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> Le Musée du Parfum de Marrakech

28 mars 2017

Un art de vivre au Maroc

Un parfum est un concentré d’émotion, de rêves, d’amour et de partage – Abderrazzak Benchaâbane

Le parfum est un art de vivre au Maroc. Il accompagne toutes les étapes et tous les rites du passage de la vie des Marocains. Et c’est en toute logique que le nouveau musée consacré à l’art du parfum, de l’aromathérapie et du bien-être a ouvert ses portes à Marrakech dans ce qui n’était autre que le Musée de l’Art de vivre ! Sis à deux pas de la fontaine Chrob ou Chouf et de la Bab Taghzout, le musée occupe un ancien riad du XIXème siècle. Son fondateur, Abderrazzak Benchaâbane figure incontournable à Marrakech (ethno-botaniste, il est professeur à l’Université Cadi Ayyad et a œuvré à la restauration du jardin Majorelle), est lui-même créateur de parfums et son « Soir de Marrakech » figure dans l’osmothèque de Versailles, premier conservatoire de parfums de l’histoire.

Le parfum reste la forme la plus tenace du souvenir – Marcel Proust

Toute personne à la découverte du Maroc, et de Marrakech en particulier, ne reste pas indifférente aux multiples senteurs qui émanent de sa médina, de ses souks, de ses jardins. Ces odeurs s’impriment irrémédiablement dans le souvenir qu’elle ramène de son voyage. Les épices et les herbes aromatique exposées sur les étals des herboristes, les effluves des fleurs d’oranger à l’aube du printemps, l’encens qui émane des mosquées, l’odeur du pain qui sort du four collectif du quartier, ou encore le fumet du bois brûlé lorsque l’on passe devant la porte ouverte du « ferrân », toutes ces senteurs participent à l’image olfactive de Marrakech.

Le patio du Musée du Parfum – photo I. Six

Aux origines du parfum

Si le mot parfum vient du latin per fumum (par la fumée), c’est que, bien avant la mise en œuvre des techniques de parfumerie modernes, les premiers parfums sont obtenus par fumigation, en brûlant du bois, des résines ou des mélanges plus complexes. L’homme a toujours été exposé à des odeurs et c’est probablement autour du feu, en y jetant des herbes, des feuilles, des branches de telle ou telle espèce végétale, qu’il découvre sa capacité à générer de nouveaux parfums.

Tombe de Nébamon, vers 1350 A.C., British Museum

L’usage du parfum, contemporain de la création des premières villes, est alors essentiellement à but religieux, pour communiquer avec les dieux ou permettre aux morts de rejoindre le monde de l’au-delà. Et c’est dans l’Antiquité qu’il prend naissance, lorsque Égyptiens et Grecs brûlent des essences aromatiques (baumes, plantes et résines) en l’honneur des divinités. Certains de ces onguents sont également appliqués par les prêtres sur les statues sacrées. Les offrandes et les respirations de parfums illustrent la volonté des hommes de se rapprocher de l’univers divin, mais aussi d’améliorer le cadre de vie domestique en vivant comme les dieux dans une ambiance parfumée. Le parfum entre dans la sphère spirituelle lorsque l’embaumement des morts est pratiqué à l’occasion des rites funéraires. Cette pratique post mortem nécessite des quantités importantes de myrrhe, de divers onguents et d’huiles parfumées. Du sacré le parfum passe au profane et s’initie progressivement à la beauté et à la séduction grâce à Cléopâtre qui l’utilise en onguents ou en bains parfumés. Avant l’apparition du principe de la distillation, au début de notre ère, les principes actifs étaient extraits par des matières grasses. Le baume se plaçait au sommet de la tête et s’écoulait sur les cheveux, comme en atteste la lecture de peintures murales dans les tombes égyptiennes.

La Bible, dans plusieurs passages de l’Exode, parle également du parfum et le situe clairement dans la sphère du sacré :

30. « Tu verseras de l’huile sur Aaron et ses fils, et tu les consacreras ainsi pour qu’ils soient à mon service en tant que prêtres. »

33. « Toute personne qui fera un mélange semblable ou mettra de cette huile sur une personne étrangère à la fonction de prêtre sera exclue de son peuple.»

L’arbre à encens du Musée du Parfum – photo I. Six

Grâce à la domestication du dromadaire et au développement du commerce des matières premières venues d’Orient, l’art de la parfumerie s’enrichit. Ainsi, l’arbre à encens du Musée du Parfum fait voyager le visiteur de l’Arabie heureuse aux confins de la Somalie. A l’origine, le véritable encens provenait du Boswelia sacra (Arbre à encens) dont on incisait le tronc pour faire couler la sève laiteuse qui se coagulait au contact de l’air. Par extension, l’encens à brûler est une résine produite par plusieurs espèces végétales à encens comme la myrrhe, le benjoin, le bois d’Aloès….

 

Sept salles pour sept thématiques

Réparties sur deux étages, les sept salles du Musée du Parfum sont chacune dédiées à un thème bien précis :

Le bar à parfum

La pyramide olfactive – http://www.ojade.ch

L’originalité du musée réside en grande partie dans ce salon-atelier. Des soliflores préparés à partir de fragrances naturelles du Maroc et d’Orient permettent de construire une pyramide olfactive. Les notes de tête, volatiles et senties en premier lieu lors de la découverte du parfum, sont fraîches, toniques et aromatiques. Ce sont par exemple les notes d’agrumes (hespéridés). Lorsque les notes de tête s’atténuent, se révèlent alors les notes de cœur. Plus affirmées et fleuries, elles peuvent durer quelques heures et véhiculent l’identité et la puissance d’un parfum (jasmin, fleur d’oranger, violette, rose…). Enfin, les notes de fond, à l’odeur persistante, sont peu volatiles et servent de fixateur aux notes de tête et de cœur. Ses composants olfactifs très lourds (patchouli, santal…) permettent au parfum de durer plus longtemps. Ce principe établi, le visiteur peut commencer à créer son parfum personnalisé, sous l’égide et les conseils d’un animateur.

Soliflores du bar à parfums – photo I. Six

 La salle du hammam

Plus qu’un art de vivre, le hammam au Maroc est un véritable phénomène social. Alors que dans les maisons qui ne disposent pas encore d’adjonction d’eau, le hammam reste le seul endroit où se laver, l’arrivée de l’eau courante dans les villes n’a pas fait disparaître cette habitude. Il s’adresse à toutes les catégories de la société. Les femmes s’enduisent les cheveux de ghassoul (mélange d’argile, de roses séchées, d’herbes, de lavande) et de henné. Les différents accessoires du bain sont présentés dans cette salle : savon noir, khessa (gant de gommage), pierre ponce en terre cuite, diverses coupelles pour les ablutions…

La salle des aromates et simples du Maroc

Cette salle s’ouvre sur un comptoir d’herboriste, avec sa balance de précision et ses multiples bocaux en faïence. Les simples ou « bonnes herbes », sont des plantes vivaces faciles en culture telles que la menthe, la mélisse, le thym, le romarin, la sauge, l’ortie… qui entre dans la pharmacopée marocaine mais aussi dans l’art culinaire ou dans la parfumerie.

Les aromates et herbes simples du Maroc – photo I. Six

Argan, huile de providence

La fabrication de l’huile d’argan – photo I. Six

Depuis toujours les femmes berbères ont utilisé l’huile d’argan comme cosmétique pour assouplir la peau et nourrir les cheveux. Ses vertus seraient dues à une exceptionnelle teneur en acides gras essentiels et en vitamine E. Arbre rustique et épineux, l’arganier vit en marge des déserts, en forêts clairsemées. Il semble qu’il soit endémique du Sud-Ouest marocain et qu’il pousse que dans une région très limitée qui irait d’Essaouira sur la côte atlantique, à Taroudant à l’est et jusqu’à Guelmim au sud. C’est du noyau concassé que l’on extrait des graines appelées amandons qui produiront le précieux nectar.

Parfum du Maroc, un art de vivre

Dans cette salle sombre, à l’ambiance feutrée et séparée par un épais rideau, sont présentés les sept parfums emblématiques du Maroc.

La fleur d’oranger, fleur de la virginité, donne naissance après distillation à une essence recherchée, le néroli. Cette huile est produite plus précisément à partir de la fleur du bigaradier ou oranger amer (Citrus aurantium var. amara), et l’eau obtenue lors de ce traitement n’est autre que la fameuse eau de fleur d’oranger.

Le jasmin dont le nom viendrait du persan « Yasmeen », est attesté en Méditerranée orientale dès l’Antiquité. Parmi plus de 200 espèces, le Jasminum grandiflorum, reste l’une des senteurs les plus utilisées en parfumerie. Sa fleur a un parfum unique, doux, floral, fruité et intense.

Fleurs de rose dans la salle de l’alambic – photo I. Six

La culture de la rose au Maroc est localisée dans la vallée du Dadès, à flanc de montagne. Elle couvre actuellement 1.000 ha qui se présentent sous forme de haies autour des parcelles agricoles. La Rosa Damascena, qui résiste au froid et à la sécheresse, aurait été introduite par des pèlerins de retour de la Mecque au X° siècle. Cultivée pour la consommation locale sous forme d’eau de rose mais également pour l’exportation et l’industrie du parfum, on en récolte trois à quatre mille tonnes par an, au cours d’une semaine qui se clôture par le moussem des Roses au mois de mai.

Deux variétés de menthe sont principalement utilisées en parfumerie : la menthe poivrée (mentha piperata), qui contient beaucoup de menthol et a une odeur aromatique très fraîche, montante, et la menthe verte (Mentha spicata) qui a une odeur plus végétale, herbale. Elles sont employées dans l’élaboration des fragrances fraîches et les senteurs masculines.

Le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica) se rencontre au Maroc en forêt denses sur les montagnes humides (Rif, Moyen Atlas et Haut Atlas oriental). C’est de l’écorce de bois réduit en copeaux que se distille l’huile essentielle du cèdre.

Le safran, l’or rouge, provient exclusivement de la fleur de crocus (Crocus sativus linnaeus). La fleur est récoltée aux premières lueurs du jour, afin que les pétales restent bien clos et protègent les précieux pistils. Puis les trois filaments rouges du safran (du persan za’farân) sont délicatement retirés lors de l’opération d’émondage et mis à sécher dans un environnement aéré. Quant à son utilisation dans la parfumerie, elle reste encore marginale. La matière première utilisée est le safranal, un composé organique, principal constituant responsable de l’arôme.

La verveine odorante (Aloysia citrodora) est communément appelée Verveine citronnelle ou Citronnelle. Les feuilles, récoltées lorsque la plante est en fleur, conservent un parfum de citron tenace. Cette plante connut un grand succès durant l’Angleterre victorienne, pour la création de pots-pourris. Au début du siècle, on la rencontrait en Inde, à la Martinique, à la Réunion et aussi, en Italie où elle se serait naturalisée, en Tunisie et en Algérie. En France, pour les besoins de la parfumerie, de la liquoristerie et de l’herboristerie, la Verveine odorante était cultivée dans les environs de Grasse, de Cannes, d’Antibes, de Nice. Elle est aujourd’hui répandue dans diverses régions tropicales et sub-tropicales (Chine, Kenya, etc.), dans les zones tempérées chaudes de l’Europe et de l’Afrique du nord (Maroc, Espagne, un peu le Midi de la France, etc.), au Kenya, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

 L’alambic, la magie de la distillation

Le procédé de la distillation – photo R. Six

De la cueillette à la conception du jus, la matière première va subir plusieurs traitements, la première étant l’obtention de l’essence de la plante ou du fruit.

L’outil utilisé est l’alambic probablement inventé entre le VIIIème et le Xème siècle. La distillation est applicable seulement aux produits ne se décomposant pas à la chaleur (lavande, citronnelle, géranium), et à la fabrication des eaux de fleurs. Ce procédé est fondé sur le principe de l’évaporation, puis de la condensation des liquides. Il repose sur la capacité de la vapeur d’eau à entraîner les huiles essentielles.

L’alambic de parfumerie moderne est composé de trois parties : le corps de l’alambic, une cuve ovale sur la partie supérieure de laquelle se fixe un chapiteau ou col de cygne, lui-même relié au réfrigérateur, cuve remplie d’eau froide dans laquelle se trouve un serpentin en métal.

Le produit à distiller (fleurs, herbes, feuilles, branches, racines, mousses…) est chargé dans la cuve, sur les plateaux perforés. L’eau du bain-marie, qui représente au minimum cinq fois le poids en eau des végétaux, est portée à ébullition. La vapeur, chargée des principes odorants contenus dans la plante, s’échappe par le col de cygne et passe alors dans le réfrigérateur, où l’essence se condense. Le mélange d’eau et d’huile essentielle ainsi obtenu est alors récupéré dans des essenciers, encore appelés vases florentins, dans lesquels les deux liquides se séparent naturellement par différence de densité. Les huiles essentielles sont recueillies à la surface pour être utilisées en parfumerie, tandis que les eaux parfumées de certaines essences (eau de rose, eau de fleur d’oranger…) sont réservées à d’autres usages.

L’orgue à parfums

Dans son roman « A rebours » paru en 1884, Joris-Karl Huysmans évoque la relation exceptionnelle de son personnage, des Esseintes, avec le parfum. Il imagine dans ce roman l’orgue à parfums, repris ensuite par Boris Vian dans « L’Ecume des jours » (1947) pour son piano à cocktail. Ce meuble, dont les laboratoires se sont appropriés l’idée et qu’ils ont fait fabriquer par les ébénistes, est destiné à ranger en demi-cercle l’essentiel des flacons de matières premières utilisés par le parfumeur. Il trouve ainsi à portée de main, essences de fleurs absolues, essences de plantes aromatiques, résines, baumes et extraits.

L’orgue à parfums – photo I. Six

Un musée pédagogique

Le Musée du Parfum est un concept interactif et offre au visiteur, outre les expositions, la possibilité de créer en une demi-heure son eau de toilette au bar à parfum ou son huile hydratante ou de massage au bar à huiles. Ainsi le visiteur n’est plus un simple découvreur du musée et de ses collections mais un acteur actif qui peut vivre une expérience olfactive unique.

Le musée s’adresse également à un public jeune puisqu’il met en place une programmation pédagogique destiné aux écoles défavorisées ou éloignées de Marrakech. Des orgues à parfum portatifs initieront les enfants à l’art du parfum, susciteront un éveil olfactif et, peut-être, des vocations.

Des événements pluriannuels ponctueront les activités du musée : distillation de la fleur d’oranger, récolte des roses…

Abderrazzak Benchaâbane et son bar à parfum – photo I Six

 Texte : Isabelle Six

Renseignements pratiques

Musée du Parfum de Marrakech

2 derb Cherif (Diour Saboun), 40000 Marrakech

Ouvert de 9.00 à 17.30

http://www.benchaabane.com/lemuseeduparfum/

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