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> Circuit ornithologique au Maroc du 18 au 24 avril 2018 : compte-rendu

3 juin 2018

Circuit ornithologique organisé par Maroc sans Frontières (www.marocsansfrontieres.com) et guidé par Isabelle Six et Omar El Achab.

Participants : Gérard Charlet, Bernard Dewiest, Bénédicte Dubois d’Enghien, Irène krzyzanowski, Jules et Jacqueline Lambert, Lucie Losseau, Michèle Marcoux, Michel de Mûelenaere, Nadine Vandenbogaert et Ann Van Mingroet.

Cela faisait plusieurs mois que se préparait ce séjour d’observations, demandé par un groupe d’ornithologues belges. Hésitant entre la découverte de l’avifaune du désert et des oasis, celle des montagnes du Haut Atlas, ou encore les espèces locales et migratrices de la Côte atlantique, le groupe a finalement jeté son dévolu sur cette dernière proposition. Ce circuit offre une grande diversité de paysages et la possibilité d’observer des espèces variées du fait de la période de migration. Axé en grande partie sur la côte atlantique à partir d’Agadir jusqu’à la Plage Blanche, il débute par la découverte d’un écrin de verdure niché dans la montagne, Imouzzer-des-Ida-Outanane. C’est à l’Hôtel des Cascades, au charme désuet des années du Protectorat, que nous passons la première nuit du circuit. Le lendemain, nous rejoignons le Parc naturel du Souss-Massa et dormons à l’Auberge Oasis Massa, typique maison d’hôtes familiale ouverte depuis très peu de temps. Ensuite, nous atteignons la côte pour dormir au Mirleft Tayough Guest House tenu par Brahim. Le jour suivant, nous pénétrons vers l’intérieur des terres au niveau de l’embouchure de l’oued Draâ pour passer deux nuits dans un ksar isolé au cœur d’une étendue désertique, le Ksar Tafnidilt. De là, il nous fut possible de rejoindre Tan Tan et l’embouchure de l’oued Chbika. Malheureusement, lors de notre passage, la lagune de Khenifiss était immergée par la marée haute et il aurait été vain d’essayer d’y observer des espèces. Quant à l’embouchure de l’oued Draâ, elle était à ce moment-là zone militaire en raison de la position des USA sur le problème du Sahara occidental et il ne fut pas possible d’y accéder. Nous avons rejoint Taroudant, où nous avons passé la dernière nuit du circuit à l’Auberge La Tour de toile, pour finalement rejoindre Marrakech en traversant l’Atlas et le col du Test. Durant ces 6 jours de circuit, nous avons parcouru un peu moins de 2.000 km et observé près de 90 espèces.

Repas au Riad Dar Zampa, Marrakech

L’objectif du voyage était principalement ornithologique mais de belles curiosités botaniques ont pu être observées et les paysages variés et époustouflants se sont succédés. L’organisation de nos voyages se font toujours en privilégiant autant que possible le contact avec les populations locales et en choisissant des logements ou des repas chez l’habitant.

Le groupe venait pour la première fois au Maroc et ce circuit fut l’occasion pour les onze ornithologues de faire une bonne vingtaine de « coches ». Nous avons volontairement limité la zone d’observation – et donc les distances à parcourir en 4×4 – afin d’obtenir une bonne vision du statut local des espèces rencontrées et de leurs préférences écologiques. Les pluies relativement abondantes et fréquentes tombées sur le pays depuis le mois de février ont sensiblement modifié le paysage qui se couvrait de tapis de verdure en de nombreux endroits. Enfin, signalons que, malgré plusieurs arrêts sur les plages et les falaises face à l’océan, nous n’avons pas fait de « seawatching » approfondis.

Arrivé le 17 avril à l’aéroport de Marrakech, le groupe a été accueilli par nos soins au Riad Dar Zampa en début d’après-midi. Au cours d’une première balade initiatique dans la médina, il put déjà se familiariser avec les espèces les plus courantes à Marrakech : le Bruant du Sahara et le Bulbul des jardins.

JOUR 1 (Mercredi 18 avril 2018) : MARRAKECH – IMOUZZER-DES-IDA-OUTANANE

Après un petit déjeuner copieux, nous quittons le Riad Dar Zampa vers 8 heures pour rejoindre les trois véhicules et leurs chauffeurs, Khalid, Redouane et Omar, l’organisateur logistique du circuit. En outre, il a un don exceptionnel pour repérer les oiseaux à l’œil nu et identifier leur famille quand ce n’est pas l’espèce précise, tout en conduisant. Khalid, moins expert en ornithologie, connaît en revanche parfaitement la région d’Agadir, les sites intéressants et les bonnes adresses à privilégier. Enfin Redouane a l’habitude d’accompagner des groupes de…chasseurs mais son expérience apporte également un atout supplémentaire dans l’identification et la localisation de certaines espèces. Ce sont eux qui nous ont accompagné durant ces 6 jours, qui se sont occupés des pique-niques, de la gestion du temps, du choix des lieux d’observation,…

Du riad jusqu’au parking, nous traversons le grand hangar du souk el-Khemis, encore un peu endormi à cette heure matinale mais bien animé par le cri des Martinets pâles qui semblent s’amuser dans des courses-poursuites, frôlant de près tantôt la toiture tantôt les passants.

Nous rejoignons la route d’Essaouira, bordée d’eucalyptus et d’oliviers, et pouvons déjà observer sur les fils électriques quelques Pie-grièches méridionales et à tête rousse, des Étourneaux unicolores et un grand nombre de Tourterelles turques. Lors d’un premier arrêt d’observation, aux abords de l’oued N’Fiss, où des oliveraies hébergent de nombreux passereaux, sont notés le Verdier d’Europe, le Serin cini, le Pinson des arbres, l’Agrobate roux, le Rougequeue de Moussier, le Merle noir, le Bulbul des jardins, le Moineau domestique, le Pouillot véloce, la Pie-grièche à tête rousse, le Rossignol philomèle, mais aussi les trois espèces de Tourterelle (turque, des bois et maillée), le Pigeon ramier, la Huppe fasciée. Sur une branche d’olivier, bien cachée par les feuilles, une Chevêche d’Athéna nous observe discrètement avant de s’éloigner, gênée dans son intimité.

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Quelques mètres plus loin, de l’autre côté de la piste, une étendue plus aride parsemée de Nicotiana glauca (Tabac arborescent) est le lieu idéal pour quelques Courvites isabelles et un Traquet motteux.

Nous reprenons la route et bifurquons au niveau de Chichaoua pour rejoindre Imintanaout où nous nous arrêtons pour nous désaltérer à la terrasse d’un café. A quelques mètres des voitures, un Faucon crécerelle est posé sur un poteau électrique.

Faucon crécerelle

Après 2 heures de trajet sur une route bordée d’arganiers, nous arrivons dans un petit village proche d’Imouzzer. Nous grimpons à pied une ruelle pour arriver devant une belle maison à l’entrée accueillante et colorée. C’est là que nous déjeunerons. De grands bigardiers ombragent le patio tandis que la terrasse est inondée de soleil. Les tables sont dressées à notre intention dans un salon à l’étage. De la cuisine, on entend le rire des enfants, les bavardages des femmes de la maison, tandis que Mohamed, le maître de lieux, dispose sur les tables du pain encore chaud et quatre petites assiettes avec de l’huile d’olive, de l’huile d’argan, du miel et de l’amlou. Ensuite arrivent la salade marocaine et un couscous gargantuesque. Tout en mangeant, nous observons par la fenêtre un Rougequeue de Moussier posé dans l’arbre nous faisant face. Observer ou manger, il faut choisir !

Le repas englouti, le thé à la menthe est servi. Puis, la fillette de la maison nous conduit dans le jardin à l’arrière de la demeure : grenadiers, oliviers, palmiers, plantes potagères s’étagent selon le principe d’une oasis. La principale activité de la maisonnée est le travail de la noix d’argan dont les coques servent de combustible.

Nous reprenons les voitures pour rejoindre l’Hôtel des Cascades à Imouzzer-des-Ida-Outanane. Ce village pittoresque est perché à 1.250 mètres d’altitude et domine une belle palmeraie. Depuis la terrasse de l’hôtel, la vue s’étend sur la montagne et la vallée. Après une petite sieste pour certains, une baignade dans la piscine de l’hôtel pour d’autres, nous repartons vers la Vallée du Paradis où de nombreuses piscines naturelles formées par l’oued Tamrhakht alternent sous les palmiers. Là nous observons des Tourterelles des Bois, des Bulbuls des jardins et un Agrobate roux.

 

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JOUR 2 (Jeudi 19 avril 2018) : IMOUZZER-DES-IDA-OUTANANE – MASSA

Mésange maghrébine

Au lever du jour, le ciel est gris et nuageux. Une Mésange maghrébine chante dans l’arbre devant l’hôtel. Après un petit déjeuner où se dégustent miel de la région et amlou, pâte à base de miel, d’huile d’argan et d’amandes, nous entamons une promenade vers le fond de la vallée. Sur un poteau électrique au bord de la route, un Rougequeue de Moussier, annonciateur d’une belle journée, se laisse observer. Le ciel s’éclaircit, la température monte peu à peu. Encore aux abords du village, durant les premiers cents mètres de la ballade, l’irresponsabilité des  humains dénature le paysage: décharges d’ordures et odeurs nauséabondes, carcasse de voiture accidentée…

La végétation se compose essentiellement d’arbustes de la famille des Fabaceae (lotiers, genêts,…). C’est le moment idéal pour entendre et observer les oiseaux, dans la douce lumière matinale : Bruant fou, Fauvette mélanocéphale, Serin cini, Rougequeue de Moussier, Pinson des arbres, Traquet rieur, Traquet oreillard

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En chemin, on peut admirer les concrétions calcareuses laissées par les chutes d’eau de la fameuse cascade. Celle-ci ne regorge d’eau qu’en hiver lorsque les pluies ont été abondantes. Elle justifie alors pleinement son surnom de « voiles de la mariée » Dans la vallée de l’oued Tinkert, le long du sentier, quelques petits marchands vendent leurs réalisations artisanales (bijoux, travail du bois…) pour quelques dirhams. Au-delà du gué, les véhicules nous attendent pour continuer notre route. Le paysage dénudé à certains endroits se strie de gigantesques plissements géologiques. Ce sont des strates de dépôts marins chamboulés par des pressions tectoniques.

Un peu plus loin au bord de la route, le groupe observe un Traquet oreillard dans un arbre et un oiseau de dos qui suscite tout d’abord quelques questions quant à son identification. Mais pas de doute, il s’agit d’un jeune Bulbul des jardins. Un autre arrêt nous permet d’apprécier un couple de Guêpiers d’Europe posé sur un arganier.

A l’approche de la côte, la végétation se fait moins dense et une sorte de lande recouvre la falaise. La route longe la mer jusqu’au village de Tamri où nous nous arrêtons pour approvisionner le pique-nique. Des étals de bouchers et des cafés s’échelonnent tout le long de la rue principale. C’est la couleur jaune qui prédomine sur les échoppes des marchands de fruits et légumes. En effet, Tamri est connu principalement pour ses cultures de bananes. Petites, sucrées et savoureuses, elles font la réputation de la région.

Nos chauffeurs choisissent d’établir le campement sur la falaise surplombant la plage de Tamri. Le temps que s’installe le bivouac, que le feu s’allume, les ornithologues descendent sur la plage, longue-vue sur l’épaule. Passant près d’un tamaris, on aperçoit une Fauvette mélanocéphale. Le ressac déverse un flot d’ordures sur le sable et il faut regarder où poser les pieds. Sur la lagune face à la plage, dans l’embouchure de l’oued Tamri, un groupe de Laridés se reposent. Ce sont majoritairement des Goélands leucophées et des Goélands bruns. Parmi eux se distingue un Goéland d’Audouin. Un vol d’Ibis chauves nous confirme que leur site de nidification n’est pas très loin.

Notre estomac nous rappelle qu’il est temps de revenir sur nos pas et nous retrouvons à l’endroit des voitures une installation digne d’un bar de la plage ! Au comptoir, Khalid prépare de copieux sandwiches tandis que Redouane gère la cuisson des keftas à l’abri du vent. Ce pique-nique ne sera que le premier d’une longue série !

Rassasiés, nous repartons vers les falaises de Tamri, lieu de nidification des Ibis chauves. Contrairement à la plupart des espèces d’ibis qui sont liés aux milieux humides, l’Ibis chauve est terrestre et grégaire. Au Maroc, à l’exception de quelques individus erratiques, les ibis demeurent à proximité du site de nidification une fois la reproduction terminée. La ponte a lieu fin février et avril. Pour cette raison, le gardien du site nous demande de ne pas rejoindre le poste d’observation face à la falaise en bord de mer. Il nous conseille de gagner l’intérieur des terres où nous admirons une bande de 10 à 15 individus. En effet, les Ibis chauves parcourent les zones ouvertes, telles que prairies ou steppes, à la recherche de lézards, de scorpions, d’escargots ou de sauterelles.

Quelques centaines de mètres plus loin, au bord de la falaise, un couple d’Allemands imprudents a ensablé son mobilhome. Alors que le 4×4 d’Omar le tracte pour le sortir de ses ornières, nous descendons vers la falaise et rencontrons de jeunes pêcheurs qui rejoignent leur abri de fortune.

Avant de rejoindre Agadir, que nous ne ferons que traverser, nous visitons la coopérative féminine d’argan à Alma. Une jeune femme nous guide de façon très didactique à travers un petit jardin aromatique, nous indiquant chaque plante et ses propriétés curatives. Puis elle explique le processus traditionnel de la fabrication de l’huile d’argan. La visite se termine, bien évidemment, par un passage à la boutique où se vendent miel, huile d’argan, amlou et toutes sortes de produits cosmétiques à base d’argan.

En fin de journée nous arrivons à l’embouchure de l’oued Souss. Un chemin asphalté a été aménagé récemment le long de l’oued et le site semble être un peu moins sale que lorsque nous étions venus précédemment. Nous n’y avons pas observé de rassemblements de Flamants roses ou de Cigognes blanches mais une Sterne hansel sur la rive de l’oued et un couple de Pie maghrébine au bord du chemin.

C’est assez tard que nous rejoignons l’Auberge Oasis Massa, au bord d’un lac du Parc national de Massa. Entreprise familiale, l’auberge n’existe que depuis quelques années et propose des chambres simples et confortables. Le repas est servi dans la pure tradition marocaine.

JOUR 3 (Vendredi 20 avril 2018) : MASSA – MIRLEFT

Pour profiter pleinement du Parc Massa, nous nous levons à l’aurore et rejoignons l’embouchure de l’oued vers 06h30. La traversée du parc le long du fleuve nous permet d’observer un Bécasseau minute, des Grands Gravelots, des Spatules blanches, des Grands Cormorans mais aussi d’apprécier le chant de passereaux. Sont observés la Linotte mélodieuse, le Serin cini, le Verdier d’Europe, le Tarier pâtre, le Cochevis huppé, le Rougequeue de Moussier, la Pie-grièche à tête rousse. A plusieurs reprises et à différents endroits, le chant très particulier du Tchagra à tête noire se fait entendre mais l’oiseau tarde à se montrer. Avec patience et vigilence, nous finirons par le voir parfaitement dans un tamaris.

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Satisfaits de notre promenade, nous rentrons à l’auberge vers 10h00 pour le petit déjeuner. Puis nous prenons la route vers le barrage Youssef Ibn Tachfine : en chemin, Rougequeue de MoussierChevêche d’Athéna et Huppe fasciée sont notés.

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Le long du canal de régulation, le Bulbul des jardins, la Pie-grièche méridionale, une Tourterelle maillée et un Bruant zizi se laissent voir. A la recherche d’un peu d’humidité en attendant les prochaines pluies, des escargots se sont agglutinés en essaim sur les palettes de figuiers de Barbarie.

Nous reprenons les véhicules pour rejoindre le Barrage Youssef Ibn Tachfine sur l’oued Massa. Cette impressionnante construction de plus de 200 mètres de long, réalisée en 1972 sous le règne d’Hassan II, a pour but d’irriguer la plaine des Chtouka.

Pour le déjeuner, nous rejoignons l’auberge Paradis Berbère à Massa où nous savourons de copieuses salades à l’ombre des bananiers et des papayers. L’après-midi est déjà bien entamée lorsque nous quittons le restaurant.

A la sortie de Sidi Bou el Fedaïl, un Rollier d’Europe, le seul de tout le circuit, est posé sur une grosse pierre et nous observe.

Nous rejoignons ensuite Mirleft via une piste le long de la côte, à travers une steppe sableuse et buissonneuse. Un Oedicnème criard trottine dans les dunes avant de prendre son envol. Nous reprenons la route asphaltée jusqu’à Mirleft où nous attend un repas gargantuesque. Au menu du soir, un poisson entier pour deux …

JOUR 4 (Samedi 21 avril 2018) : MIRLEFT – TAFNIDILT

Le petit déjeuner est tout aussi copieux que le repas de la veille. Redoutant probablement que ses hôtes ne meurent de faim, Brahim ne nous laisse aucun moment de répit et nous abreuve d’un flot de paroles et d’une succession d’assiettes : pain, msemen, omelettes… jusqu’à saturation.

C’est le ventre bien rempli que nous grimpons dans les véhicules pour rejoindre la plage de Legzira, à quelques kilomètres au sud de Mirleft. Classée parmi les plus belles plages du Maroc, Legzira garde un caractère sauvage et reste relativement préservée du tourisme de masse. De nombreux pêcheurs jettent leur ligne depuis les gros rochers affleurant les vagues et prélèvent de beaux spécimens de poissons. Une petite marche vers le sud de la plage permet de découvrir une très photogénique curiosité géologique : les arches de grès rouge et de granit. Constamment attaquée par la mer et ses tempêtes, la falaise a été transformée au cours du temps en un paysage étrange et séduisant par sa forme et sa couleur. Mais cette érosion a provoqué l’effondrement de la plus belle arche de la plage en 2016.

Avant de passer sous l’arche subsistante, les ornithologues ont pu observer en contre-jour, au sommet de la falaise, un couple de Faucons crécerelles. Sur un gros rocher battu par les vagues, à droite de l’arche, un Grand Cormoran marocain, bien identifiable par sa poitrine, sa gorge et sa face blanc sale, profite des embruns. Nous passons de l’autre côté de l’arche et observons un limicole sur une roche granitique. Il s’agit d’un Chevalier guignette.

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Un petit marchand a installé son presse-agrumes au pied de la falaise et propose un jus d’oranges fraîchement pressé. Ramassant des ordures sur la plage, il est applaudi par quelques-uns d’entre nous pour cette initiative écologique. Mais il semblerait qu’il ne ramasse que quelques bouteilles en plastique lui servant de récipients pour son commerce…

La marée monte et il faut songer à revenir sur nos pas si nous ne voulons pas être bloqués au niveau de l’arche. Après cette bonne marche vivifiante, nous reprenons la route vers Sidi Ifni où nos chauffeurs s’approvisionnent pour le pique-nique. Edifié sur un plateau rocheux surplombant l’océan, Sidi Ifni est une ancienne enclave espagnole dès 1859 devenue capitale du Sahara occidental en 1934. Restituée au Maroc en 1969, la ville entame un déclin et tente de survivre essentiellement de la pêche et du tourisme attiré par ses plages. Il subsiste encore dans l’architecture et l’urbanisme quelques vestiges de ce passé colonial où l’art déco espagnol se mêle au style marocain traditionnel.

Quittant Sidi Ifni après une balade dans le souk, nous rejoignons la piste côtière en direction de Foum Assaka. Sur le tronçon asphalté, deux Buses féroces sont observées sur un poteau électrique. L’une d’elle est particulièrement claire et certains songent à un Élanion blanc. Mais sa taille est bien trop grande pour en être un. Plus loin, une Chevêche d’Athéna se laisse observer en bord de route, posée sur une borne de fortune portant le n°134. Sur la borne suivante, c’est un Traquet à tête grise qui est posé.

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La piste nous ramène vers le littoral bordé de falaises déchiquetées et entrecoupée de courtes plages. L’oued Assaka est enchâssé dans des gorges tourmentées, parfois profondes. Les pentes sont garnies d’arbrisseaux et d’arbustes et, par endroits, couvertes de cultures de Figuiers de Barbarie. Le paysage végétal est lunaire et aride et c’est une steppe à euphorbes qui prédomine.

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Les véhicules nous déposent sur la plage où sont installés des abris de pêcheurs. Les roches forment une crique près de laquelle est installé notre campement dînatoire. En attendant la grillade de poissons, quelques ornitho dégustent des « pousse-pied » ramassés dans les rochers. Un vol de Spatules blanches, en formation en W, offre un spectacle féérique au-dessus de la mer.

La piste côtière nous amène au début de la Plage Blanche, au niveau de Fort Bou Jerif et offre l’occasion de voir une Perdrix gambra, une Chevêche d’Athéna et quelques traquets (rieurs et à tête grise). Situé au cœur d’un parc écologique de 250 km², ce site paradisiaque fut surnommé Playa blanca par les navigateurs espagnols. Désertique à l’exception de quelques cabanes de pêcheurs ou de campements sahraouis, la Plage blanche est une étendue sauvage de sable fin. Avec ses 60 km, c’est la plus grande plage de tout le sud du Maroc. Du haut de la falaise, nous voyons la marée engloutir peu à peu l’immense plage. Lors de notre dernier passage en septembre, nous avions pu y accéder et observer, entre autre, une multitude de Bécasseaux sanderling. Mais pour l’heure nous rejoindrons Guelmim.

Situé dans une région intermédiaire qui relie le désert et l’océan, Guelmim est considéré comme la « porte du désert », ce que signifie son nom berbère (Aguelmim). Sa position stratégique en a fait un important centre caravanier et d’échanges entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Chaque samedi, se tient dans un vaste enclos à la sortie de la ville le marché des dromadaires. Dans ce souk unique en son genre, les nomades de la région vendent leurs dromadaires au prix de 2.000-2.500 euros selon la race et l’âge. Parfaitement adapté au climat chaud et sec de la région, le dromadaire paît souvent en troupeaux dans la plaine du Souss. Elevé pour le portage ou les travaux agricoles, il l’est aussi pour sa viande et son lait. Le tajine et le steak de dromadaire sont d’ailleurs des plats typiques de la région.

Après cette expérience particulière, nous empruntons une route asphaltée en direction de Tan-Tan pour ensuite accéder par une piste à une plaine désertique. Dans un décor digne du « Désert des Tartares », surgit un ksar abandonné au sommet d’une butte. Il s’agit d’un ancien poste des goums français installés dans la région dès 1934 pour surveiller d’éventuelles incursions de bandes venues du Rio de Oro. Mais ce n’est pas là que nous passerons les deux prochaines nuits.

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Quelques centaines de mètres plus loin s’étale au milieu de nulle part un ksar bien plus récent. Construit dans les années 2000, le Ksar Tafnidilt est le lieu de rendez-vous des baroudeurs adeptes du 4×4 ou de la moto. Hors des sentiers battus – on y accède par une piste de 6 km – le lieu offre un confort de base sans luxe tapageur : chambre avec douche, piscine, petite boutique et restaurant. La politique de gestion et d’économie des ressources est en totale adéquation avec le lieu désertique : pas de climatisation dans les chambres, coupure d’électricité dès 23h, économie de l’eau… Tout cela n’enlève en rien, bien au contraire, le sentiment de quiétude et de convivialité au lieu.

Après une soupe et de légumes et un tajine de poisson, chacun regagne sa chambre pour une nuit calme et salvatrice.

JOUR 5 (Dimanche 22 avril 2018) : TAFNIDILT

Nous restons encore une nuit au Ksar Tafnidilt et cette 5ème journée nous permet de sillonner dans les environs, de descendre jusqu’à Tan-Tan et l’embouchure de l’oued Chbika. La journée débute par la découverte du désert entourant le ksar. Alors que la côte atlantique ne se trouve qu’à quelques kilomètres, le paysage est digne du Sahara : dunes de sable fin et steppe peuplée de plantes xérophytes.

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Outre l’immensité et le calme, ce que l’on retiendra principalement de cette incursion dans le désert est l’observation de l’Alouette de Clot-bey.

La route qui conduit à Tan-Tan marque la fin de l’Anti-Atlas et le début des grands plateaux sahariens. Seules les chaînes de montagne de l’Ouarkziz et de Zini marquent un peu de reliefs dans la région. A l’entrée de la ville, deux gigantesques dromadaires blancs accueillent les voyageurs. Tan-Tan ne présente aucun attrait particulier mais ce sont les environs qui offrent plusieurs possibilités d’excursion. A environ 30 km au sud, l’embouchure de l’oued Chbika est un site d’observation d’oiseaux en migration. A la saison des migrations, on y rencontre souvent des groupes de Flamants roses et d’échassiers. Mais depuis la route, nous n’observons rien d’autre qu’un pêcheur à bord d’une chambre à air.

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Il faut s’enfoncer un peu plus le long de l’oued pour enfin voir un groupe de Grands Cormorans marocains, une Aigrette garzette, un Chevalier sylvain, un Héron cendré, un Gravelot à collier interrompu…. Un Agrobate roux se montre très distinctement, voletant d’un arbuste à un autre. Une partie du groupe aperçoit une Cigogne noire en vol, remontant l’oued.

Nous nous posons au bord de l’eau, le temps du pique-nique, alors qu’un troupeau de dromadaires paît quelques mètres plus loin. Ensuite nous revenons à pied jusqu’à l’embouchure, foulant un sol aride parsemé de Crassulacées (Opophytum theurkauffi).

Leprojet de rejoindre l’embouchure de l’oued Draâ est compromis par une présence militaire justifiée par l’attitude des USA sur la question du Sahara occidental. Nous rentrons en fin d’après-midi vers Tafnidilt et visitons au passage l’ancien fort abandonné, pour rentrer à pied jusqu’au campement.

Ce soir-là, les amateurs de découvertes culinaires ont pu déguster un tajine de dromadaire.

J 6 (Lundi 23 avril 2018) : TAFNIDILT – TAROUDANT

Les kilomètres à parcourir pour cette sixième journée seront plus nombreux. En effet, nous quittons Tafnidilt et la région côtière pour remonter vers Guelmim, l’occasion de « découvrir » le supermarché Marjane. A partir de là, le paysage sera sensiblement différent puisque nous retrouvons des collines peuplées d’arganiers et d’Euphorbes cactoïdes jusqu’à Taroudant.

Dans ce décor, ce sont essentiellement des passereaux qui occupent nos jumelles : Rougequeue de Moussier, Gobemouche gris, Traquet oreillard, Traquet rieurCochevis huppé et les premiers Roselins githagines du circuit. Dans les environs de Bou-Izakarn, le dernier pique-nique est organisé à l’ombre d’un arganier.

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Au moment de repartir, un jeune garçon s’approche du groupe d’ornithologue et demande quelques dirhams et des crayons. Il reçoit probablement bien mieux lorsque que Jacqueline lui donne une petite paire de jumelles de poche. Tout heureux, il repart avec son trophée autour du cou et s’arrête quelques mètres plus loin pour étrenner son cadeau. Une vocation est peut-être en train de germer !

Les arganiers ponctuent le paysage et ces arbres aux formes parfois étranges ont de ferventes admiratrices. Des chèvres grimpent avec agilité dans leurs branches noueuses, elles sont parfois cinq ou six sur le même arbre. Bien sûr, le berger aide souvent son troupeau à grimper au sommet de l’arbre pour attirer les photographes lorsqu’il se trouve aux abords d’une route touristique. Mais ce phénomène étrange a une explication : les arganiers produisent un fruit qui ressemble à une olive et qui mûrit au mois de juin. Les chèvres raffolent de ces fruits amers et sont prêtes à grimper jusqu’à 9 mètres de haut pour les avaler en entier. C’est bien la pulpe et la coque dure qu’elles ruminent mais elles recrachent le noyau, trop dur pour être digérer, participant ainsi à la dispersion  des graines et à la continuité de l’espèce Argania spinosa.

Avant de rejoindre Taroudant, nous faisons une halte rapide à Tiznit. Durant le circuit, il a été possible de consommer du vin et de la bière, avec modération bien évidemment, dans la plupart des logements. Mais nos Belges préfèrent se garantir l’assurance de boire une bonne bière fraîche avant le repas du soir. Nous nous arrêtons donc devant un bâtiment à l’allure quelconque, sans aucune enseigne. Un homme est assis près de la porte et laisse entrer les soiffards. Il faut enfiler un couloir sombre avant d’arriver dans une sorte de tripot où des alcools de toute sorte sont vendus sous le manteau. Des cadavres de bouteilles jonchent les tables. Le vendeur au comptoir emballe les bouteilles achetées dans du papier journal, et les enfourne dans un sac sombre, histoire de ne laisser voir à personne de quoi il s’agit !

Ce n’est qu’en fin de journée que nous rejoignons Taroudant où un couscous royal nous attend à La Tour de Toile.

J 7 (Mardi 24 avril 2018) : TAROUDANT – MARRAKECH

Nous débutons la journée par un arrêt à l’entrée de Taroudant. Située à l’intersection de la vallée du Souss et des montagnes du Haut-Atlas, « la petite Marrakech », surprend par la couleur fauve de ses remparts enserrant l’ancienne médina. Près de la Bab el-Kasbah, un escalier permet de grimper en haut des remparts et d’avoir une belle vue sur les jardins. Tout comme à Marrakech, des martinets en grand nombre profitent des trous dans la muraille pour nicher.

A une quarantaine de kilomètres de Taroudant, la décharge nauséabonde d’Ouled Berhil attirent une faune variée. Chiens errants quelque peu agressifs, moutons, cigognes et Milans noirs se délectent des déchets de toutes sortes. En face, un rassemblement de Cigognes blanches a investi la prairie plus salubre. Une Tourterelle des bois et une Pie-grièche à tête rousse sont observées dans les arbres.

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A moins de 10 kilomètres à hauteur du village d’Ouled Berhil, le barrage sur la rivière Talakjounte crée un lac de retenue de taille moyenne. Malgré le vent, le lieu calme et paisible attire les bergers et leurs troupeaux d’ovins. Sur l’étendue d’eau, de nombreux Tadornes casarca et des Canards colverts, des Spatules blanches, des Échasses blanches, des Aigrettes garzettes, des gravelots (grands et petits) et un Chevalier guignette sont contactés.

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Nous quittons la plaine du Souss pour entamer l’ascension vers le Tizi-n-Test à partir de Tafingoult. La route, asphaltée et régulièrement entretenue, est escarpée et étroite à certains endroits. On ne peut ni se croiser ni se doubler et les camions ne la pratiquent pas. Le paysage est magnifique : des vallées, des champs en terrasse vert vif contrastent avec la terre des villages en pisé. La végétation se transforment à mesure que l’on prend de l’altitude. D’abord les arganiers abondent, puis apparaissent les petits palmiers doums qui émergent à peine du sol. Les écureuils de Berbérie prennent un bain de soleil sur les rochers avant de s’enfuir à notre passage. A l’approche du col (2.200 m) la terre devient rouge. Les chênes verts ont succédé aux arganiers.  Passé le col, les pentes sont couvertes de thuyas.

Nous rejoignons le petit village berbère d’Ijoukak pour un déjeuner chez l’habitant. Ensuite, nous revenons sur nos pas pour visiter la Mosquée de Tinmel, monument important de l’histoire du Maroc. Érigée en 1153 par le sultan almohade, Abd al-Moumen Ibn Ali, la bâtisse est bien visible depuis la route, avec sa couleur de terre claire, et son allure de forteresse. Un jeune guide nous attend à l’entrée de la mosquée.

L’intérieur est une forêt de piliers où l’on admire la majesté des travées et la pureté des arcs en fer à cheval. Le mihrâb, indiquant la direction de la Mecque, est situé sous le minaret court et massif. Des Rolliers d’Europe fréquentent régulièrement le monument. Cette année, nous les aurons manqué et n’avons observé que les traditionnels Moineaux domestiques nichant dans les cavités des murs. Deux mois plus tard, le 12 juin, un ornithologue marocain signalera la présence d’une famille de Chouettes hulottes installée sur la charpente en bois.

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Nous rentrons vers Marrakech en empruntant une vallée étroite et escarpée du Massif du Toubkal, jalonnée de kasbahs qui appartenaient aux Goundafa, puissante tribu qui contrôlait toute la région au XIXe siècle.

Rapport rédigé par I. S.

© photos Riad Dar Zampa & Maroc sans Frontières, sauf mention N. Vdb (Nadine Vandenbogaert)

Pour obtenir le relevé des espèces observées durant le circuit, cliquer ICI

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