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> Marrakech, ville de culture ?

18 juin 2016

Giacomo Bufarini RUN. MB6 Street Art, Palais Bahia – photo I. Six

OUI ! MAIS GRÂCE AUX INITIATIVES PRIVÉES…

Marrakech se place de plus en plus en ville culturelle grâce, notamment, à sa biennale d’art, son festival international du cinéma ou à son tout récent festival du livre. Et si certains ne voient en la ville ocre qu’une destination de jet-setteurs, de golfeurs ou encore un immense souk aux arnaques, les musées, jardins et autres lieux de culture qui ont ouvert leurs portes ces derniers mois à Marrakech sont là pour les démentir. En effet, de plus en plus de privés investissent dans le bâtiment ou restaurent de vieux murs de la médina pour y développer des projets culturels en lien avec le patrimoine marrakchi. Cette valorisation culturelle de Marrakech par des étrangers (ou non) ne date pas d’hier.

Ancien atelier du peintre dans le Jardin Majorelle (photo I. Six)

Ancien atelier du peintre dans le Jardin Majorelle – photo I. Six

Les premiers musées privés à Marrakech voient le jour avec le fameux Jardin Majorelle, racheté dans les années 1980 par Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent, alors qu’il sombrait dans l’oubli après la mort du peintre en 1962.

Passionné par la culture rurale du Maroc, Bert Flint, professeur hollandais d’histoire de l’art, crée en 1996 le Musée Tiskiwin dans lequel il montre les liens qui unissent ce pays au monde saharien et au continent africain.

En 2009, Hamid Mergani et Patric Mana’ch ouvre la Maison de la Photographie. Elle se veut un véritable centre d’archives du Maroc. A travers sa collection de photographies, plaques de verre, cartes postales, journaux, cartes, documentaires, le musée montre l’extraordinaire diversité du Maroc depuis les débuts de la photographie (1879) jusqu’aux années 1960. (voir notre article ici)

Musée de l'Art de Vivre à Marrakech (photo I. Six)

Musée de l’Art de Vivre à Marrakech – photo I. Six

En 2010, Abderrazzak Benchaâbane implante le Musée de l’Art de Vivre dans un riad du 19e siècle situé au cœur de la Médina de Marrakech. L’année suivante, le même Benchaâbane concilie sa passion pour l’art et la nature en un même lieu et fonde le Musée de la Palmeraie – Art contemporain et nature. (voir notre article ici)

Et les initiatives se succèdent : le Musée Berbère, inauguré en 2011 à l’initiative de la Fondation Pierre Bergé dans l’ancien atelier de Jacques Majorelle, présente un panorama de la créativité de ce peuple le plus ancien de l’Afrique du Nord ; le Musée des Bijoux Nawahi, à la muséographie audacieuse, ouvre ses portes en 2013 et rassemble des bijoux de différentes régions du Maroc issus de collections privées, ou encore le superbe Musée Boucharouite de Patrick de Maillart, hébergé dans une ancienne maison d’hôtes de type riad décorée dans le style art déco. (voir notre article ici)

Vitrines du Musée de Bijoux Nawahi

Vitrines du Musée de Bijoux Nawahi – photo I. Six

L’année 2016 s’avère particulièrement fructueuse culturellement pour Marrakech puisque cinq nouvelles structures privées voient le jour, que ce soit dans la médina (le Musée Mouassine et le Jardin Secret), la ville nouvelle du Guéliz (MACMA), la palmeraie (Musée Mathaf Farid Belkahia) ou encore à quelques kilomètres à la sortie de Marrakech (Jardin ANIMA).

Faut-il voir dans cet engouement du privé un renoncement de la part du pouvoir public ? En tout cas, le Ministère de la Culture avoue ne pas avoir les moyens ni les compétences et a décidé – avant de faire marche arrière –  de confier l’exploitation commerciale de quelques-uns de ses monuments à des opérateurs privés. En effet, voilà moins d’un an que le Ministère de la culture a lancé un appel d’offre pour la gestion de ses principaux monuments : Palais Badi, Palais de la Bahia et Tombeaux saadiens. Un dossier pour l’instant en attente mais qui donne bien la mesure de la situation du patrimoine marrakchi. Alors que la ville ne désemplit pas de touristes, que ses monuments sont visités jours après jours tout au long de l’année, ce patrimoine représente une manne financière non négligeable, mais les lieux se dégradent peu à peu, la muséologie y est obsolète et la stratégie marketing inexistante. Cela fait également plusieurs années que la fameuse Kouba almoravide, l’un des derniers vestiges de la présence almoravide dans la ville,  est fermée au public. La raison ? « Trop dangereux car en mauvais état » m’a-t-on répondu. Mais aucun chantier visible n’est en cours depuis sa fermeture qui remonte, de mémoire, à 2012.

Ne parlons pas du mausolée de Youssef Ibn Tachfine, le fondateur de Marrakech. Longtemps il s’est transformé, faute de protection, en gîte pour les clochards et en urinoir public. Finalement protégé et gardé, il reste mal indiqué et peu mis en valeur.

Faut-il vraiment s’inquiéter de l’avenir du patrimoine de Marrakech s’il devait basculer dans la sphère privée ? N’est-ce pas, au contraire, ce qu’il y a de mieux pour sa conservation, sa gestion, sa valorisation ? Reste à savoir pourquoi le Ministère hésite à prendre position sur ce dossier, quand sera réellement relancé le projet de la gestion déléguée au privé et qui sera ce gestionnaire …

NOUVEAUX LIEUX CULTURELS 2016

  • Musée Mouassine (janvier 2016)

Derb El Hammam, Rue Mouassine, Marrakech, Médina

Ouvert tlj : 9h30-19h / Prix : 30 DH

www.museedemouassine.com

La douiria du Musée Mouassine (photo I. Six)

La douiria du Musée Mouassine – photo I. Six

Au cœur du quartier saadien de la médina se trouve le musée de Mouassine. Acheté par Patrick Mana’ch et Hamid Mergani, qui gèrent également la Maison de la photographie, le musée a ouvert ses portes en janvier 2016 sous la houlette de Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine au musée du Louvre à Paris. La maison et sa douiria, appartement de réception, ont été entièrement rénovés de 2012 à 2014 selon des techniques traditionnelles, un savoir-faire ancien et avec des matériaux traditionnels pour aboutir à une véritable symphonie de couleurs. Un cycle annuel d’expositions est organisé ainsi que des concerts chaque vendredi dans ce cadre exceptionnel.

  • Le Jardin secret – Musée en plein air (avril 2016)

Rue Mouassine 121, Marrakech, Médina

Ouvert : 10h30 – 17h30/18h30/19h30/20h00 (selon saison)

Prix : 50 DH / Tour : 30 DH

http://www.lejardinsecretmarrakech.com

Le jardin islamique dans Le Jardin secret (photo I. Six)

Le jardin islamique dans Le Jardin secret – photo I. Six

L’origine du Jardin secret remonte à l’époque saadienne mais il a été reconstruit au milieu du XIXe siècle par un influent caïd de l’Atlas et a été la demeure de plusieurs personnalités politiques de Marrakech. Ses jardins et ses édifices font partie de la tradition des palais arabo-andalous. Les espaces verts du Jardin Secret sont aujourd’hui répartis en jardin exotique, abritant des plantes provenant de différentes parties du monde, et en jardin islamique étroitement lié aux structures du riad.

  • Musée Mathaf Farid Belkahia (avril 2016)
L'atelier de Farid Belkahia

L’atelier de Farid Belkahia – photo I. Six

Dar Tounsi – Route de Fès

Ouvert : me-lu : 10-18h  Prix : 70 DH

www.fondationfaridbelkahia.com

Inauguré en avril 2016 à l’initiative de Rajae Benchemsi, l’épouse de l’artiste, le musée Farid Belkahia propose de maintenir le rayonnement des œuvres de Belkahia en maximisant leur visibilité et en encourageant la recherche sur leurs diverses influences et périodes marquantes. Ainsi, le musée s’articule autour des principales périodes de l’artiste : expressionnistes, cuivres, peaux et dessins. Le musée est situé au cœur de la palmeraie, au sein même d l’ancien atelier de l’artiste.

  • Le MACMA (Musée d’Art et de Culture de Marrakech)

61, rue Yougoslavie, Passage Ghandouri, Guéliz

Ouvert ma > sa : 10-19h, lu : 14-19h – Prix : 50 Dh

C’est le galeriste marocain Nabil El Mallouki qui est à l’initiative de ce musée d’art contemporain au coeur du Guéliz. Dans un espace moderne et lumineux,  une exposition avec un caractère narratif sera mise sur pied chaque année. Le musée possède sa propre collection qui sera alimentée, pour le montage des expositions, par des œuvres de collectionneurs, d’amateurs et de fondations.

  • Anima
Le Jardin Anima

Le Jardin Anima – photo I. Six

Route d’Ourika km 27

Ouvert : tlj : 9-17/18h (selon saison) – Prix : 120 Dh – navette gratuite

www.anima-garden.com

Créé par un artiste autrichien, André Heller, le jardin fantaisiste Anima se situe à 25 kilomètres de Marrakech, sur la route d’Ourika. Mise en scène botanique où art et nature se côtoient, Anima se veut un lieu de rencontres et de culture : un jardin, un café et 3 salles d’exposition.

À VENIR :

  • Le Musée Yves Saint-Laurent

Situé près du Jardin Majorelle, il ouvrira ses portes à l’automne 2017 et comprendra une salle d’exposition permanente présentant l’oeuvre d’Yves Saint-Laurent, une salle d’exposition temporaire, un auditorium, une bibliothèque de recherche et un café-restaurant.

 

I. Six

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> Randonnée géologique au Maroc

8 novembre 2015
Le col d'Aït Barka : succession de dolérite (verdâtre), trias (rouge), et smectite (gris-bleu) - photo R. Six

Le col d’Aït Barka : succession de dolérite (verdâtre), trias (rouge), et smectite (gris-bleu) – photo R. Six

 

Depuis quatre ans d’existence, le Riad Dar Zampa en est à son troisième circuit géologique sur les pistes du Haut Atlas et de l’Anti Atlas. Guidé par Thierry Mortier, du service de géologie de la Faculté Polytechnique de Mons (Umons), 13 participants ont pu mettre en application sur le terrain les acquis glanés au cours de diverses formations pour certains ou lors de simples lectures pour d’autres. Un circuit qui ne nécessite aucune connaissance géologique particulière mais une simple curiosité sur la formation des roches, des mers et des continents.

Lors du séjour, certains trouvent l’occasion d’assouvir leurs passions : dessin, photographie, écriture… Jean-Pierre, surnommé « Moustache argentée », nous transmet ci-dessous un compte-rendu du circuit sous forme d’alexandrin …

 

 

Écoutez, mes amis, l’épique randonnée

Déjeuner à Tasga, près de Telouet - photo R. Six

Déjeuner à Tasga, près de Telouet – photo R. Six

De quelques passionnés de la géologie,

Partis de Marrakech pour un fameux circuit,

Sous la docte conduite de Thierry Mortier.

 

En Première étape : le rouge du Trias

Qui se combine au vert ou gris de la dolérite,

Voire au gypse blanc ou au bleu de la smectite.

Près de la rivière : déjeuner à Tasga.

 

En piste pour la mine de sel d’Ounila.

Entrée d'une mine de sel dans la vallée d'Ounila - photo I. Six

Entrée d’une mine de sel dans la vallée d’Ounila – photo I. Six

L’ambiance artisanale est digne de l’antique.

On l’entaille à coup de marteau ou à la pique.

Nous reprenons la route vers l’objectif, Inch’Allah !

 

C’est Aït Benhaddou, son Riad, sa casbah.

Nous ressentons déjà un chouia de désert.

A Ouarzazate, c’est la même atmosphère,

En plus moderne, avec un air de cinéma.

Plateau de Ouarzazate depuis le Ksar d'Aït Benhaddou

Plateau de Ouarzazate depuis le Ksar d’Aït Benhaddou

 

A Skoura, il flotte comme un parfum de roses.

Avec Hassan, les Deux Mohamed et Omar,

Nos quatre conducteurs, nous gagnons sans retard

L’hôtel convenu pour que chacun se repose.

 

La journée fut longue mais riche en leçons :

La vallée du Dadès - photo I. Six

La vallée du Dadès – photo I. Six

L’orogenèse, l’accident sub-atlasique,

Les  gorges du Dadès, les dépôts jurassiques,

Le craton africain et moulte crochons.

 

On grimpe vers le col : 3140 mètres.

Il fait froid et venteux. La vallée du Todra,

Ses plissements, érosion et autres cuestas,

Livrent des secrets par la voix de notre maître.

Pli en chaise dans les Gorges du Todra - photo R. Six

Pli en chaise dans les Gorges du Todra – photo R. Six

 

Le lendemain, plus au sud, nous remontons le temps

Au large de Cadonia, du Djebel  Saghro,

Nous ramassons jaspes, granites et gabbros.

Qu’il fait bon rouler entre d’anciens continents.

 

Nous vivons l’immensité des lieux et du temps

Jusqu’à l’entrée dans l’oasis de Zagora,

La perle de beauté de la vallée du Draa.

Dans la palmeraie, un beau Riad nous attend.

 

Chaque jour nous apprécions l’organisation.

Le jbel Saghro - photo I. Six

Le jbel Saghro – photo I. Six

Omar et Robert sont des chefs en la matière.

Les pique-niques sont des sommets culinaires

Qu’ils soient bénis des dieux pour ces jours d’exception.

 

Nous touchons les dunes, aux portes du désert ;

Puis, l’univers minéral du Djebel Bani

Et ses roches détritiques à l’infini.

Nous enfilons la boutonnière vers Bou Azzer.

Schistes noirs à minerai de cuivre dans la boutonnière de Bou Azzer - photo R. Six

Schistes noirs à minerai de cuivre dans la boutonnière de Bou Azzer – photo R. Six

 

Dernier jour : Marrakech par le col de Tichka.

Un arrêt pour saluer les stromatolithes,

Un autre à l’huile d’argan juste avant les frites,

Et c’est le grand retour au Riad Dar Zampa.

 

Le moment des adieux est venu. Bismillah !

Il faut quitter ce paradis géologique,

Ce monde métamorphique et féerique.

Merci pour tout : science et amitié Amdoulillah !

Moustache argentée

Stromatolithes à Aït Saoune - photo I. Six

Stromatolithes à Aït Saoune – photo I. Six

 

> Hommage à mon amie Félie

16 octobre 2015
Félie dans toute sa splendeur

Félie dans toute sa splendeur

Petite Félie, tu es entrée dans notre maison par effraction il y a deux ans alors que tu n’étais qu’une gamine. Vous étiez trois chats de la médina, parcourant les ruelles du quartier. Toi, jeune fille à trois couleurs, ton petit copain, un mousquetaire noir et une maman tigrée. Tu es la seule à avoir effrontément franchi le pas de la porte, malgré les grognements de la maîtresse des lieux. Depuis, tu n’as pas quitté la place, la trouvant trop à ton goût. Tu as même pris le rôle de Zampa, n’hésitant pas à défendre ton

Les premiers pas de Félie dans la maison

Les premiers pas de Félie dans la maison

nouveau territoire, toutes griffes dehors, si un malheureux chat de rue avait la même audace que celle que tu avais eu alors. Mais tu n’as pas acquis complètement les habitudes d’une reine de riad et l’appel des chats des terrasses se faisait quelques fois entendre à tes petites oreilles. Encore pubère tu as disparu plusieurs nuits pour réapparaître abattue et la nuque perforée par les dents d’un vilain matou qui avait voulu abuser de ta naïveté. Cela te valut une première expérience chez le vétérinaire dont tu gardas au cou la marque de ton indocilité. Depuis, les mésaventures se sont succédées mais tu les as toujours surmontées avec courage, masquant tes souffrances par une éternelle gentillesse.

Les meilleures ennemies

Les meilleures ennemies

Petite chatte affectueuse, tu as conquis le cœur de tous les hôtes, même celui des plus récalcitrants. Un lien particulier nous unissait, mais je devais toujours garder une certaine réserve pour ne pas attiser la jalousie de dame Zampa. Ce qui pourtant arriva. Vous étiez les meilleures ennemies.

Je n’oublierai jamais tes yeux vert céladon qui exprimaient tant d’expressions, tes pattes entourant affectueusement mon cou et ton petit nez humide enfoui dans le creux de mon épaule, ton ronronnement qui nous rassurait l’une et l’autre… Ta confiance m’a été le plus beau des cadeaux. Mais cette confiance t’a perdue. Peut-être l’as-tu surestimée, je n’ai pas su te protéger au-delà des murs de la maison.

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L’appel du soir

Félie est partie une nuit, pour toujours. Elle est partie trop vite, trop tôt. Ce n’est qu’un chat, diront certains. Un chat, c’est pourtant un cœur qui bat, un souffle qui va et qui vient, un regard qui vous transperce, qui vous met à jour. Et qui soudain s’arrête, s’éteint, se ferme à tout jamais. Comment oublier ce petit être qui a vécu pendant presque deux ans à mes côtés, qui a choisi notre maison et qui a décidé, un jour de ne plus vivre dans la rue ? Comment as-tu pu me dire toutes ces chose sans me parler, grâce à toi j’ai découvert la sagesse des chats mais je n’ai pas encore acquise celle des humains… Pourquoi as-tu aussi décidé, ce matin-là, de partir sur les terrasses alors que tu ne sortais presque plus, de boire ou de manger ce qui t’a été fatal ? Après de longues heures de promenades en plein soleil sur les toits, tu es revenue au bercail, heureuse de retrouver le frais de la maison, et  tu as commencé à t’affaiblir. Tu ne mangeais plus, buvais très peu et maigrissais à vue d’œil. Je t’ai emmenée chez le vétérinaire, puis, tout est allé très vite… Et tu t’es éteinte, seule dans la nuit, loin de chez toi. Ne m’en veux pas, ma douce Félie, de ne pas avoir été près de toi. C’est déjà assez dur comme ça.

Voilà six mois que mon amie Félie est partie. Son image me revient régulièrement la nuit, je la vois couchée sur le tapis de la salle de bain, amaigrie, les yeux remplis de questions face à sa douleur. J’aimerais avoir une autre vision, celle de son beau regard vert, plein de confiance et de gratitude qu’elle avait si souvent en me regardant. Ma belle Félie, j’espère tellement que ce n’était pas ta dernière vie.

Isabelle S.

Les yeux céladon de Félie

Les yeux céladon de Félie

> Circuit « Désert et Oasis »

13 octobre 2015

Oasis

« DÉSERT ET OASIS » : un circuit nature dans le désert marocain

Guêpier d'Europe (Merops apiaster) - photo O. El Achab

Guêpier d’Europe (Merops apiaster) – photo O. El Achab

Le désert saharien, steppe désertique, est un milieu bien vivant où la vie est soumise à une sélection très sévère. Au Maroc, cette région est située au sud des Atlas, là où s’arrête la végétation méditerranéenne. Les conditions sont rudes avec des températures estivales pouvant atteindre les 45°C au plus fort de la journée et descendre en dessous de zéro les nuits d’hiver. Cette très forte amplitude thermique est typique d’un climat saharien, exacerbé par une quasi absence de pluies et une forte sécheresse de l’air. En revanche, les chutes de température nocturne engendrent au petit jour une rosée vitale à certaines espèces végétales et animales. C’est cette vie qui rayonne en silence que nous vous proposons d’observer lors d’un circuit « Désert et Oasis » en avril 2016. Un guide ornithologue accompagnera le groupe pour une initiation à l’avifaune du désert et des oasis. Les guides berbères, qui connaissent le désert à la perfection, vous apprendront à lire les traces d’animaux, à reconnaître certaines plantes, à décrypter le paysage. Mais aussi ils partageront avec vous leur quotidien en toute simplicité.

Le circuit est accessible à tous. Pas besoin d’être un grand marcheur ni un ornithologue chevronné. Vous adorez les grands espaces et rêvez de dormir sous les étoiles ? Vous  aimez écouter  les bruits de la nature, l’observation et souhaitez découvrir le monde merveilleux des oiseaux ? Ce voyage est pour vous.

CIRCUIT « DÉSERT et OASIS »

  • Programme détaillé sur demande
  • Nombre de participants limité à 10
Pommier de Sodome (Calotropis procera) - photo I. Six

Pommier de Sodome (Calotropis procera) – photo I. Six

Au départ de Marrakech, les 4×4 passeront le Tizi-n-Tichka ou « col des pâturages » à plus de 2.000 mètres d’altitude. Mais avant cela, ils emprunteront une route peu touristique pour découvrir des vallées et des villages magnifiques sublimés par la lumière du printemps.  Ensuite ils traverseront les montagnes de l’Atlas pour rejoindre l’oasis de Fint puis la vallée du Draâ et Zagora aux portes du désert. La méharée est le mode de transport traditionnel des nomades dans le désert. En compagnie des chameliers et de leurs dromadaires, vous parcourez des paysages où alternent regs, plateaux arides, grandes étendues de sables. Vos dromadaires porteront vos affaires ainsi que le matériel de bivouac. La diversité des paysages offre la possibilité d’observer une grande variété de faune et de flore.

Au retour du circuit, vous pouvez prolonger votre séjour au riad Dar Zampa, véritable oasis de quiétude au cœur d’une ville trépidante. Il présente les atouts d’une parfaite maison d’hôtes dans le sens le plus pur du terme aux attraits d’une véritable table d’hôtes qui fait la part belle à la cuisine marocaine dans ce qu’elle a de plus savoureux et parfumé.

Huppe fasciée (Upupa epops) - photo O. El Achab

Huppe fasciée (Upupa epops) – photo O. El Achab

POUR TOUS RENSEIGNEMENTS

Riad Dar Zampa

85 derb Iminzate, Zaouia Abbassia, 40000 Marrakech

Tél : +212 (0)5 24 38 65 44

Mob : +212 (0)661 88 05 81

E-mail : contact@riad-darzampa.com

Website : http://www.riad-darzampa.com

> Cake aux épices et aux dattes

18 septembre 2015
Régime de dattes - R. Six

Régime de dattes – R. Six

Le début de l’automne, c’est la période où l’on trouve des fruits tels que les grenades, les coings ou les dattes. Ces dernières ont l’avantage de se trouver fraîches et à profusion sur les étals des marchands marocains. Fruits fragiles, leur durée de conservation est limitée et on les trouvera petites, brunes à la chair fripée sur les marchés européens. Et sous cette forme séchée, leurs caractéristiques nutritionnelles ne sont pas les mêmes que lorsqu’elles sont consommées fraîches. La datte voit sa portion de glucides, de minéraux et de fibres largement supérieur à celle d’un fruit frais classique. Le pourcentage de calories peut atteindre 118 kcal pour 100 g contre 50 à 70 kcal pour un fruit frais normal. Néanmoins, la datte séchée remporte la palme, avec sa capacité hautement énergétique de 282 kcal pour 100 g. Sa teneur en glucides, pouvant aller de 64 % à 69 %, représente un complément énergétique de qualité pour faire du sport. Cette valeur est trois à cinq fois supérieure à celle d’un fruit frais. Les nomades ne s’y trompent pas et connaissent sa valeur nutritive au-delà de toute espérance. Après s’être délectés de la pulpe d’une datte fraîche, ils offrent le noyau à leur chameau. On raconte que celui-ci rit de bonheur et de ravissement de déguster cette amande dure dont la pellicule est encore miellée.

Palmier dattier ou Phoenix dactylifera - photo I. Six

Palmier dattier ou Phoenix dactylifera – photo I. Six

La datte est le fruit du palmier dattier ou Phoenix dactylifera, cultivé depuis plusieurs millénaires au Moyen Orient et dans le Nord de l’Afrique. Cette plante est dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus différents. La pollinisation des pieds femelles se fait par le vent, mais en culture elle doit se faire par la main de l’homme, le nombre d’individus mâles étant volontairement inférieur au nombre d’individus femelles. Le dattier apparaît essentiel dans les agrosystèmes oasiens car il domine la strate arborée des arbres fruitiers qui poussent à son ombre et qui, eux-mêmes, couvrent cultures maraîchères, fourragères et céréalières.

Outre le fruit très énergétique, toutes les autres parties de la plante sont également utilisées : le stipe (tronc) comme matériau de construction ou comme combustible, les feuilles ou palmes pour couvrir les toits, fabriquer des clôtures et fixer les dunes ainsi que pour la vannerie.

Palmeraie de Tinghrir - photo I. Six

Palmeraie de Tinerhir – photo I. Six

Au Maghreb, la datte agrémente tajines, couscous et ragoûts, ou on l’intègre dans des desserts tels que des makrout. Mais surtout les dattes accompagnent la fameuse harira, soupe de la rupture du jeûne du mois de ramadan, qui peut être consommée tout au long de l’année, principalement en hiver.

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Cannelle gingembre, noix et raisins secs, dattes fraîches – photo I. Six

Nous vous proposons un cake aux épices et aux dattes, idéal pour couper une petite faim d’après-midi.

INGRÉDIENTS pour 6 personnes

    • 5 œufs
    • 10 cl d’huile de tournesol
    • 100 g de beurre mou
    • 100 g de dattes (de préférence fraîches)
    • 50 g noix émondées
    • 50 g de raisins secs
    • 100 g de farine
    • 100 g de sucre en poudre
    • 2 c à soupe de cannelle en poudre
    • 1 c à soupe de gingembre en poudre
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Cake aux épices au Riad Dar Zampa – photo I. Six

PRÉPARATION :

    • Préchauffer le four à 180° (th.6)
    • Dénoyauter les dattes, les laver et les mixer.
    • Dans un récipient mélanger la farine, le sucre, les œufs, l’huile, les noix, les dattes, les raisins secs, le gingembre, la cannelle.
    • Ajouter le beurre mou.
    • Beurrer un moule un cake et y verser la pâte. Faire cuire au four environ 40 minutes. Démouler et laisser refroidir.

Prenez un morceau de cake, une tasse de café et laissez-vous vivre avec un bon bouquin…

 

Isabelle S.

Références bibliographiques

« La première friandise », Saveurs, par Monique Zetlaoui, in Qantara, octobre 2006, n°61, pp.65-67.

 « Origines et domestication du palmier dattier (Phoenix dactylifera L.) », par Muriel Gros-Balthazard, Claire Newton, Sarah Ivorra, Margareta Tengberg, Jean-Christophe Pintaud et Jean-Frédéric Terral, in Revue d’ethnoécologie [En ligne], 4 | 2013, mis en ligne le 19 novembre 2013, consulté le 17 septembre 2015. URL : http://ethnoecologie.revues.org/1524 ; DOI : 10.4000/ethnoecologie.

Dattes fraîches de Zagora (cultivar Bu-shamî) - photo I. Six

Dattes fraîches de Zagora (cultivar Bu-shamî) – photo I. Six

> Gâteau aux coings

9 septembre 2015
Un cognassier et ses fruits

Un cognassier et ses fruits

Le coing est le fruit du cognassier (Cydonia oblonga), un arbuste ne dépassant pas 5 à 6 mètres de hauteur et originaire d’Asie, plus précisément des régions du Caucase (Arménie), de la Perse (Iran) et de l’Anatolie (Turquie). Il aurait été introduit au moyen âge, progressivement en Afrique du Nord où il est cultivé comme arbre fruitier, puis dans les pays de l’Europe occidentale où on l’emploie principalement comme plante ornementale. Au Maroc, le coing se retrouve sur les marchés au même titre que les pommes ou les poires dès le mois de septembre et se prépare généralement en tajine.

La chair dure et ligneuse des fruits devient jaune et très parfumée à maturité. La forme et la grosseur du coing sont variables selon que l’arbrisseau appartient à la lignée des « cognassiers mâles », produisant des « coings-pommes » (à fruits ronds, tels ceux du cultivar  »Leskowatz »), ou à celle des « cognassiers femelles », produisant des « coings-poires » (piriformes, comme ceux du très ancien cultivar « Champion »).

Coings-pommes - photo I. Six

Coings-pommes – photo I. Six

Si le coing dégage une odeur particulièrement agréable, le goût de sa chair – assez coriace et chargée de tanins – est plutôt âpre lorsqu’il est cru. Aussi, il sera toujours préparé avant d’être consommé : gelée, pâte de fruit ou compote sont les préparations les plus faciles.
Il peut être consommé en légume, coupé en morceaux, dans de l’eau citronnée, pour accompagner du gibier ou intégré dans des tajines (tajine d’agneau ou coings).
Mais nous vous proposons une recette de gâteau, une fois n’est pas coutume, où l’âpreté du coing est compensée par la douceur de la cassonade caramélisée. Pour ceux qui apprécient la pâtisserie bretonne (ceci n’est pas une recette bretonne, mais un mélange de diverses influences du moment), on retrouve le délicieux mélange de beurre salé et sucre… Chasseurs de calories s’abstenir !

INGRÉDIENTS pour 6 personnes

Le gâteau aux coings - photo I. Six

Le gâteau aux coings – photo I. Six

  • 500 g de coings
  • 100 g de farine
  • 80 g de sucre en poudre
  • 2 c à soupe sucre cassonade
  • 1 c à c de cannelle
  • 20 cl de crème fraîche
  • 75 g (+ 25 g pour le plat) de beurre salé
  • 1 c à c d’eau de fleur d’oranger
  • ½ verre de lait

RÉALISATION :

  • Difficulté : facile
  • Préparation : 15 min
  • Cuisson : 45 min
  • Temps total : 1h

PRÉPARATION :

  • Préchauffez le four à 210°C (thermostat 7). Beurrez le plat avec les 25 g de beurre. Epluchez et évidez les coings puis coupez-les en cubes. Rangez-les dans le plat en les serrant. Saupoudrez-les d’1 cuillère à soupe de cassonade et de la cannelle.
  • Enfournez et faites cuire les coings environ 15 minutes à 180°C (thermostat 6).
  • Dans un saladier, mélangez la farine avec 80 g de sucre, l’eau de fleur d’oranger, la crème fraîche, le lait et les 75 g de beurre salé fondu. Mélangez bien pour obtenir une pâte homogène et molle.
  • Versez la préparation sur les coings et saupoudrez d’une cuillère à soupe de cassonade. Enfournez à mi-hauteur et faites cuire pendant 30 minutes à 210°C (thermostat 7).
Régalez-vous…

Isabelle S.

> « Le Lion et le Vent » : cinéma et histoire

6 septembre 2015

Titre

L’affiche du film

Pour voir la bande annonce du film en VO :

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19512418&cfilm=10888.html

En 1975 sortait un film d’aventure aux accents orientalisants, réalisé par l’Américain John Milius. Le nom de Milius n’est peut-être pas connu des cinéphiles avertis mais cette figure incontournable du cinéma américain appartient à la bande des cinéastes des années 1970 (Movie Brats) tels que Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Brian de Palma ou encore George Lucas. A peine dix films en quinze ans en tant que réalisateur (on lui doit Dilinger, Conan le Barbare, L’adieu au roi…), il est plus prolifique dans le domaine de la scénarisation (Dirty Harry, Jeremiah Johnson, Apocalypse Now, Jaws, la série Rome…).

Synopsis

Basé sur des faits réels, The Wind and the Lion (« Le Lion et le Vent ») nous transporte au début du siècle dernier dans un Maroc alors source de conflits entre les grandes puissances que sont l’Allemagne, la France et l’Angleterre qui, toutes trois, essayent d’établir une sphère d’influence dans le pays. Par une belle journée d’octobre 1904, un groupe de cavaliers mené par le chef berbère Moulay Ahmed er-Raizuli enlève dans leur villa qui domine la ville de Tanger, Eden Pedecaris (Hélène Carter, dans la version française) et ses enfants, William et Jennifer. Opposé au jeune sultan Moulay Abd el-Aziz et son oncle, le pacha de Tanger qu’il considère comme corrompu et à la solde des Européens, Raizuli réclame une rançon exorbitante  dans le but délibéré de provoquer un incident diplomatique, espérant bien embarrasser le sultan et démarrer une guerre civile.

Brian Keith dans le rôle de Théodore Roosevelt (image du film)

Pendant ce temps, aux Etats-Unis, le président Théodore Roosevelt, en pleine campagne électorale pour sa réélection à la Maison blanche, s’empare du « dossier Pedecaris » et décide d’utiliser le kidnapping à des fins de propagande politique (inventant l’idiotisme « Pedecaris vivante ou Raizuli mort ! »).

Les Pedecaris sont maintenus en otage dans le Rif par Raizuli et ses hommes, loin de tout secours. Alors que la fascination pour le peuple rebelle et son chef semble peu à peu s’exercer sur  les enfants, et plus particulièrement sur le jeune William, un sentiment ambigu tiraille la belle Eden qui trouve Raizuli « rustre et brigand » mais ne peut s’empêcher d’être troublée par son charisme et son mystère. En revanche, Raizuli en digne chef Berbère, ne peut tolérer qu’une femme rie de lui, surtout en présence de ses hommes mais avoue que l’Américaine est « une grande perturbation » et il fait tout son possible pour ne pas perdre la face. Aidés par un des hommes de Raizuli, les Pedecaris tentent de s’échapper mais, trahis, ils se trouvent entre les mains de voleurs en plein désert. Fort heureusement, Raizuli les tire d’affaire et avoue à Eden qu’il n’a jamais eu l’intention de nuire aux Pedecaris (« Raizuli ne tue jamais les femmes et les enfants »).

Premier regard entre Raizuli et Eden Pedecaris

Premier regard entre Raizuli et Eden Pedecaris (image du film)

Sous  la contrainte, le Pacha accepte d’accéder aux exigences de Raizuli. Durant l’échange des otages, Raizuli est trahi et capturé par les troupes allemandes et marocaines sous le commandement de Von Roerkel, alors que Eden Pedecaris et ses enfants sont mis sous bonne garde par un contingent américain. Lors d’une bataille au cours de laquelle Berbères et Américains s’unissent pour battre les Allemands et leurs alliés marocains, Raizuli est libéré par Eden. Il s’enfuit avec ses hommes sous les yeux admiratifs du jeune William. Son « héros » arrive vers lui sur son cheval blanc et attrape le fusil qu’il tenait dans ses mains…

Aux Etats-Unis, Roosevelt applaudit cette victoire et les Pedecaris arrivent sains et saufs à Tanger. Roosevelt reçoit alors une lettre de Raizuli, comparant ainsi les deux hommes et donnant tout son sens au titre du film : « Moi, comme le lion je reste à ma place, alors que vous, comme le vent, vous ne savez jamais où est la vôtre ».

Faits historiques

Caricature concernant l’Affaire Pedecaris

Alors que le film nous montre l’enlèvement de la veuve Pedecaris, les faits historiques diffèrent légèrement. En effet, le 18 mai 1904, Ion Perdicaris, citoyen américain d’origine grecque et son gendre Varley, sujet britannique, sont enlevés par Raissouni, chef d’un mouvement de « rébellion » au nord du Maroc. Celui-ci impose au Makhzen des conditions pour la libération de ses otages. Il souhaite entre autres la destitution du pacha de Tanger, la libération de ses compagnons enfermés dans les geôles du pays  et le versement d’une indemnité de 70.000 $. Il exige également que les Anglais et les Américains lui garantissent l’acceptation de ces conditions. Contrairement aux apparences, cet « incident » dépasse de loin le cadre du Maroc et sa grande signification est plutôt due à son influence sur la compétition des grandes puissances rivales pour la conquête de l’Afrique du nord.

Le chef berbère Raissouni (photo voixdailleurs.com)

Le personnage  joué par Sean Connery, Ahmed er-Raizouni trouve son origine dans la figure historique d’Ahmed Rassouni (ca 1860-1925), sorte de bandit justicier qui dépouillait et rançonnait les voyageurs dans la région de Tanger et qui lançait des opérations contre les souks de la régions, détroussant les commerçants. Les expéditions envoyées contre lui n’aboutirent pas car, en cas de difficultés, il regagnait sa base imprenable de Zinat, dans le pays des Jbala ce qui lui valut le surnom de « L’Aigle de Zinat ». Sa mise en état d’arrestation par son propre cousin et frère de lait, le Pacha de Tanger provoque un véritable tournant dans la vie de Raissouni et un durcissement de son caractère. Enchaîné comme un esclave pendant quatre ans que dura son emprisonnement , il faillit perdre la vie. Libéré suite à une grâce accordée par le nouveau sultan, Moulay Abd el-Aziz,Raissouni reprend ses activités mais s’en prend à certains émissaires étrangers, le premier étant le journaliste anglais Walter Harris. En contrepartie, il n’exigera « que » la libération de ses compagnons de prison.

Héros nationaliste ou bandit des grands chemins, les historiens hésitent encore sur la catégorie dans laquelle le classer.

Sultan Moulay Abd el-Aziz (photo Zamane)

Le film présente le jeune sultan Moulay Abd el-Aziz comme un souverain immature, indolent, caractériel, une image qui cautionnerait presque la colonisation d’un pays… Il s’avère que lorsqu’il exerça le pouvoir en 1900, Moulay Abd el-Aziz avait à peine 20 ans. Pour l’anecdote, c’est sous le règne de son père, Hassan Ier, que Léopold II, roi des Belges et au titre de souverain de l’Etat indépendant du Congo, chercha à prendre pied sur l’un ou l’autre point de la côte atlantique et envoya la mission Whettnall, du nom du ministre résident de  Belgique à Tanger, auprès du sultan de décembre 1887 à janvier 1888. Cette ambassade transportait un chemin de fer miniature en pièces détachées dont on voulait  faire la démonstration au sultan en vue de l’inciter à la construction d’une voie ferrée de Tanger à Fès. Cette première tentative n’aboutit à aucun résultat sur le plan pratique mais c’est cette locomotive que l’on aperçoit dans le film lorsque l’ambassadeur des Etats-Unis vient rendre visite au sultan dans son palais de Fès.

Le sultan Moulay Abd el-Aziz était réellement fasciné par les nouveautés européennes. Il jouait au tennis, possédait de nombreuses bicyclettes – comme on peut le voir dans le film -, des automobiles, des pianos, des appareils photographiques, des phonographes… Son goût des gadgets attira dans la sphère du pouvoir toute une cohorte de « commis voyageurs » européens qui ne manquèrent pas de corrompre tout son entourage.

Cette liberté avec l’histoire donne un souffle épique et une touche romantique au film. C’est aussi l’occasion de belles confrontations de caractères entre Candice Bergen, sublime en femme de tête, intelligente, courageuse,  et un Sean Connery très crédible en chef berbère, dont la foi et l’honneur sont inébranlables. Chacun admire les qualités de l’autre, leur interaction se situe à un niveau intellectuel, sans écarter pour autant toute implication émotionnelle.

Sean Conney (Raizouli) et Candice Bergen (Eden Pedecaris)

Sean Conney / Raizuli et Candice Bergen / Eden Pedecaris (image du film)

Film savoureux à plus d’un titre, qui ne cache pas ses sources d’inspiration dans Lawrence of Arabia pour les scènes de bataille ou pour les paysages de désert, il l’est également dans sa manière de mettre en exergue la prétention des Etats-Unis et leur goût prononcé pour la guerre. Obnubilé par le grizzli,  Théodore Roosevelt compare son pays au grand ursidé, symbole américain par excellence : « Aucun allié, seulement des ennemis. On vous respectera, on vous craindra, mais on ne vous aimera jamais. » Les mots lancés par une mégère dans la foule alors qu’il est en campagne électorale, « Eh Winnie, est-ce que tu vas laisser les Arabes se moquer de nous au Maroc ? », si ils ont pu faire sourire dans les années ’70, prennent un tout autre sens aujourd’hui…

Le réalisateur John Milius

John Milius montre à travers ce film sa fascination pour la figure de Théodore Roosevelt ainsi que celle qu’il partage avec lui pour les armes à feu. Le réalisateur est connu pour recevoir les journalistes chez lui avec un fusil à pompe sur les genoux. On aime la mise en scène…

La musique composée par Jerry Goldsmith incorpore aux cuivres tonitruants un grand ensemble de percussions d’inspiration arabe et valut à son auteur un Academy Award.

Pour écouter le thème du film, cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?v=SSa2dv0-dhQ

Isabelle S.

Bibliographie

Ismaïl HARAKAT, Le Lion et le Vent : Quand Hollywood s’intéresse à Ahmed Raissouni, voixdailleurs.com, 2015.

Ismaïl HARAKAT, Ahmed Raissouni, chérifdes Jbalas: héros ou brigand ?, voixdailleurs.com, 2015.

Bernard LUGAN, Histoire du Maroc. Des origines à nos jours, Paris, Ellipses, 2011.

El-Mostafa AZZOU, Un otage américain au Maroc : Perdicaris (1904), in « Guerres mondiales et conflits contemporains », 2004/4, n°216, CAIRN. INFO.

The Wind and the Lion (1975 – Dir. John Milius), Cliomuse.com.