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> Un oiseau dans la ville (1)

19 janvier 2017

MARRAKECH ET SES CIGOGNES

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Cigognes blanches en migration à l’embouchure de l’oued Sous (novembre 2008) – photo I. Six

Oiseau peu farouche envers l’homme, la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) est un des grands échassiers les plus faciles à observer. Très grand oiseau (100-115cm/175-195 cm d’envergure) de la famille des Ciconiidae, la cigogne est facilement reconnaissable à ses pattes et à son bec, longs et rouges. Le corps de l’oiseau est entièrement blanc et contraste avec ses rémiges noires. Cependant, le blanc de ses plumes est rarement pur et présente un aspect un peu sale où prédomine souvent une teinte rousse ou rouille.

Au Maroc, la Cigogne blanche est omniprésente dans presque toutes les régions du pays. Sa grande adaptabilité aux paysages modifiés par l’homme est aussi une des raisons de sa multiplication récente. En effet, comme partout où on la trouve, y compris dans une grande partie de l’Europe et de l’Asie centrale, sa population a souffert d’une chasse qui n’a commencé à baisser que depuis la moitié du siècle dernier. Un grand nombre s’est malgré tout maintenu depuis, en partie grâce à des mesures de protection drastiques et au changement dans l’utilisation des pesticides.

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Nid de cigogne au sommet d’une kasbah, vallée du Mgoun – photo R. Six

Nicheur fréquent au Maroc, la Cigogne blanche réside dans de nombreuses grandes villes. Elle s’installe alors sur son lieu de nidification généralement très tôt, avec le retour des pluies (de mi-novembre à début décembre). Lors des passages migratoires, de mi-juillet à septembre et de janvier à mars, quelque 30.000 migrateurs européens adultes envahissent le Maroc. Victimes de sécheresse de plus en plus nombreuses qu’engendre le changement climatique, certains s’y posent même pour y passer l’hiver, avortant une migration censée se prolonger jusqu’en Afrique de l’Ouest, Mauritanie et Sénégal. Ainsi, aux cigognes banches marocaines résidentes s’ajoutent ces cigognes blanches européennes migratrices.

Les cigognes sont reconnaissables à leur vol plané et il est fréquent d’observer au-dessus de Marrakech de grands groupes d’individus planant et dessinant des cercles de plus en plus larges. Comme tous les oiseaux planeurs, elles utilisent les courants chauds pour les soutenir sur de longues distances et épargner leur force.

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Une cigogne pointe le bout de son bec au sommet de Bab Agnaou, Marrakech – photo I. Six

La Cigogne blanche élit généralement domicile sur les minarets des mosquées, sur les toits des maisons ou des kasbahs, au sommet de murailles en ruine ou sur d’autres promontoires élevés mieux adaptés au monde moderne tels que relais de GSM. D’une année à l’autre les nids sont réutilisés, améliorés, agrandis et peuvent atteindre des proportions énormes, allant jusqu’à 2 mètres d’envergures pour plusieurs centaines de kilos.

Si la Cigogne blanche, à  l’instar d’autres espèces, s’adapte si bien à la vie urbaine, c’est qu’elle n’exige pas un régime alimentaire spécialisé et devient de plus en plus opportuniste. Il n’est pas rare d’observer, à la sortie de Marrakech par exemple, de grands rassemblements de cigognes sur les terrains vagues où prolifèrent des petits rongeurs. Elles trouvent de quoi s’alimenter dans les cultures proches des zones humides mais aussi, et parfois à leur détriment, dans les décharges à ciel ouvert des villes et des villages.

Sa tolérance à l’égard des nuisances sonores et de la pollution et, d’une manière générale, sa bonne capacité d’adaptation à l’homme qui la respecte, sont autant de facteurs favorisant son installation en milieu urbain.

La croyance populaire marocaine lui accorde une place importante dans ses récits où elle confère la bonne fortune. Selon la légende, la cigogne serait un imam, homme saint, habillé de deux burnous, l’un noir et l’autre blanc. Un jour en plein Sahara, l’imam manqua d’eau nécessaire à ses ablutions et pour ne pas manquer la prière, il commit le grave péché d’utiliser du petit lait, béni parce que rare en ces lieux désertiques, pour faire sa toilette. Le Tout Puissant le métamorphosa en cet oiseau paisible et l’expédia au Maroc pour expier son péché.

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Logo de Dar Bellarj, Marrakech

Anciennement, sa rareté en hiver et son retour massif en été avaient donné naissance à la croyance que les cigognes partaient, comme les fidèles, faire leur pèlerinage à la Mecque. Arrivé les beaux jours, leur retour les présentait comme porteuses de bonnes nouvelles et de chance, messagères de la bénédiction divine (baraka), la grâce baignant les maisons sur lesquelles elles construisaient leur nid.

Dans la médina de Marrakech, à l’emplacement actuel de la Fondation pour la culture au Maroc, se trouvait un fondouk abritant le dernier hôpital pour oiseaux d’Afrique du Nord. Un vieux sage prodiguait des soins aux cigognes blessées. En souvenir de cette belle initiative, la fondation porte encore actuellement le nom de Dar Bellarj (maison des cigognes) et son logo reprend une tête de l’oiseau stylisée.

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Les cigognes du Palais Badia, Marrakech – photo I. Six

Dans la « ville ocre », elles sont indissociables des murailles du Palais Badia. Du haut de la terrasse d’un café, les observateurs peuvent partager l’intimité du nid et assister à un concert de claquements de bec typiques et spectaculaires. Quelques centaines de mètres plus loin, près des tombeaux saadiens, le café Nid d’cigognes surplombe la rue de la Kasbah et offre, là encore, un spectacle intéressant. J’ai pu assister au déménagement du nid depuis le sommet d’un mur menaçant ruines vers un pylône électrique, plus stable et apparemment plus solide. La cigogne transportait dans son bec des éléments de toutes sortes (branches, morceaux de tissus, planchettes…) en effectuant à chaque trajet un vol circulaire sur quelques mètres, tel un avion cherchant à atterrir.

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Cigogne déplaçant les branchages, bouts de tissu… de son nid- photo I. Six

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La ville et la proximité avec l’être humain offrent indéniablement une série d’avantages aux oiseaux qui « s’urbanisent » de plus en plus au prix d’une adaptation de leur comportement alimentaire et de leur comportement reproducteur. Cette adaptation n’est pourtant pas toujours sans danger pour les Cigognes blanches. L’opportunisme de leur régime alimentaire les entraîne à ingérer toutes sortes de déchets, pouvant provoquer leur mort. Les pylônes électriques, quelquefois utilisés comme support de leur nid, constituent des sites de guet très efficaces et préservent leurs petits des prédateurs. Mais ils ne sont pas conçus pour les oiseaux et risquent  d’être démantelés ou déplacés à tout moment. Les fientes d’oiseaux peuvent provoquer des courts-circuits et, plus grave encore, le champ électromagnétique émis par les lignes de tension pourrait avec des conséquences négatives sur le succès de leur reproduction.

Milieu appauvri, la ville reste un lieu de contraintes pour de nombreuses espèces qui s’y installent. A l’humain de faire en sorte que la cohabitation se passe dans les meilleures conditions pour les deux parties.

I. Six

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Groupes de Cigognes blanches en halte migratoire sur le lac Iriki, sud du Maroc – photo I. Six

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