondelles et saupoudrées de cannelle. Quelques fois, elles sont agrémentées d’eau de fleur d’oranger, de miel ou de sucre glace.

Voici notre recette, ultra simple mais quelque peu modifiée au niveau de la présentation et de l’assaisonnement pour une dégustation plus savoureuse… Une excellente idée de dessert pour l’été : simple, rapide, frais et vitaminé (vitamine C). L’orange est disponible toute l’année mais elle est meilleure au printemps et en été, juteuse et bien sucrée. La cannelle est une épice couramment utilisée dans la cuisine marocaine, aussi bien pour les pâtisseries que pour les tajines et les plats sucrés-salés tels que les plats de fête comme la bastela ou le seffa. Il semblerait que son importante teneur en fibres joue un rôle important dans le contrôle de la glycémie. Parmi ses nombreuses vertus, citons ses pouvoirs antioxydants, ses propriétés antispasmodiques et ses propriétés stimulantes sur les voies respiratoire et circulatoire.

INGRÉDIENTS pour 6  personnes :

  • 6 grosses oranges
  • une cuillère à soupe de rhum ou de porto (facultatif et selon les convives…)
  • une cuillère à soupe d’eau de fleur d’oranger
  • 2 cuillères à soupe de sucre glace
  • 1 cuillère à soupe de cannelle
  • quelques feuilles de menthe fraîche ciselées

RÉALISATION :

  • Difficulté : facile
  • Préparation : 20 mn
  • Repos : 90 mn
  • Temps total : 110 mn

PRÉPARATION :

  • Découper l’écorce des oranges (que vous pourrez toujours utiliser pour faire des orangettes), en essayant d’éliminer le maximum de partie blanche pour ne garder que la chair.
  • Tailler les oranges en suivant les quartiers naturel, puis en petits cubes.
  • Mettre les oranges dans un saladier et ajouter le reste des ingrédients en mélangeant bien.
  • Recouvrir de film plastique et laisser mariner 1 à 2 heures au frigo.
  • Présenter soit dans des verrines, soit dans des coupes, en décorant d’une feuille de menthe par exemple.

 

    • Salade d'orange à la cannelle - photo I. Six

      Salade d’oranges à la cannelle – photo I. Six

 

>Les villes impériales du Maroc (suite)

18 février 2015

II. Les médinas des villes impériales

Structure urbaine d’une médina

« A grand roi, grande ville », écrivait au XIVe siècle l’historien Ibn Khaldûn. Lorsqu’une dynastie marocaine choisit sa résidence à Fès, Marrakech, Rabat ou Meknès, la cité devenue capitale (‘âsima) se pare de monuments qui témoignent du prestige du prince aux yeux de ses contemporains et de l’histoire. Accueillant désormais la vie officielle du roi, avec ses réceptions et son cérémonial, ainsi que sa vie privée, elle se doit d’être l’expression la plus parfaite des réalisations architecturales du temps.

Les remparts au sud de Marrakech et vue sur l'Atlas - photo I. Six

Les remparts au sud de Marrakech et vue sur l’Atlas – photo I. Six

Les quatre villes impériales du Maroc présentent toujours le même schéma : un tissu urbain dense enserré dans des remparts ponctués de tours crénelées et percés de portes monumentales qui la ferment et la protègent dès la tombée de la nuit. Au milieu de l’enchevêtrement de ruelles se dégagent des axes principaux quasi rectilignes qui relient entre elles les portes de l’enceinte.

Bab Boujloud, Fès - photo I. Six

Bab Boujloud, Fès – photo I. Six

Les ruelles donnent accès aux quartiers et des petites impasses familiales privées isolent les maisons et les protègent du regard  étranger. Ces venelles tortueuses et isolées, quelquefois couvertes, sont réservées aux habitants. L’étranger ne les parcourt que s’il y est amené par un lien de parenté ou de clientèle. Il n’est pas rare que, lorsqu’un touriste s’y aventure, à l’écart des quartiers fréquentés, il se voit gratifié d’une interjection « C’est fermé ! Il n’y a rien à voir ». En effet, il ne trouvera aucun commerce de luxe, mais uniquement les équipements de base de la vie quotidienne : une mosquée, un four public, un hammam, une fontaine, une école coranique, une épicerie… H.-M. P. de la Martinière[1] (1859-1922), dans sa Notice sur le Maroc[2] constate que « Les villes du Maroc ont été construites sans aucun plan d’ensemble, au hasard du déroulement de leur histoire ». Le premier noyau des villes remonte généralement à l’époque du moyen âge, aux tous premiers siècles de l’islamisation. Mais les villes islamiques n’offrent aucun plan préalable ni aucune objectivation de l’espace autre qu’une disposition en fonction de la qibla (orientation de la Mecque). En dépit de ce désordre apparent, la construction de ces cités obéit à des impératifs issus d’une logique spécifique : espaces réservés à la production, ceux réservés au commerce (souks), espaces du sacré (position centrale de la grande mosquée, zaouïas[3] avec leurs bains, leurs fontaines et leurs medersas), et les quartiers réservés au sultan (extériorité de la kasbah, avec le palais, les casernes, les arsenaux et les greniers). Cette spécialisation des quartiers peut se lire en suivant les trois fonctions essentielles d’une ville musulmane : centre religieux, carrefour d’échanges commerciaux, et siège du pouvoir (mosquée – souk – palais).

Les tanneries Chouara, Fès - photo I. Six

Les tanneries Chouara, Fès – photo I. Six

La zone commerciale de la médina[4] s’ordonne suivant une hiérarchie qui va du centre – de la Grande Mosquée – vers les remparts. Les activités polluantes (tanneries) sont le plus souvent installées loin du cœur de la cité, à proximité de points d’eau, tandis que la fabrication et la vente des produits de luxe (orfèvres, relieurs, libraires, passementiers…) sont établies près de la mosquée. Mais il n’y a pas de modèle avéré et nombreux sont les marchés ou les métiers qui disparaissent, se déplacent ou se dispersent. La boutique (hanout) est le principal local des artisans et des commerçants qui constitue le souk. C’est une petite pièce de dimensions variables dont la construction est facile et d’un prix modique, ce qui favorise la création de nouveaux souks par simple juxtaposition de boutiques. Ces échoppes sont parfois réunies dans des constructions spéciales, fermées par des portes, véritables rues couvertes, que l’on appelle kissaria.

Foundouk dans la médina de Marrakech - photo I. Six

Fondouk dans la médina de Marrakech – photo I. Six

Le fondouk, ou caravansérail est un bâtiment à multiples fonctions qui servaient à accueillir les gens de passage, les marchands et leurs bêtes. Son autre emploi, toujours actuel, est de servir d’entrepôts et d’abriter des boutiques et des ateliers d’artisans. Il se présente généralement comme un grand bâtiment carré ou rectangulaire, dont les étages – un ou deux – s’organisent autour d’une grande cour à ciel ouvert encadrée de portiques. Le centre est parfois occupé par une fontaine qui servait à abreuver les montures. Au rez-de-chaussée se trouvent les boutiques, à l’étage les pièces réservées à l’hébergement.

Symbole social et urbain d’une puissance propre à impressionner les esprits, le minaret de la grande mosquée transcende l’ensemble de la cité. L’appel à la prière que lance le muezzin cinq fois par jours et qui scande le déroulement de la journée est une évocation permanente de l’unité de la communauté musulmane (umma).

L’habitat traditionnel en médina

Les quartiers –derb – de la médina semblent être une réduction, à l’échelle domestique, des concepts de la ville. Plus petite entité contenant la maison, le quartier traditionnel des médinas possède toutes les fonctions requises à la vie collective. Il se veut autonome en regroupant en son sein tous les éléments et les équipements nécessaires à la vie quotidienne, tels que les commerces et les services, les lieux de culte et de rassemblements et même la sécurité personnelle, sans avoir à sortir du groupe. Dans ce contexte de fermeture systématique au monde extérieur, il n’aurait pas été concevable que se développe une forme d’habitat extravertie. De fait, la maison arabo-musulmane est le lieu de l’intimité absolue, elle n’est pas ouverte sur l’extérieur mais sur l’intérieur.

Dar Cherifa, Marrakech

Dar Cherifa, ancienne demeure du XVIe siècle, Marrakech

Les demeures traditionnelles marocaines constituent l’élément de base de la structure des quartiers d’habitation de la médina. À l’origine, elles sont construites pour abriter les familles des hauts commis de l’Etat, des commerçants ou des artisans aisés et reprennent le même plan d’ensemble : une entrée comprenant un vantail et un petit vestibule en chicane conduisant à un espace central, el wüst ed-dar. Celui-ci constitue l’élément de base pour la ventilation et l’ensoleillement de la maison. C’est par lui que sont distribuées et éclairées toutes les pièces et dépendances qui le bordent. Le patio a donc une place centrale dans la maison, mais aussi dans la vie domestique où il joue un rôle social important. C’est un espace extérieur d’agrément dédié avant tout à la réunion familiale et à la détente. Mais, à l’instar de la terrasse, il sert également aux travaux domestiques comme la cuisine ou la lessive. C’est le lieu de socialisation des femmes et de ce fait la maison traditionnelle apparaît comme un lieu clos symbolisant la dignité de ses occupants.

Pour respecter cette intimité, des règles de bon voisinage sont régis par des principes constructifs fondamentaux. Ainsi, la porte d’entrée ne sera pas placée en face d’une autre ou de façon contiguë. De même, un propriétaire ne peut construire ou exhausser son habitation sans tenir compte de la morphologie de la ville. Il doit veiller, notamment, à ce que la hauteur de sa maison ne lui permette pas de plonger son regard chez les voisins. Ce souci de discrétion est consacré par un hadith du Prophète : « Ne bâtis pas de façon à avoir un regard sur le cœur de ton voisin ; ne bâtis pas de façon à ce que ton voisin ait un œil sur ta demeure ! »

On oppose, généralement à tort, deux modèles d’habitat traditionnel qui présentent les mêmes caractéristiques, à un élément près : le dar et le riad. Le dar, « maison » en arabe, est l’habitation traditionnelle organisée autour d’une cour revêtue d’un enduit ou badigeonnée de chaux, le plus souvent pavée de zelliges, de bejmat[5] ou de marbre. Il comporte ou non une fontaine en son centre et est parfois orné d’une galerie couverte à colonnades, sur laquelle s’ouvrent les pièces de séjour au rez-de-chaussée et les chambres à l’étage. Ces portiques permettent également de faire écran aux rayons du soleil en maintenant à l’ombre les façades intérieures. Enfin, couronnant la maison, la terrasse est le lieu dévolu aux femmes où, jadis confinées à la maison, elles entretenaient des rapports de voisinage les unes avec les autres. C’est le seul espace ouvert sur l’extérieur et offrant une vue très souvent spectaculaire sur la médina.

Musée Dar Si Saïd - photo R. Six

Musée Dar Si Saïd – photo R. Six

Dans la tradition arabe, un riad est un jardin clos d’inspiration andalouse, et non une habitation. Il s’agit d’un jardin d’agrément rigoureusement divisé en quatre parterres – ces quatre espaces végétaux symbolisent pour les musulmans le paradis sur terre – entourant une fontaine placée au centre de la composition, qui sert à irriguer la végétation. Le riad, véritable oasis reconstituée, préfigure le paradis céleste.  Dans une optique commerciale et touristique, le terme riad est associé à d’autres types d’habitat au Maroc. Ceux-ci peuvent être situés à l’extérieur des médinas et ne pas disposer de jardins intérieurs. Par extension, au fil du temps, les maisons disposant d’un jardin intérieur et d’une fontaine en leur centre ont pu être désignées comme riad. Dans la tradition musulmane, le paradis, ou éden, est décrit comme étant la source des quatre fleuves. L’eau et la végétation sont donc les éléments essentiels du riad marocain.

Richesse des décorations ornementales

Médina de Marrakech - photo I. Six

Médina de Marrakech – photo I. Six

La majorité des façades ne présente aucune autre ouverture que la porte d’entrée. Elles sont généralement complètement nues ou simplement recouvertes d’un enduit de terre et de chaux grossiers, de couleur naturelle. Leur austérité contraste avec la grande richesse ornementale intérieure des palais et des demeures des anciennes cités impériales. Suivant les normes régissant l’art islamique, le décor envahit toutes les surfaces, répondant à une véritable horreur du vide. La décoration de ces demeures reprend les éléments classiques issus de l’influence andalouse qui s’est exercée de façon continue depuis le XIe siècle. Des apports successifs des populations venues d’Espagne ont été introduits pour se mêler aux goûts et à la personnalité des sultans de chacune des grandes dynasties. Les monarques bâtisseurs ont développé leur propre tradition architecturale, marquant de leur empreinte chacune des villes impériales.

Zelliges et stuc ciselé à la médersa Ben Youssef, Marrakech - photo I. Six

Zelliges et stuc ciselé à la médersa Ben Youssef, Marrakech – photo I. Six

Le motif n’est jamais isolé et se répète à l’infini. Toute représentation d’êtres vivants ayant été bannie de l’ornementation arabo-musulmane afin de ne pas rivaliser avec l’acte créateur divin, les artisans ont déployé leur imagination en déclinant trois types de motifs. Les motifs géométriques sont toujours symétriques, formés par combinaisons mathématiques et recouvrent les murs dans une répétition illimitée. Le décor floral se compose d’entrelacs floraux, de rinceaux, de palmettes stylisées à l’extrême. Dans le décor épigraphique, la calligraphie s’associe toujours à une écriture de caractère sacré. Sur les murs des édifices religieux, elle habille des frises horizontales, sises entre mosaïques de zelliges et reliefs de plâtre sculpté. Versets du Coran, hadîth du Prophète ou louanges au souverain y sont placés en style coufique, écriture monumentale et géométrique assemblant des lignes droites, épaisses et anguleuses qui se prêtent de manière idéale au décor architectural.

Médersa Bou-Inania, Fès - photo I. Six

Médersa Bou-Inania, Fès – photo I. Six

L’art du zellige connaît son apogée au XIVe siècle, sous le règne des Mérinides. Avec le bois sculpté ou peint et le plâtre ouvragé, il constitue les parements les plus typiques des demeures et monuments hispano-mauresques. Ces petits carreaux émaillés tracent des dessins géométriques sur le bas des murs, qu’ils protègent de l’humidité, habillent les colonnes d’un patio, rehaussent les contours d’une fontaine murale. C’est le m’allem (maître d’œuvre) qui dresse le plan d’assemblage selon une composition qui obéit à des règles immuables que l’artisan décline à l’infini. A partir de simples formes géométriques – carrés, losanges, triangles, l’artisan compose des chevrons, des arcs, des étoiles, des cercles, des rosaces d’une grande complexité. La préparation de ces petits morceaux de faïence se fait à partir de carreaux d’argile de dix centimètres de côté, cuits une première fois. Recouvert d’émail, selon une gamme de 7 couleurs (blanc, noir, vert, bleu, rouge, jaune, ocre), ils sont cuits une seconde fois. Sur ces carreaux monochromes, l’artisan trace le contour des pièces à tailler – losanges, triangles, trapèzes, etc. – à l’aide d’un gabarit et les carreaux sont ensuite découpés manuellement au moyen d’une lourde hachette double. À chaque forme de zellige correspondent une couleur et un nom spécifique que seuls connaissent les artisans expérimentés. Ces formes et ces couleurs sont assemblés d’après le dessin exécuté par le maître d’œuvre. Les milliers de pièces ainsi découpées sont disposées à l’envers, émail contre sol, sur une surface parfaitement lisse, puis assemblées comme les pièces d’un puzzle. L’artisan part du centre du motif qu’il agrandit tout autour en suivant la forme du modèle. Son travail demande une extrême précision étant donné qu’il ne voit que  l’envers du décor. Une fois les zelliges en place, ils sont saupoudrés de plâtre et de ciment formant un joint. Les pièces sont collées entre elles, l’artisan redresse alors le panneau et le fixe au mur afin de réaliser les raccords entre chaque panneau apposé.

Artisan céramiste à Fès  - photo R. Six

Artisan céramiste à Fès – photo R. Six

Au-dessus des panneaux de zelliges, le plâtre sculpté agrémente les murs jusqu’au plafond. Il est largement utilisé autour des portes et des fenêtres et à l’intrados des arcs. Tendre, facile à travailler, il sèche lentement, ce qui permet à l’artisan de rectifier son motif plusieurs semaines après la pose. Le stuc, d’un blanc laiteux, est travaillé et ciselé directement sur son support. Débarrassé de ses impuretés après un passage au tamis, puis pétri dans l’eau pour obtenir une consistance parfaite, le plâtre est étalé en couches de quelques centimètres d’épaisseur sur la surface à décorer, puis soigneusement lissé. L’artisan trace le contour des dessins au moyen de sa règle, d’un compas, et de pochoirs. Ensuite il évide tout ce qui ne sera pas dessin à l’aide d’un ciseau très fin. Une véritable dentelle surgit sous ses doigts. Le stuc habille les chapiteaux de palmes stylisées, trace des lettres calligraphiées en frises, garnit les pendentifs des coupoles de stalactites et d’alvéoles, sortes de nids d’abeilles appelés mouqarnas.

Porte et auvent en bois de la zaouïa Tijani, Fès - photo I. Six

Porte en bois de la zaouïa Tijani, Fès – photo I. Six

L’art de sculpter le bois est un savoir-faire dont la ville de Fès se veut la digne héritière. Une odeur persistante de cèdre émane du quartier des menuisiers. Ce bois imputrescible et disponible en quantité, résiste aux parasites et est le plus généralement employé en architecture, dans les mosquées, les palais et les medersas. Parmi les éléments architectoniques en bois des édifices d’inspiration hispano-mauresque, les plafonds ouvragés, enrichis parfois de décors colorés (zouak) et les dômes organisés selon une géométrie savante, reproduisent les mêmes motifs géométriques ou floraux qui ornent la pierre, le plâtre ou la céramique. Les corbeaux sur lesquels reposent les linteaux finement sculptés portant souvent des inscriptions cursives participent autant à la structure des édifices qu’à leur décor et délimitent un espace intermédiaire entre le patio et les chambres. Les frises, les balustrades, les vantaux de portes et fenêtres, représentent des exemples caractéristiques du travail artistique réalisé par les artisans charpentiers et menuisiers. Les moucharabiehs[6], dont les plus ouvragés sont dits en « œil de tourterelle » (‘ayn al-yamâm), ont une fonction de cloisonnement créant des effets de lumière et des espaces privés soustraits aux regards. Ils permettent également une ventilation naturelle des pièces.

Vasque en marbre du Palais Badia, Marrakech - photo I. Six

Vasque en marbre du Palais Badia, Marrakech – photo I. Six

Enfin, le marbre blanc se retrouve dans le pavement des cours des palais et des grands édifices. Il prête sa blancheur aux  vasques d’ablution, aux fontaines ou aux fines colonnes de certains patios. Du temps des Saadiens, le marbre d’Italie était échangé contre un poids égal en sucre, dont le Maroc disposait à profusion.

I.Six

[1] Henri-Maximilien Poisson de la Martinière (1859-1922) : Diplomate, archéologue et géographe, auteur de récits de voyage. Un des pionniers de la découverte scientifique du Maroc, résident à Tanger (de 1882 à 1889), nommé à Alger (en 1889), il gère la légation de France à Tanger (de 1900 à 1901), est nommé ambassadeur de France à Téhéran (en 1909) – (d’après data.bnf.fr).

[2] Paris, H. Lamirault & Cie éditeurs, 1897 (in Gallica, bibliothèque numérique de la BNF).

[3] Zaouïa : établissement religieux sous l’autorité d’une confrérie, affecté à l’enseignement, aux prêches et à la rencontre des adeptes.

[4] La médina désigne la partie ancienne des villes d’Afrique du nord par opposition aux quartiers modernes de type européen.

[5] Bejmat : demi-brique émaillée sur une face, de forme rectangulaire, généralement verte, blanche ou bleue, qui peut former des compositions géométriques variées.

[6] Moucharabieh : panneau à mailles croisées fait de l’assemblage de baguettes de bois tournées et sculptées, placé aux balcons ou aux fenêtres, dont les entrelacs ajourés permettent de protéger un lieu des regards extérieurs tout en permettant le passage de la lumière.

Mouqarnas  à la medersa Ben Youssef, Marrakech - photo I. Six

Mouqarnas en stuc à la medersa Ben Youssef, Marrakech – photo I. Six

Ouvrages consultés :

  • Modèles d’habitats marocains, par Atif Shama, Lausanne, 2011.
  • Palais et médinas, texte par Marie-Pascale Rauzier, photos de Cécile Tréal & Jean-Michel Ruiz, Paris, Editions de Lodi, 2006.
  • Artisans de la terre, texte par Jamal Bellakhdar, photos de Cécile Tréal & Jean-Michel Ruiz, Paris, Hazan, 2002.
  • Les villes impériales du Maroc, texte par Mohamed Métalsi, photo de Cécile Tréal & Jean-Michel Ruiz, Paris, Terrail, 2001.
  • La médina de Marrakech. Formation des espaces urbains d’une ancienne capitale du Maroc, par Quentin Wilbaux, Paris, L’Harmattan, 2001.
  • « Les bâtisseurs de médinas », par Mohamed Métalsi, in Qantara, 1996, n°20, pp.28-33.