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> Randonnée botanique dans l’Oukaïmeden (Haut Atlas, Marrakech)

13 juin 2017
La station d'Oukaïmeden en hiver

La station d’Oukaïmeden en hiver

Au Maroc, Oukaïmeden est un endroit réputé pour sa station de ski. Malheureusement, la popularité du lieu et la forte demande touristique ne trouvent pas assez de bonnes infrastructures d’accueil et d’accès et donne à l’endroit un petit air désuet. Moi qui ne suis pas grande amatrice des sports d’hiver, je préfère nettement m’y balader au printemps ou en été, lorsque la fonte des neiges a bien irrigué le sol et qu’apparaissent une multitude d’espèces botaniques. Le plateau de l’Ouka offre alors de vastes pelouses humides qui ont sensiblement augmenté depuis la construction d’un barrage dans les années ‘70.

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Préparatif pour une rando botanique

C’est par un beau dimanche de juin que j’ai eu la chance de faire partie d’un petit groupe de randonneurs, guidés par Marie Coste-El Omari, l’auteur du précieux guide « À la découverte de la flore de l’Oukaïmeden ». À Marrakech, la chaleur étouffante sévissait depuis quelques jours et c’est avec soulagement que nous avons ressenti la fraîcheur de l’altitude (2700 mètres) à quelque 75 km au sud de la ville ocre.

L’heure n’était pas à l’observation d’oiseaux, le nez étant plus souvent collé au sol que levé en l’air… Cependant, quelques espèces habituelles se sont montrées, d’autres se sont fait entendre. Dès l’arrivée sur le site, on pouvait observer des hordes de Craves à bec rouge se nourrissant dans la prairie humide où volant en groupe au-dessus de la station. Près du barrage, des hirondelles rousselines rasaient la surface de l’eau, à la recherche d’insectes. Plus en hauteur, j’ai pu apercevoir le Traquet rieur et le Rougequeue de Moussier. Les espèces que l’on rencontre fréquemment sont le Monticole bleu, l’Alouette haussecol, la Bergeronnette des ruisseaux, le Bruant fou, le Chocard à bec jaune, pour n’en citer que quelques-uns…. La région est également riche en rapaces : Aigle botté, Circaète Jean-le-Blanc, Faucon crécerelle, et avec beaucoup de chance, le Gypaète barbu…

 

 

Pastel des teinturiers

Pastel des teinturiers

Aux abords du chemin, une plante attire notre attention : des petites fleurs jaunes groupées en grappes couronnent de longues tiges dressées. Des fruits aplatis (siliques) pendent des pédoncules et des feuilles d’un vert brillant… Autrefois, en Europe, ces feuilles étaient broyées dans les moulins à pastel et servaient à la production d’une teinture bleue, avant qu’elle ne soit détrônée par l’indigotier, puis par les colorants de synthèse. Son nom vulgaire, pastel (Isatis tinctoria), vient de la pâte ainsi formée. Toutefois, au Maroc, son usage semble être avant tout médicinal.

La promenade débute par la découverte, au pied des montagnes, d’un beau tapis de fleurs dans la pelouse humide que nous traverserons pour entamer l’ascension vers le plateau du Tizrag. Les couleurs jaune, blanc, violet, rose alternent. La visite commence et les explications fusent. A chaque pas, une espèce différente !

La pelouse humide

La pelouse humide

MILIEUX HUMIDES

Orchis élancé

Orchis élancé

L’Orchis élancé (Dactylorhiza elata) dont les racines en forme de doigts justifient son nom latin, offre une gueule labelle dans laquelle vont s’engouffrer les insectes pollinisateurs. Et comme la nature fait bien les choses, les parties florales de l’orchidée sont soudées et obligent l’insecte à descendre profondément le long d’un éperon pour déguster le précieux nectar. Lorsqu’il ressort de la fleur, son dos frotte contre les étamines, faisant ainsi tomber le pollen sur lui.

Oeillet sylvestre

Oeillets sylvestres

C’est l’Œillet sylvestre (Dianthus saxicola) qui donne à la pelouse une dominante rose. D’après notre guide Marie, son abondance en cet endroit est particulièrement exceptionnelle ! Cette fleur délicate se regroupe sur de belles touffes aux tiges raides à nœuds renflés. Cinq pétales roses dentés s’épanouissent au bout d’un calice en tube.

La balade se poursuit en quittant peu à peu les milieux humides. Nous traversons la route pour rejoindre des pelouses sèches et rocailleuses et commencer à grimper légèrement vers le col du Tizrag.

 

 

PELOUSES SÈCHES OU ROCAILLEUSES

Pelouse humide vue depuis le col du Tizrag

Pelouse humide vue depuis le col du Tizrag

Ce qui semblerait être un chardon est en fait un Panicaut de Bourgat (Eryngium bourgatii). On l’appelle pourtant quelquefois Chardon bleu des Pyrénées. Mais, alors que les chardons sont des plantes composées de la famille des Astéracées, le Panicaut est une ombellifère de la famille des Apiacées. Cette plante aux feuilles à lobes épineux présente des petites fleurs bleues regroupées en têtes (ombelles) et entourées d’une collerette de bractées pointues.

La Catananche gazonnante (Catananche caespitosa) forme d’étranges tapis à ras-du-sol foisonnants de feuilles, de fleurs à ligules jaunes et de bractées membraneuses translucides. Cette endémique du Maroc pousse sur des terrains secs à partir de 1.700 mètres d’altitude.

Sur le même terrain, la Jurinée ou Serratule naine (Jurinea humilis) est une plante vivace à souche courte, que l’on trouve à ras du sol. Ce qui semble être une fleur unique de couleur purpurine est en fait un ensemble de petites fleurs serrées sur un réceptacle commun.

L’Inule des montagnes (Inula montana), également vivace, s’écarte un peu du sol grâce à une tige dressée sur laquelle s’accrochent quelques feuilles blanches soyeuses. Au sommet de la tige un gros capitule dont les fleurs jaune-orangé s’arrangent sur deux rangs : les fleurs externes ont de longues languettes glabres (ligule) quant aux internes elles s’enroulent en petits tubes.

 

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Quand on est un parfait néophyte en botanique, les fleurs à pétales blanches et au cœur jaune semblent toutes les mêmes ! Mais en y regardant de plus près, parfois même de très près, on distingue pourtant de nettes différences… Ainsi, l’Anthémis pédonculée ou Fausse camomille (Antemis pedunculata) a tout d’une marguerite : ligules blanches et cœur de fleurs jaunes en tubes. En revanche, ses tiges sont ramifiées et ses feuilles sont découpées en fines lanières.

De la même famille (Astéracées), le Rhodanthème catananche (Rhodanthenum ou Leucanthemum catananche) est une espèce endémique du Maroc. Les Anglais la nomment Moroccodaisy (litt. Marguerite du Maroc). Elle forme des petites touffes denses et étalées, légèrement bombées. Les fleurs centrales, également jaunes et tubulaires, sont entourées de ligules blanc crème à base pourpre, plus rosées à l’extérieur.

La « marguerite de l’Atlas », Anacycle pyrèthre ou Pyrèthre de l’Atlas (Anacyclus pyrethrum) s’étale au bord des chemins ou sur un rocher grâce à sa tige couchée sur le sol. Le revers des ligules est barré d’une languette rose. Cette plante a des propriétés insecticides. Cette espèce est une rudérale, plante liée à la présence des hommes et des animaux.

 

Dans la montée vers le plateau, sur le même terrain pierreux et aride, une plante s’enroule sur elle-même pour former une boule de feuilles. C’est un phénomène d’adaptation à son environnement inhabituel pour le Plantain corne-de-cerf (Plantago coronopus) ! Finalement reconnaissable à la forme de ses feuilles divisées comme les bois d’un cerf et à son inflorescence en épi simple, il s’agit également d’une espèce rudérale.

L’Hélianthème safrané (Helianthemum croceum) abonde dans les pelouses sèches et rocailleuses. Cette « fleur du soleil » s’oriente en direction du soleil, tout comme les tournesols. Elle a cinq pétales jaunes froissées, un style saillant émergeant au centre de nombreuses étamines.

Ralph parmi les Catananches gazonnantes

Ralph parmi les Catananches gazonnantes

Après cette légère ascension, nous atteignons le col surplombant la station et apprécions le trajet parcouru depuis le refuge du Club alpin français. Avant de poursuivre notre chemin, nous nous installons parmi les Catananches gazonnantes (Catananche caespitosa) pour une première pause.

XÉROPHYTES ÉPINEUSES EN COUSSINET

Sur le plateau, à partir de 2.500 mètres, seules des formes basses résistent à un climat particulièrement rude : trop froid l’hiver, trop sec l’été, trop de vent, pas de sol. Ce sont des xérophytes épineuses, généralement en coussinet qui recouvrent des pentes entières. La forme hémisphérique du buisson permet de créer un microclimat à l’intérieur, mois froid en hiver, moins sec en été, avec de moindres variations de températures et d’humidité au cours de la journée.

Le Cytise jaune (Cytisus balansae ou purgans) est une endémique du Maroc et d’Algérie. Un des premiers xérophytes à fleurir, ses petites feuilles pointues à trois folioles disparaissent et c’est alors la tige verte et acérée qui assure la fonction chlorophylienne.

Également endémique du Maroc, l’Astragale piquante (Astragalus ibrahimianus) forme des tapis épineux. Ce sont les feuilles composées, à sessiles poilues, qui se terminent en pointe acérée.

Autre plante coussin, l’Alysson épineux (Alyssum spinosum ou Hormathophylla spinosa) forme des petits buissons à rameaux intriqués et épineux, composant des touffes. Ce sont les rameaux des années précédentes qui forment les épines. Les feuilles sont petites et oblongues, blanc argenté et les fleurs blanches à quatre pétales en croix ont six étamines.

Orpin à feuilles épaisses

Orpin à feuilles épaisses

Coincée entre un rocher et un cytise jaune, une plante grasse à fleurs délicates tente une percée. L’Orpin à feuilles épaisses (Sedum dasyphyllum) apprécie particulièrement les endroits ombragés. Typiques des Crassulacées, les feuilles sont épaisses et serrées : les tissus sont gonflés de substances liquides et assurent le rôle de réserve. Les fleurs blanches, de petite taille, portent cinq pétales et dix étamines.

ÉTAGE DU GENÉVRIER THURIFÈRE

Nous passons de l’autre côté du col pour longer la falaise et rejoindre l’étage du Genévrier thurifère (Juniperus thurifera). Un beau tapis argenté ondule sous le vent : ce sont des Stipes brillants (Stipa nitens) aux longues arêtes plumeuses qui poussent en abondance dans les rocailles montagneuses.

La vue est magnifique et surplombe une vallée dont les pentes sont recouvertes de genévriers en piqueté. Nous empruntons un chemin un peu scabreux pour rejoindre la nouvelle table d’orientation près de l’antenne TV. Mais il nous permet d’observer une végétation particulière faite de quelques arbustes à feuilles caduques.

FALAISES ET ROCHERS

À l’ombre d’un gros rocher, le Daphné purgatif ou Laurier des bois (Daphne laureola) présente des feuilles oblongues, vernissées. Il est considéré comme toxique. Quelques mètres plus loin, la falaise accouche d’un Nerprun des Alpes (Rhamnus alpina). Émergeant d’une fissure, cet arbuste tortueux porte de grandes feuilles vert vif, ovales et nervurées sur la face inférieure.

À ras du sol, une plante discrète étale ses tiges rampantes. Les Marocains l’appellent « el hidoura » pour sa similitude avec une peau de mouton de prière. En effet, la Paronique argentée (Paronichia argentea) brille par ses bractées lactescentes cachant le centre de fleurs minuscules.

Le Carthame penné (Carthamus pinnatus) s’apparente à une sorte de chardon. Un gros capitule de fleurs violettes repose au centre d’une rosette étoilée faite de feuilles à bord épineux. Mais le capitule du Chardon à grosse tête (Carduus nutans macrocephalus), comme son nom l’indique, est bien plus remarquable par sa taille et par ses bractées pointues.

La promenade progresse jusqu’à l’ancienne table d’orientation. De là, on aperçoit un bel exemplaire d’Alisier blanc (Sorbus aria) qui se détache de la falaise. Après plus de quatre heures de marche, ponctuées de nombreux arrêts, nous nous posons enfin pour le pique-nique.

VERS LES GRAVURES RUPESTRES

Rassasiés et reposées, nous redescendons vers la station et traversons le barrage pour rejoindre un vallon à pelouse sèche. Au-delà d’un petit relief de grès rouge, coexistent plusieurs espèces : la Mauve de Tournefort (Malva tournefortiana), aux feuilles finement découpées. Cousine de l’Hibiscus, elle a, comme lui, ses nombreuses étamines soudées en tube autour du style. L’Œillet de Lusitanie (Dianthus lusitanius), endémique du Maroc, diffère de l’Œillet sylvestre, observé en début de promenade, par un calice plus étroit et des pétales plus fins et frangés aux extrémités. La Phalangère à fleurs de lis (Anthericum liliago) comporte une haute hampe florale portant en grappes de belles fleurs blanches à six étamines et six tépales.

Au pied des gravures rupestre, représentant probablement des éléphants, pousse en abondance la Passerage drave (Lepidium draba). Cette plante invasive porte une inflorescence fournie de fleurs à quatre pétales en croix au sommet d’une haute tige. Également plante de grande taille à fleurs blanches, l’Achillée de Ligurie (Achillea ligustica), aux feuilles finement découpées, se termine en inflorescences en corymbes.

A l’issue de cette belle randonnée riche en découvertes, nous rejoignons la route pour retrouver les voitures et rentrer sur Marrakech.

©photo Isabelle Six

BIBLIOGRAPHIE

  • Marie Coste-el Omari, A la découverte de la flore de l’Oukaïmeden, Ed. Sarrazines, 2017
  • Abderrahman AAFI, Mohamed Sghir TALEB & Mohamed FECHTAL, Espèces remarquables de la flore du Maroc, Rabat, 2002
  • http://www.tela-botanica.org : Le réseau des botanistes francophones
  • http://www.teline.fr : Biodiversité végétale du sud-ouest marocain
  • http://www.atlasbota.com : Les belles fleurs de l’Atlas marocain

 

 

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