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> Une exposition au Musée d’Art et de Culture de Marrakech (MACMA) : L’Orient rêvé par l’Occident

26 juin 2016
ABASCAL, Village marocain, Azrou, 1928 Huile sur toile, 45 x 35 cm, Collection particulière, Tanger

ABASCAL, Village marocain, Azrou, 1928
Huile sur toile, 45 x 35 cm, Collection particulière, Tanger

LE MACMA – Musée d’Art et de Culture de Marrakech

Voilà quatre mois que le MACMA ouvrait ses portes au cœur du Guéliz, dans le passage Ghandouri où se regroupent snacks, boutiques de luxe et galeries d’art.

Le Musée d’Art et de Culture de Marrakech est dû à l’heureuse initiative du galeriste Nabil El Mallouki, qui fit appel à l’architecte Amine Tounsi. Le résultat offre un bel espace de 400 m², lumineux, moderne et tout en sobriété, répondant aux contraintes muséologiques d’exposition et de conservation. Disposant de sa propre collection, le MACMA ambitionne d’offrir aux visiteurs des expositions annuelles thématiques à caractère narratif, qui seront enrichies par l’apport de collectionneurs, d’amateurs, de fondations…

L'exposition Mahi Binebine & Najia Mehadji : Face à l'histoire - photo I. Six

L’exposition Mahi Binebine & Najia Mehadji : Face à l’histoire – photo I. Six

L’exposition inaugurale du 26 février 2016, en collaboration avec la Biennale du Marrakech, mettait à l’honneur les deux artistes contemporains, Najia Mehadji et Mahi Binebine, autour du thème des tragédies de l’histoire.

Dans la foulée, une exposition d’un thème bien différent vient orner les cimaises et présente l’Orient à travers l’œil des peintres orientalistes, jusqu’au 5 janvier 2017.

En toute logique, le parti fut pris par les organisateurs de limiter au Maroc la zone géographique représentée par les peintres et de sélectionner des artistes ayant vécu ou voyagé dans le royaume chérifien depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1950.

L’ORIENT RÊVÉ PAR L’OCCIDENT …

G. BELLINI, Portrait de Mehmet II

G. BELLINI, Portrait de Mehmet II

L’attirance pour l’Orient n’est pas une invention récente au sein de la création artistique comme en témoigne, par exemple, le Portrait de Mehmet II par Gentile Bellini à la fin du XVe siècle. A la fin du XVIIIe, l’Occident va se focaliser sur l’Orient et particulièrement sur l’Egypte à travers la campagne d’Egypte de Bonaparte (du 19 mai 1798-31 août 1801) : La Description de l’Egypte et l’œuvre de Vivant Denon (1747-1825) vont permettent au public de découvrir les vestiges antiques et l’Orient contemporain.

Mais l’orientalisme prend véritablement naissance au XIXe siècle dans le contexte des voyages rendus plus faciles par la navigation à vapeur ou les chemins de fer. Beaucoup d’artistes persisteront dans une vision d’un Orient de légende, passionné, cruel et violent, d’autres dépeindront avec beaucoup d’application et de vraisemblance des gens vivants dans des lieux exceptionnels.

C’est Eugène Delacroix qui ouvre la voie vers le Maroc et l’Afrique du Nord. En 1832, le peintre est invité à se joindre à la mission diplomatique dirigée par le comte de Mornay et destinée, aux débuts de la « conquête » d’Algérie, à apaiser les inquiétudes du sultan du Maroc. Ce voyage est pour l’artiste une révélation, comme en témoignent ses lettres et ses carnets.

 » Vous ne pourrez jamais croire à ce que je rapporterai parce que ce sera bien loin de la vérité et de la noblesse de ces natures. » Eugène Delacroix – Tanger, 1832.

Pour illustrer la présence de l’artiste au Maroc, l’exposition du MACMA présente quelques œuvres de Delacroix à travers des phototypies (procédé d’impression permettant la reproduction en grand nombre).

Vue de l'exposition "L'Orientalisme au Maroc" au MACMA - photo MACMA

Vue de l’exposition « L’Orientalisme au Maroc »  – photo MACMA

L’Afrique du Nord offre aux peintres d’alors des sujets nouveaux et passionnants, aux couleurs vibrantes, baignés d’une lumière intense. Au départ, les artistes sont essentiellement Français et Britanniques ; pour les autres pays occidentaux qui ne sont pas à la tête d’un important empire, l’Orient est trop éloigné. Les artistes français sont pour les plupart attachés à des missions militaires, scientifiques ou diplomatiques envoyées dans les pays du bassin méditerranéen ou en Perse. Les Britanniques, par contre, se concentrent principalement en Egypte ou en Palestine. Mais dès les années 1870, les Britanniques et les Français ne jouissent plus du monopole virtuel de la peinture orientaliste et Belges, Autrichiens, Allemands, Italiens, Espagnols ou Scandinaves vont planter leur chevalet au-delà de leurs frontières. Cette diversité est évoquée dans l’exposition du MACMA.

L’orientalisme n’est pas un mouvement pictural ni un style mais un « sous-genre » qui débute en France. Il doit être considéré comme la recherche d’un refuge dans une autre réalité que l’on perçoit comme un symbole d’une sagesse éternelle et de valeurs constantes et immuables. La façon de traiter et de mettre en œuvre ces nouvelles données diffère d’un maître à l’autre puisque les artistes conservent leur style originel. Certains restent dans l’académisme pur, d’autres évoluent vers des styles plus novateurs. Les thèmes abordés sont variés et se réfèrent, dans un premier temps, à la vision occidentale de l’Orient : scènes de harem, scènes de chasses au faucon, combat, représentations de paysage typique (désert, oasis, villes orientales). Ces thèmes vont peu à peu se substituer au profit d’une peinture ethnographique plus précise et moins idéalisée.

Plage, Tanger, 1890 Huile sur panneau, 16 x 27 cm, Collection MACMA

J. V. KRÄMER, Plage, Tanger, 1890
Huile sur panneau, 16 x 27 cm, Collection MACMA

Elève de Leopold Carl Muller, peintre autrichien d’histoire et orientaliste, Johann Viktor Krämer (1861 – 1949) visite Paris, Londres, Madrid, et Tanger de 1888 à 1890. Il participe à la fondation de la Sécession viennoise en 1897. Il voyage en Egypte et en Palestine et avec son appareil Kodak prend des photographies qui figurent maintenant dans les collections de l’Albertina de Vienne.

 

L’IDÉE FANTASMÉE DU HAREM

De tous les thèmes de la peinture orientaliste, celui des femmes dans leur appartement a été assurément le plus populaire.

José CRUZ-HERRERA, Le harem, Huile sur toile, 55 x 65 cm, Collection particulière Casablanca

J. CRUZ-HERRERA, Le harem, Huile sur toile, 55 x 65 cm, Collection particulière Casablanca

Comme le harem était précisément le lieu interdit aux hommes, et qui plus est aux hommes étrangers, les artistes peintres ont donné libre cours à leur imagination pour dépeindre ce lieu plein de secrets. De fait, le harem est sans doute l’institution orientale la plus connue et controversée, et sa signification sociale reste encore aujourd’hui largement incomprise. Le mot, tiré de l’arabe « haram » signifie « ce qui est interdit par la loi ». Considéré sous un angle profane, le mot fait référence à une partie de la maison orientale occupée par les femmes et qui constitue pour elles un véritable sanctuaire social. Même si elles pouvaient librement se mêler avec des hommes dont le lien de parenté était étroit, et, si elles étaient voilées, avec des hôtes dans d’autres parties de la maison, elles préféraient en général se tenir à l’écart des regards dans leurs appartements.

En 1875, l’écrivain et journaliste Edmondo de Amicis, accueilli dans une maison marocaine, écrivait à propos du harem : « on entendait les pas et la voix des gens cachés. Tout autour et au-dessus de nous s’agitait une vie invisible, qui nous avertissait que nous étions bien dans les murs, mais en réalité hors de la maison ; que la beauté et l’âme de la famille s’étaient réfugiées dans ses profondeurs impénétrables, et que le spectacle c’était nous, et que la maison restait un mystère ».

Parmi les toiles exposées, celle de l’artiste espagnol José Cruz-Herrera (1890-1972) témoigne de son talent à mettre en valeur la sensualité charnelle de ses modèles. Il part au Maroc en 1929 et s’établit à Casablanca durant de nombreuses années. Connu comme peintre orientaliste avec une prédilection pour la représentation de scènes intimistes et de vie quotidienne du Maroc, sa palette est dominée par des tons chauds – bruns, rouges, – et une pâte généreuse.

Femme au narguilé, Huile sur toile, 48 x 56 cm, Collection particulière, Casablanca

R. BEZOMBES, Femme au narguilé, Huile sur toile, 48 x 56 cm, Collection particulière, Casablanca

A quelques années d’intervalle, Roger Bezombes (1913-1994) traite le même sujet d’une toute autre manière. Proche du style de Matisse, il opte pour une grande liberté dans l’attitude des personnages et dans la pose des couleurs en larges pans continus. Roger Bezombes parcourt le Maroc en 1937 où il se lie avec l’écrivain Albert Camus, et effectue plusieurs séjours dans les autres pays d’Afrique du Nord. Il fait des incursions en Egypte, Palestine et, de ces voyages, rapporte une synthèse poétique et artistique publiée dans l’Exotisme dans l’art et la pensée.

Douceur marocaine (Les deux amies), Huile sur toile, 73 x 50 cm, Collection MACMA

S. DROUET, Douceur marocaine (Les deux amies), Huile sur toile, 73 x 50 cm, Collection MACMA

Figurent également aux cimaises de l’exposition un très beau dessin intimiste de Kees Van Dongen, Femme et enfant (1910) et une huile sur toile de Suzanne Drouet (1885-1973) intitulée Douceur marocaine (Les deux amies). Une des premières femmes admises à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, Suzanne Drouet y rencontre Aline de Lens qui deviendra son amie et qu’elle ira visiter régulièrement au Maroc. Aline de Lens, alors épouse d’André Réveillaud, contrôleur civil de Meknès, sera la seule femme française à pouvoir pénétrer l’intimité des femmes marocaines. Elle relate quelques recettes de sorcellerie et de beauté qui lui ont été confiées par ces femmes dans son ouvrage Pratiques des harems marocains: sorcellerie, médecine, beauté (1925). Devenu veuf en 1925, André Réveillaud épouse Suzanne Drouet qui séjourne avec lui dans la médina de Fès jusqu’en 1950. C’est au Maroc qu’elle réalise la plus grande partie de son œuvre. De 1929 à 1931, elle participe à plusieurs expositions à la galerie Derche de Casablanca avec les peintres Marcel Vicaire et Jean Baldoui et son œuvre est saluée par les critiques de l’époque.

L’APPEL DE LYAUTEY

Les tombeaux saadiens, Marrakech, 1918, Huile sur carton, 32 x 24 cm, Collection MACMA

J. MAJORELLE, Les tombeaux saadiens, Marrakech, 1918, Huile sur carton, 32 x 24 cm, Collection MACMA

Une autre section de l’exposition – probablement celle qui offre les plus belles pièces – rassemble des artistes venus au Maroc dans le sillage de Jacques Majorelle, ou à l’appel du général Hubert Lyautey. Depuis la mise en place du protectorat, le 30 mars 1912, le Résident général de la France au Maroc n’a eu de cesse d’encourager les artistes, peintres et écrivains, à venir s’imprégner de la lumière du Maroc. L’accueil des peintres au Maroc favorise avant tout l’exportation d’images du pays par le biais des œuvres picturales réalisées sur place. A leur retour en France, expositions, concours et publications sont organisés. Dès lors, la peinture sert de tremplin à la politique propagandiste et touristique.

Village de Tasgah, ca 1945, Huile sur toile, 55 x 65 cm, Collection particulière, Casablanca

J. MAJORELLE, Village de Tasgah, ca 1945, Huile sur toile, 55 x 65 cm, Collection particulière, Casablanca

A l’invitation de Lyautey, Nancéien comme lui et ami de sa famille, Jacques Majorelle (1886-1962) gagne le Maroc et s’établit à Marrakech en 1917. Le climat sec lui convient mieux que celui de Tanger et Rabat où il séjourne très peu de temps. Il devient, en quelques années, l’une des personnalités en vue de la ville ocre et est reçu à la Résidence du pacha el Glaoui. Il n’hésite pas à parcourir la ville en tous sens et à installer son chevalet dans les ruelles de la médina. Peu à peu, il va s’éloigner de la ville et entreprendre dès 1920 l’ascension des hauteurs de l’Atlas, franchir les oueds et partir à l’assaut des vigoureuses kasbahs de terre. Il obtient les autorisations nécessaires pour travailler dans ces immensités de rocailles et se rend dans la vallée d’Ounila à Telouet, Anemiter, Tasgah, Tamdaght, Agoudim…

Il parcourt également les escarpements du Moyen Atlas et de ses pérégrinations il fait une suite de gravures réunies en 30 planches publiées dans Les Kasbahs de l’Atlas avec un texte de Pierre Mc Orlan.

En 1922, il explore les hautes vallées du N’fis et du Sous. L’année suivante, il choisit de quitter la médina de Marrakech et de s’installer à la limite de la palmeraie en achetant un terrain planté de peupliers qui deviendra peu à peu le jardin que l’on connaît.

Kasbah de Telouet, aquarelle sur papier, 26 x 33 cm, Collection MACMA

EDY-LEGRAND, Kasbah de Telouet, aquarelle sur papier, 26 x 33 cm, Collection MACMA

Si, de nos jours, le nom d’Edouard Edy-Legrand (1892-1970) n’est pas aussi connu que celui de Majorelle, sa réputation d’illustrateur et de décorateur était pourtant déjà bien établie lorsqu’il arriva au Maroc en 1932.

En tant que décorateur, il fut associé à la réalisation des décors et des fresques des paquebots « Normandie » et l’Île de France » mais aussi des fresques pour la cathédrale de Rabat. Lorsqu’il arrive à Marrakech, il fait la rencontre de Majorelle avec qui il se lie d’une grande amitié. Le peintre nancéien lui fera découvrir les montagnes du Haut Atlas et les villages du sud marocain.

Homme de Tafilalet, ca 940, Gouache sur papier, 36 x 32 cm, Collection particulière Marrakech

H. PONTOY, Homme de Tafilalet, ca 940, Gouache sur papier, 36 x 32 cm, Collection particulière, Marrakech

C’est grâce à une bourse de voyage de la Société coloniale des Artistes français que Henri Pontoy (1888-1968) voyage en Afrique du Nord (Tunisie en 1926 puis Maroc et Algérie). A partir de 1930, il réside plusieurs années à Ouarzazate où il fait la connaissance de Jacques Majorelle. A Fès, Pontoy devient professeur des arts et lettres au lycée Moulay Idriss. Il est lauréat du Grand Prix de la ville d’Alger en 1933. En 1947, après la guerre, il part avec Majorelle en Afrique occidentale française (Guinée, Côte d’Ivoire et Cameroun). Sa palette de couleurs chaudes, tant en huiles qu’en aquarelles, a toujours rencontré un vif succès auprès du public. Il est l’un des derniers représentants français de l’orientalisme néo-classique trouvant son apogée dans l’entre-deux-guerres.

Raoul Dufy (1877-1953) accompagne son ami le grand couturier Paul Poiret et le fils de celui-ci, Colin, lors d’un voyage en Algérie et au Maroc en 1926. Ils débarquent à Oran et traversent Tlemcen en voiture, font une halte à Meknès, Fès puis atteignent la côte, visitent Rabat, Casablanca avant de rejoindre Marrakech et le Sud. Dufy rapporte de chacune de ses étapes des aquarelles dans lesquelles il saisit d’un pinceau léger les entrelacs et les arabesques.

Café maure, 1926, Aquarelle sur papier, 50 x 65 cm, Collection particulière, Casablanca

R. DUFY, Café maure, 1926, Aquarelle sur papier, 50 x 65 cm, Collection particulière, Casablanca

De retour à Paris, Dufy se devait de partager avec ses amis l’étonnant périple qu’il venait de réaliser. Il demande à la Galerie Bernheim-Jeune d’organiser une exposition présentant sa moisson marocaine. Celle-ci connait un succès retentissant. Elle présente une série d’aquarelles délicates aux tonalités bleutées ou vertes.  Plus tard, il illustre les « Notes marocaines » (Mermod, 1954) de son amie Colette, souvenirs d’un séjour de printemps 1926 au cours duquel elle fut conviée à un grand dîner, ainsi que Dufy et son ami Poiret, par le Thami el-Glaoui lui-même.

Une salle est consacrée aux peintres espagnols. Ceux-ci se firent plus présents dans le nord du Maroc, alors sous protectorat espagnol. En effet, entre 1859 et 1860, l’Espagne mena une guerre coloniale contre le Maroc, appelée Guerre d’Afrique, Première Guerre du Maroc ou encore Guerre de Tétouan. Le Maroc sort vaincu de cette guerre pendant laquelle son armée fut battue autour de Tétouan lors de diverses batailles. La paix de Ouad el Ras est signée à Tétouan le 25 avril 1860 par le Général O’Donnell et l’émissaire Moulay el-Abbas ; elle stipule que le Maroc verse une indemnité de guerre de 20 millions de piastres à l’Espagne, la ville de Tétouan demeurant sous occupation militaire de l’Espagne jusqu’au versement complet de cette somme. La ville ne redeviendra marocaine qu’avec l’indépendance du royaume chérifien sous le règne de Mohamed V, en 1956.

M. BERTUCHI, La bataille de Tétouan en 1860, Tétouan, 1941 Huile sur panneau, 81 x 120 cm, Collection MACMA

M. BERTUCHI, La bataille de Tétouan en 1860, Tétouan, 1941 Huile sur panneau, 81 x 120 cm, Collection MACMA

Mariano Bertuchi (1884-1975) est considéré comme étant le peintre officiel du Maroc espagnol. Il s’y rend pour la première fois à l’âge de 15 ans avec l’interprète du général O’Donnell, une seconde fois en tant que reporter-graphiste, pendant la guerre civile marocaine en 1904, puis à la suite de l’armée pendant la guerre du Rif. Beaucoup de ses peintures illustrèrent les revues militaires coloniales et d’autres furent achetés par les bureaux de l’administration.  Après de nombreux séjours, il s’établit définitivement au Maroc en 1928, après avoir été désigné Inspecteur des Services des Beaux-Arts. Il dirige l’École des Beaux-Arts indigènes  (Escuela de Artes Indígenas) de Tétouan – lui donnant une grande impulsion – et d’autres institutions que Mohammed V voulut garder après l’indépendance. Son importante activité d’enseignement et de défense du patrimoine culturel traditionnel allait de pair avec son activité  de peintre, principalement inspiré aux paysages urbaines de Tétouan et Chefchaouen: marchés, cafés, jardins, rues, scène de vie quotidienne, fêtes et cérémonies, panoramas.

J. MAJORELLE? Aït Bou Guemmez, 1953, Gouache sur panneau, 65 x 81 cm, Collection Mr J.F.C., Paris

J. MAJORELLE, Aït Bou Guemmez, 1953, Gouache sur panneau, 65 x 81 cm, Collection Mr J.F.C., Paris

Quelles que soient leurs motivations, les voyageurs qui visitent l’Orient subissent un choc violent : couleurs, lumières, parfums, textures.  Les peintres transposeront ces sensations dans leur art avec leur sensibilité propre, selon leur vérité. L’intensité de la lumière du sud et la gamme des tons les inciteront à revoir leur technique picturale de façon plus ou moins radicale. Certains réinventent un orient de pacotille où le décoratif prévaut sur la véracité, d’autres traduiront une approche plus ethnographique du voyage. Il en ressortira d’immenses talents, de belles découvertes, mais aussi des manieurs de pinceaux complaisants et maniérés répondant aux attentes d’une société avide d’exotisme.

La vogue de l’orientalisme sur le marché de l’art actuel autorise à retrouver le meilleur comme le pire… Allez voir l’exposition du MACMA, elle présente le meilleur.

I. Six

Principaux ouvrages consultés

Maurice Arama, Itinéraires marocains – regards de peintres, Editions du Jaguar, 1991.

Lynne Thornthon, La femme dans la peinture orientaliste, ACR Edition, 1993.

Lynne Thorton, Les Orientalistes – Peintres voyageurs, ACR Editions, 1993.

Jacques Majorelle. Rétrospective, cat. exp. Musée des Beaux-Arts de Nancy, 1999.

Aline R. de Lens, Journal 1902-1904, La Cause des Livres, 2007.

Mylène Théliol, L’Association des peintres et sculpteurs du Maroc (1922-1933), Rives nord-méditerranéennes, n°32-33, 2009, pp.237-249.

Christine Peltre, Orientalisme, Editions Terril, 2010.

Latifa Benjelloun-Laroui, Les Voyageuses occidentales au Maroc 1860-1956, Editions La Croisée des Chemins, 2014

EXPOSITION L’ORIENT… RÊVÉ PAR L’OCCIDENT

du 9 mai 2016 au 5 janvier 2017

MACMA – Musée d’Art et de Culture de Marrakech

61, rue de Yougoslavie – Passage Ghandouri, Guéliz – Marrakech

museemacma@gmail.com

> Marrakech, ville de culture ?

18 juin 2016

Giacomo Bufarini RUN. MB6 Street Art, Palais Bahia – photo I. Six

OUI ! MAIS GRÂCE AUX INITIATIVES PRIVÉES…

Marrakech se place de plus en plus en ville culturelle grâce, notamment, à sa biennale d’art, son festival international du cinéma ou à son tout récent festival du livre. Et si certains ne voient en la ville ocre qu’une destination de jet-setteurs, de golfeurs ou encore un immense souk aux arnaques, les musées, jardins et autres lieux de culture qui ont ouvert leurs portes ces derniers mois à Marrakech sont là pour les démentir. En effet, de plus en plus de privés investissent dans le bâtiment ou restaurent de vieux murs de la médina pour y développer des projets culturels en lien avec le patrimoine marrakchi. Cette valorisation culturelle de Marrakech par des étrangers (ou non) ne date pas d’hier.

Ancien atelier du peintre dans le Jardin Majorelle (photo I. Six)

Ancien atelier du peintre dans le Jardin Majorelle – photo I. Six

Les premiers musées privés à Marrakech voient le jour avec le fameux Jardin Majorelle, racheté dans les années 1980 par Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent, alors qu’il sombrait dans l’oubli après la mort du peintre en 1962.

Passionné par la culture rurale du Maroc, Bert Flint, professeur hollandais d’histoire de l’art, crée en 1996 le Musée Tiskiwin dans lequel il montre les liens qui unissent ce pays au monde saharien et au continent africain.

En 2009, Hamid Mergani et Patric Mana’ch ouvre la Maison de la Photographie. Elle se veut un véritable centre d’archives du Maroc. A travers sa collection de photographies, plaques de verre, cartes postales, journaux, cartes, documentaires, le musée montre l’extraordinaire diversité du Maroc depuis les débuts de la photographie (1879) jusqu’aux années 1960. (voir notre article ici)

Musée de l'Art de Vivre à Marrakech (photo I. Six)

Musée de l’Art de Vivre à Marrakech – photo I. Six

En 2010, Abderrazzak Benchaâbane implante le Musée de l’Art de Vivre dans un riad du 19e siècle situé au cœur de la Médina de Marrakech. L’année suivante, le même Benchaâbane concilie sa passion pour l’art et la nature en un même lieu et fonde le Musée de la Palmeraie – Art contemporain et nature. (voir notre article ici)

Et les initiatives se succèdent : le Musée Berbère, inauguré en 2011 à l’initiative de la Fondation Pierre Bergé dans l’ancien atelier de Jacques Majorelle, présente un panorama de la créativité de ce peuple le plus ancien de l’Afrique du Nord ; le Musée des Bijoux Nawahi, à la muséographie audacieuse, ouvre ses portes en 2013 et rassemble des bijoux de différentes régions du Maroc issus de collections privées, ou encore le superbe Musée Boucharouite de Patrick de Maillart, hébergé dans une ancienne maison d’hôtes de type riad décorée dans le style art déco. (voir notre article ici)

Vitrines du Musée de Bijoux Nawahi

Vitrines du Musée de Bijoux Nawahi – photo I. Six

L’année 2016 s’avère particulièrement fructueuse culturellement pour Marrakech puisque cinq nouvelles structures privées voient le jour, que ce soit dans la médina (le Musée Mouassine et le Jardin Secret), la ville nouvelle du Guéliz (MACMA), la palmeraie (Musée Mathaf Farid Belkahia) ou encore à quelques kilomètres à la sortie de Marrakech (Jardin ANIMA).

Faut-il voir dans cet engouement du privé un renoncement de la part du pouvoir public ? En tout cas, le Ministère de la Culture avoue ne pas avoir les moyens ni les compétences et a décidé – avant de faire marche arrière –  de confier l’exploitation commerciale de quelques-uns de ses monuments à des opérateurs privés. En effet, voilà moins d’un an que le Ministère de la culture a lancé un appel d’offre pour la gestion de ses principaux monuments : Palais Badi, Palais de la Bahia et Tombeaux saadiens. Un dossier pour l’instant en attente mais qui donne bien la mesure de la situation du patrimoine marrakchi. Alors que la ville ne désemplit pas de touristes, que ses monuments sont visités jours après jours tout au long de l’année, ce patrimoine représente une manne financière non négligeable, mais les lieux se dégradent peu à peu, la muséologie y est obsolète et la stratégie marketing inexistante. Cela fait également plusieurs années que la fameuse Kouba almoravide, l’un des derniers vestiges de la présence almoravide dans la ville,  est fermée au public. La raison ? « Trop dangereux car en mauvais état » m’a-t-on répondu. Mais aucun chantier visible n’est en cours depuis sa fermeture qui remonte, de mémoire, à 2012.

Ne parlons pas du mausolée de Youssef Ibn Tachfine, le fondateur de Marrakech. Longtemps il s’est transformé, faute de protection, en gîte pour les clochards et en urinoir public. Finalement protégé et gardé, il reste mal indiqué et peu mis en valeur.

Faut-il vraiment s’inquiéter de l’avenir du patrimoine de Marrakech s’il devait basculer dans la sphère privée ? N’est-ce pas, au contraire, ce qu’il y a de mieux pour sa conservation, sa gestion, sa valorisation ? Reste à savoir pourquoi le Ministère hésite à prendre position sur ce dossier, quand sera réellement relancé le projet de la gestion déléguée au privé et qui sera ce gestionnaire …

NOUVEAUX LIEUX CULTURELS 2016

  • Musée Mouassine (janvier 2016)

Derb El Hammam, Rue Mouassine, Marrakech, Médina

Ouvert tlj : 9h30-19h / Prix : 30 DH

www.museedemouassine.com

La douiria du Musée Mouassine (photo I. Six)

La douiria du Musée Mouassine – photo I. Six

Au cœur du quartier saadien de la médina se trouve le musée de Mouassine. Acheté par Patrick Mana’ch et Hamid Mergani, qui gèrent également la Maison de la photographie, le musée a ouvert ses portes en janvier 2016 sous la houlette de Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine au musée du Louvre à Paris. La maison et sa douiria, appartement de réception, ont été entièrement rénovés de 2012 à 2014 selon des techniques traditionnelles, un savoir-faire ancien et avec des matériaux traditionnels pour aboutir à une véritable symphonie de couleurs. Un cycle annuel d’expositions est organisé ainsi que des concerts chaque vendredi dans ce cadre exceptionnel.

  • Le Jardin secret – Musée en plein air (avril 2016)

Rue Mouassine 121, Marrakech, Médina

Ouvert : 10h30 – 17h30/18h30/19h30/20h00 (selon saison)

Prix : 50 DH / Tour : 30 DH

http://www.lejardinsecretmarrakech.com

Le jardin islamique dans Le Jardin secret (photo I. Six)

Le jardin islamique dans Le Jardin secret – photo I. Six

L’origine du Jardin secret remonte à l’époque saadienne mais il a été reconstruit au milieu du XIXe siècle par un influent caïd de l’Atlas et a été la demeure de plusieurs personnalités politiques de Marrakech. Ses jardins et ses édifices font partie de la tradition des palais arabo-andalous. Les espaces verts du Jardin Secret sont aujourd’hui répartis en jardin exotique, abritant des plantes provenant de différentes parties du monde, et en jardin islamique étroitement lié aux structures du riad.

  • Musée Mathaf Farid Belkahia (avril 2016)
L'atelier de Farid Belkahia

L’atelier de Farid Belkahia – photo I. Six

Dar Tounsi – Route de Fès

Ouvert : me-lu : 10-18h  Prix : 70 DH

www.fondationfaridbelkahia.com

Inauguré en avril 2016 à l’initiative de Rajae Benchemsi, l’épouse de l’artiste, le musée Farid Belkahia propose de maintenir le rayonnement des œuvres de Belkahia en maximisant leur visibilité et en encourageant la recherche sur leurs diverses influences et périodes marquantes. Ainsi, le musée s’articule autour des principales périodes de l’artiste : expressionnistes, cuivres, peaux et dessins. Le musée est situé au cœur de la palmeraie, au sein même d l’ancien atelier de l’artiste.

  • Le MACMA (Musée d’Art et de Culture de Marrakech)

61, rue Yougoslavie, Passage Ghandouri, Guéliz

Ouvert ma > sa : 10-19h, lu : 14-19h – Prix : 50 Dh

C’est le galeriste marocain Nabil El Mallouki qui est à l’initiative de ce musée d’art contemporain au coeur du Guéliz. Dans un espace moderne et lumineux,  une exposition avec un caractère narratif sera mise sur pied chaque année. Le musée possède sa propre collection qui sera alimentée, pour le montage des expositions, par des œuvres de collectionneurs, d’amateurs et de fondations.

  • Anima
Le Jardin Anima

Le Jardin Anima – photo I. Six

Route d’Ourika km 27

Ouvert : tlj : 9-17/18h (selon saison) – Prix : 120 Dh – navette gratuite

www.anima-garden.com

Créé par un artiste autrichien, André Heller, le jardin fantaisiste Anima se situe à 25 kilomètres de Marrakech, sur la route d’Ourika. Mise en scène botanique où art et nature se côtoient, Anima se veut un lieu de rencontres et de culture : un jardin, un café et 3 salles d’exposition.

À VENIR :

  • Le Musée Yves Saint-Laurent

Situé près du Jardin Majorelle, il ouvrira ses portes à l’automne 2017 et comprendra une salle d’exposition permanente présentant l’oeuvre d’Yves Saint-Laurent, une salle d’exposition temporaire, un auditorium, une bibliothèque de recherche et un café-restaurant.

 

I. Six

> Randonnée géologique au Maroc

8 novembre 2015
Le col d'Aït Barka : succession de dolérite (verdâtre), trias (rouge), et smectite (gris-bleu) - photo R. Six

Le col d’Aït Barka : succession de dolérite (verdâtre), trias (rouge), et smectite (gris-bleu) – photo R. Six

 

Depuis quatre ans d’existence, le Riad Dar Zampa en est à son troisième circuit géologique sur les pistes du Haut Atlas et de l’Anti Atlas. Guidé par Thierry Mortier, du service de géologie de la Faculté Polytechnique de Mons (Umons), 13 participants ont pu mettre en application sur le terrain les acquis glanés au cours de diverses formations pour certains ou lors de simples lectures pour d’autres. Un circuit qui ne nécessite aucune connaissance géologique particulière mais une simple curiosité sur la formation des roches, des mers et des continents.

Lors du séjour, certains trouvent l’occasion d’assouvir leurs passions : dessin, photographie, écriture… Jean-Pierre, surnommé « Moustache argentée », nous transmet ci-dessous un compte-rendu du circuit sous forme d’alexandrin …

 

 

Écoutez, mes amis, l’épique randonnée

Déjeuner à Tasga, près de Telouet - photo R. Six

Déjeuner à Tasga, près de Telouet – photo R. Six

De quelques passionnés de la géologie,

Partis de Marrakech pour un fameux circuit,

Sous la docte conduite de Thierry Mortier.

 

En Première étape : le rouge du Trias

Qui se combine au vert ou gris de la dolérite,

Voire au gypse blanc ou au bleu de la smectite.

Près de la rivière : déjeuner à Tasga.

 

En piste pour la mine de sel d’Ounila.

Entrée d'une mine de sel dans la vallée d'Ounila - photo I. Six

Entrée d’une mine de sel dans la vallée d’Ounila – photo I. Six

L’ambiance artisanale est digne de l’antique.

On l’entaille à coup de marteau ou à la pique.

Nous reprenons la route vers l’objectif, Inch’Allah !

 

C’est Aït Benhaddou, son Riad, sa casbah.

Nous ressentons déjà un chouia de désert.

A Ouarzazate, c’est la même atmosphère,

En plus moderne, avec un air de cinéma.

Plateau de Ouarzazate depuis le Ksar d'Aït Benhaddou

Plateau de Ouarzazate depuis le Ksar d’Aït Benhaddou

 

A Skoura, il flotte comme un parfum de roses.

Avec Hassan, les Deux Mohamed et Omar,

Nos quatre conducteurs, nous gagnons sans retard

L’hôtel convenu pour que chacun se repose.

 

La journée fut longue mais riche en leçons :

La vallée du Dadès - photo I. Six

La vallée du Dadès – photo I. Six

L’orogenèse, l’accident sub-atlasique,

Les  gorges du Dadès, les dépôts jurassiques,

Le craton africain et moulte crochons.

 

On grimpe vers le col : 3140 mètres.

Il fait froid et venteux. La vallée du Todra,

Ses plissements, érosion et autres cuestas,

Livrent des secrets par la voix de notre maître.

Pli en chaise dans les Gorges du Todra - photo R. Six

Pli en chaise dans les Gorges du Todra – photo R. Six

 

Le lendemain, plus au sud, nous remontons le temps

Au large de Cadonia, du Djebel  Saghro,

Nous ramassons jaspes, granites et gabbros.

Qu’il fait bon rouler entre d’anciens continents.

 

Nous vivons l’immensité des lieux et du temps

Jusqu’à l’entrée dans l’oasis de Zagora,

La perle de beauté de la vallée du Draa.

Dans la palmeraie, un beau Riad nous attend.

 

Chaque jour nous apprécions l’organisation.

Le jbel Saghro - photo I. Six

Le jbel Saghro – photo I. Six

Omar et Robert sont des chefs en la matière.

Les pique-niques sont des sommets culinaires

Qu’ils soient bénis des dieux pour ces jours d’exception.

 

Nous touchons les dunes, aux portes du désert ;

Puis, l’univers minéral du Djebel Bani

Et ses roches détritiques à l’infini.

Nous enfilons la boutonnière vers Bou Azzer.

Schistes noirs à minerai de cuivre dans la boutonnière de Bou Azzer - photo R. Six

Schistes noirs à minerai de cuivre dans la boutonnière de Bou Azzer – photo R. Six

 

Dernier jour : Marrakech par le col de Tichka.

Un arrêt pour saluer les stromatolithes,

Un autre à l’huile d’argan juste avant les frites,

Et c’est le grand retour au Riad Dar Zampa.

 

Le moment des adieux est venu. Bismillah !

Il faut quitter ce paradis géologique,

Ce monde métamorphique et féerique.

Merci pour tout : science et amitié Amdoulillah !

Moustache argentée

Stromatolithes à Aït Saoune - photo I. Six

Stromatolithes à Aït Saoune – photo I. Six

 

> Hommage à mon amie Félie

16 octobre 2015
Félie dans toute sa splendeur

Félie dans toute sa splendeur

Petite Félie, tu es entrée dans notre maison par effraction il y a deux ans alors que tu n’étais qu’une gamine. Vous étiez trois chats de la médina, parcourant les ruelles du quartier. Toi, jeune fille à trois couleurs, ton petit copain, un mousquetaire noir et une maman tigrée. Tu es la seule à avoir effrontément franchi le pas de la porte, malgré les grognements de la maîtresse des lieux. Depuis, tu n’as pas quitté la place, la trouvant trop à ton goût. Tu as même pris le rôle de Zampa, n’hésitant pas à défendre ton

Les premiers pas de Félie dans la maison

Les premiers pas de Félie dans la maison

nouveau territoire, toutes griffes dehors, si un malheureux chat de rue avait la même audace que celle que tu avais eu alors. Mais tu n’as pas acquis complètement les habitudes d’une reine de riad et l’appel des chats des terrasses se faisait quelques fois entendre à tes petites oreilles. Encore pubère tu as disparu plusieurs nuits pour réapparaître abattue et la nuque perforée par les dents d’un vilain matou qui avait voulu abuser de ta naïveté. Cela te valut une première expérience chez le vétérinaire dont tu gardas au cou la marque de ton indocilité. Depuis, les mésaventures se sont succédées mais tu les as toujours surmontées avec courage, masquant tes souffrances par une éternelle gentillesse.

Les meilleures ennemies

Les meilleures ennemies

Petite chatte affectueuse, tu as conquis le cœur de tous les hôtes, même celui des plus récalcitrants. Un lien particulier nous unissait, mais je devais toujours garder une certaine réserve pour ne pas attiser la jalousie de dame Zampa. Ce qui pourtant arriva. Vous étiez les meilleures ennemies.

Je n’oublierai jamais tes yeux vert céladon qui exprimaient tant d’expressions, tes pattes entourant affectueusement mon cou et ton petit nez humide enfoui dans le creux de mon épaule, ton ronronnement qui nous rassurait l’une et l’autre… Ta confiance m’a été le plus beau des cadeaux. Mais cette confiance t’a perdue. Peut-être l’as-tu surestimée, je n’ai pas su te protéger au-delà des murs de la maison.

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L’appel du soir

Félie est partie une nuit, pour toujours. Elle est partie trop vite, trop tôt. Ce n’est qu’un chat, diront certains. Un chat, c’est pourtant un cœur qui bat, un souffle qui va et qui vient, un regard qui vous transperce, qui vous met à jour. Et qui soudain s’arrête, s’éteint, se ferme à tout jamais. Comment oublier ce petit être qui a vécu pendant presque deux ans à mes côtés, qui a choisi notre maison et qui a décidé, un jour de ne plus vivre dans la rue ? Comment as-tu pu me dire toutes ces chose sans me parler, grâce à toi j’ai découvert la sagesse des chats mais je n’ai pas encore acquise celle des humains… Pourquoi as-tu aussi décidé, ce matin-là, de partir sur les terrasses alors que tu ne sortais presque plus, de boire ou de manger ce qui t’a été fatal ? Après de longues heures de promenades en plein soleil sur les toits, tu es revenue au bercail, heureuse de retrouver le frais de la maison, et  tu as commencé à t’affaiblir. Tu ne mangeais plus, buvais très peu et maigrissais à vue d’œil. Je t’ai emmenée chez le vétérinaire, puis, tout est allé très vite… Et tu t’es éteinte, seule dans la nuit, loin de chez toi. Ne m’en veux pas, ma douce Félie, de ne pas avoir été près de toi. C’est déjà assez dur comme ça.

Voilà six mois que mon amie Félie est partie. Son image me revient régulièrement la nuit, je la vois couchée sur le tapis de la salle de bain, amaigrie, les yeux remplis de questions face à sa douleur. J’aimerais avoir une autre vision, celle de son beau regard vert, plein de confiance et de gratitude qu’elle avait si souvent en me regardant. Ma belle Félie, j’espère tellement que ce n’était pas ta dernière vie.

Isabelle S.

Les yeux céladon de Félie

Les yeux céladon de Félie

> Circuit « Désert et Oasis »

13 octobre 2015

Oasis

« DÉSERT ET OASIS » : un circuit nature dans le désert marocain

Guêpier d'Europe (Merops apiaster) - photo O. El Achab

Guêpier d’Europe (Merops apiaster) – photo O. El Achab

Le désert saharien, steppe désertique, est un milieu bien vivant où la vie est soumise à une sélection très sévère. Au Maroc, cette région est située au sud des Atlas, là où s’arrête la végétation méditerranéenne. Les conditions sont rudes avec des températures estivales pouvant atteindre les 45°C au plus fort de la journée et descendre en dessous de zéro les nuits d’hiver. Cette très forte amplitude thermique est typique d’un climat saharien, exacerbé par une quasi absence de pluies et une forte sécheresse de l’air. En revanche, les chutes de température nocturne engendrent au petit jour une rosée vitale à certaines espèces végétales et animales. C’est cette vie qui rayonne en silence que nous vous proposons d’observer lors d’un circuit « Désert et Oasis » en avril 2016. Un guide ornithologue accompagnera le groupe pour une initiation à l’avifaune du désert et des oasis. Les guides berbères, qui connaissent le désert à la perfection, vous apprendront à lire les traces d’animaux, à reconnaître certaines plantes, à décrypter le paysage. Mais aussi ils partageront avec vous leur quotidien en toute simplicité.

Le circuit est accessible à tous. Pas besoin d’être un grand marcheur ni un ornithologue chevronné. Vous adorez les grands espaces et rêvez de dormir sous les étoiles ? Vous  aimez écouter  les bruits de la nature, l’observation et souhaitez découvrir le monde merveilleux des oiseaux ? Ce voyage est pour vous.

CIRCUIT « DÉSERT et OASIS »

  • Programme détaillé sur demande
  • Nombre de participants limité à 10
Pommier de Sodome (Calotropis procera) - photo I. Six

Pommier de Sodome (Calotropis procera) – photo I. Six

Au départ de Marrakech, les 4×4 passeront le Tizi-n-Tichka ou « col des pâturages » à plus de 2.000 mètres d’altitude. Mais avant cela, ils emprunteront une route peu touristique pour découvrir des vallées et des villages magnifiques sublimés par la lumière du printemps.  Ensuite ils traverseront les montagnes de l’Atlas pour rejoindre l’oasis de Fint puis la vallée du Draâ et Zagora aux portes du désert. La méharée est le mode de transport traditionnel des nomades dans le désert. En compagnie des chameliers et de leurs dromadaires, vous parcourez des paysages où alternent regs, plateaux arides, grandes étendues de sables. Vos dromadaires porteront vos affaires ainsi que le matériel de bivouac. La diversité des paysages offre la possibilité d’observer une grande variété de faune et de flore.

Au retour du circuit, vous pouvez prolonger votre séjour au riad Dar Zampa, véritable oasis de quiétude au cœur d’une ville trépidante. Il présente les atouts d’une parfaite maison d’hôtes dans le sens le plus pur du terme aux attraits d’une véritable table d’hôtes qui fait la part belle à la cuisine marocaine dans ce qu’elle a de plus savoureux et parfumé.

Huppe fasciée (Upupa epops) - photo O. El Achab

Huppe fasciée (Upupa epops) – photo O. El Achab

POUR TOUS RENSEIGNEMENTS

Riad Dar Zampa

85 derb Iminzate, Zaouia Abbassia, 40000 Marrakech

Tél : +212 (0)5 24 38 65 44

Mob : +212 (0)661 88 05 81

E-mail : contact@riad-darzampa.com

Website : http://www.riad-darzampa.com

> Cake aux épices et aux dattes

18 septembre 2015
Régime de dattes - R. Six

Régime de dattes – R. Six

Le début de l’automne, c’est la période où l’on trouve des fruits tels que les grenades, les coings ou les dattes. Ces dernières ont l’avantage de se trouver fraîches et à profusion sur les étals des marchands marocains. Fruits fragiles, leur durée de conservation est limitée et on les trouvera petites, brunes à la chair fripée sur les marchés européens. Et sous cette forme séchée, leurs caractéristiques nutritionnelles ne sont pas les mêmes que lorsqu’elles sont consommées fraîches. La datte voit sa portion de glucides, de minéraux et de fibres largement supérieur à celle d’un fruit frais classique. Le pourcentage de calories peut atteindre 118 kcal pour 100 g contre 50 à 70 kcal pour un fruit frais normal. Néanmoins, la datte séchée remporte la palme, avec sa capacité hautement énergétique de 282 kcal pour 100 g. Sa teneur en glucides, pouvant aller de 64 % à 69 %, représente un complément énergétique de qualité pour faire du sport. Cette valeur est trois à cinq fois supérieure à celle d’un fruit frais. Les nomades ne s’y trompent pas et connaissent sa valeur nutritive au-delà de toute espérance. Après s’être délectés de la pulpe d’une datte fraîche, ils offrent le noyau à leur chameau. On raconte que celui-ci rit de bonheur et de ravissement de déguster cette amande dure dont la pellicule est encore miellée.

Palmier dattier ou Phoenix dactylifera - photo I. Six

Palmier dattier ou Phoenix dactylifera – photo I. Six

La datte est le fruit du palmier dattier ou Phoenix dactylifera, cultivé depuis plusieurs millénaires au Moyen Orient et dans le Nord de l’Afrique. Cette plante est dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus différents. La pollinisation des pieds femelles se fait par le vent, mais en culture elle doit se faire par la main de l’homme, le nombre d’individus mâles étant volontairement inférieur au nombre d’individus femelles. Le dattier apparaît essentiel dans les agrosystèmes oasiens car il domine la strate arborée des arbres fruitiers qui poussent à son ombre et qui, eux-mêmes, couvrent cultures maraîchères, fourragères et céréalières.

Outre le fruit très énergétique, toutes les autres parties de la plante sont également utilisées : le stipe (tronc) comme matériau de construction ou comme combustible, les feuilles ou palmes pour couvrir les toits, fabriquer des clôtures et fixer les dunes ainsi que pour la vannerie.

Palmeraie de Tinghrir - photo I. Six

Palmeraie de Tinerhir – photo I. Six

Au Maghreb, la datte agrémente tajines, couscous et ragoûts, ou on l’intègre dans des desserts tels que des makrout. Mais surtout les dattes accompagnent la fameuse harira, soupe de la rupture du jeûne du mois de ramadan, qui peut être consommée tout au long de l’année, principalement en hiver.

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Cannelle gingembre, noix et raisins secs, dattes fraîches – photo I. Six

Nous vous proposons un cake aux épices et aux dattes, idéal pour couper une petite faim d’après-midi.

INGRÉDIENTS pour 6 personnes

    • 5 œufs
    • 10 cl d’huile de tournesol
    • 100 g de beurre mou
    • 100 g de dattes (de préférence fraîches)
    • 50 g noix émondées
    • 50 g de raisins secs
    • 100 g de farine
    • 100 g de sucre en poudre
    • 2 c à soupe de cannelle en poudre
    • 1 c à soupe de gingembre en poudre
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Cake aux épices au Riad Dar Zampa – photo I. Six

PRÉPARATION :

    • Préchauffer le four à 180° (th.6)
    • Dénoyauter les dattes, les laver et les mixer.
    • Dans un récipient mélanger la farine, le sucre, les œufs, l’huile, les noix, les dattes, les raisins secs, le gingembre, la cannelle.
    • Ajouter le beurre mou.
    • Beurrer un moule un cake et y verser la pâte. Faire cuire au four environ 40 minutes. Démouler et laisser refroidir.

Prenez un morceau de cake, une tasse de café et laissez-vous vivre avec un bon bouquin…

 

Isabelle S.

Références bibliographiques

« La première friandise », Saveurs, par Monique Zetlaoui, in Qantara, octobre 2006, n°61, pp.65-67.

 « Origines et domestication du palmier dattier (Phoenix dactylifera L.) », par Muriel Gros-Balthazard, Claire Newton, Sarah Ivorra, Margareta Tengberg, Jean-Christophe Pintaud et Jean-Frédéric Terral, in Revue d’ethnoécologie [En ligne], 4 | 2013, mis en ligne le 19 novembre 2013, consulté le 17 septembre 2015. URL : http://ethnoecologie.revues.org/1524 ; DOI : 10.4000/ethnoecologie.

Dattes fraîches de Zagora (cultivar Bu-shamî) - photo I. Six

Dattes fraîches de Zagora (cultivar Bu-shamî) – photo I. Six

> Gâteau aux coings

9 septembre 2015
Un cognassier et ses fruits

Un cognassier et ses fruits

Le coing est le fruit du cognassier (Cydonia oblonga), un arbuste ne dépassant pas 5 à 6 mètres de hauteur et originaire d’Asie, plus précisément des régions du Caucase (Arménie), de la Perse (Iran) et de l’Anatolie (Turquie). Il aurait été introduit au moyen âge, progressivement en Afrique du Nord où il est cultivé comme arbre fruitier, puis dans les pays de l’Europe occidentale où on l’emploie principalement comme plante ornementale. Au Maroc, le coing se retrouve sur les marchés au même titre que les pommes ou les poires dès le mois de septembre et se prépare généralement en tajine.

La chair dure et ligneuse des fruits devient jaune et très parfumée à maturité. La forme et la grosseur du coing sont variables selon que l’arbrisseau appartient à la lignée des « cognassiers mâles », produisant des « coings-pommes » (à fruits ronds, tels ceux du cultivar  »Leskowatz »), ou à celle des « cognassiers femelles », produisant des « coings-poires » (piriformes, comme ceux du très ancien cultivar « Champion »).

Coings-pommes - photo I. Six

Coings-pommes – photo I. Six

Si le coing dégage une odeur particulièrement agréable, le goût de sa chair – assez coriace et chargée de tanins – est plutôt âpre lorsqu’il est cru. Aussi, il sera toujours préparé avant d’être consommé : gelée, pâte de fruit ou compote sont les préparations les plus faciles.
Il peut être consommé en légume, coupé en morceaux, dans de l’eau citronnée, pour accompagner du gibier ou intégré dans des tajines (tajine d’agneau ou coings).
Mais nous vous proposons une recette de gâteau, une fois n’est pas coutume, où l’âpreté du coing est compensée par la douceur de la cassonade caramélisée. Pour ceux qui apprécient la pâtisserie bretonne (ceci n’est pas une recette bretonne, mais un mélange de diverses influences du moment), on retrouve le délicieux mélange de beurre salé et sucre… Chasseurs de calories s’abstenir !

INGRÉDIENTS pour 6 personnes

Le gâteau aux coings - photo I. Six

Le gâteau aux coings – photo I. Six

  • 500 g de coings
  • 100 g de farine
  • 80 g de sucre en poudre
  • 2 c à soupe sucre cassonade
  • 1 c à c de cannelle
  • 20 cl de crème fraîche
  • 75 g (+ 25 g pour le plat) de beurre salé
  • 1 c à c d’eau de fleur d’oranger
  • ½ verre de lait

RÉALISATION :

  • Difficulté : facile
  • Préparation : 15 min
  • Cuisson : 45 min
  • Temps total : 1h

PRÉPARATION :

  • Préchauffez le four à 210°C (thermostat 7). Beurrez le plat avec les 25 g de beurre. Epluchez et évidez les coings puis coupez-les en cubes. Rangez-les dans le plat en les serrant. Saupoudrez-les d’1 cuillère à soupe de cassonade et de la cannelle.
  • Enfournez et faites cuire les coings environ 15 minutes à 180°C (thermostat 6).
  • Dans un saladier, mélangez la farine avec 80 g de sucre, l’eau de fleur d’oranger, la crème fraîche, le lait et les 75 g de beurre salé fondu. Mélangez bien pour obtenir une pâte homogène et molle.
  • Versez la préparation sur les coings et saupoudrez d’une cuillère à soupe de cassonade. Enfournez à mi-hauteur et faites cuire pendant 30 minutes à 210°C (thermostat 7).
Régalez-vous…

Isabelle S.