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> Legzira et ses arches de grès rouge… moins une !

24 septembre 2016
La plage de Legzira - photo R. Six

La plage de Legzira – photo R. Six

Située à 150 km au sud d’Agadir et à 11 kilomètres au nord de Sidi Ifni, la plage de Legzira est considérée comme un des plus beaux sites du Maroc. Elle figure même sur une liste des 40 plus belles plages du monde. En tout cas, jusqu’à ce qu’une de ses arches, constamment attaquées par la mer et ses tempêtes, ne soit réduite à néant … La nouvelle est tombée hier, 23 septembre 2016, et s’est répandue sur les réseaux sociaux suite à une communication du site Ifnipress et à des photos montrant un amas de pierres, seul vestige désormais de ce monument naturel.

Ce qu'il reste de la belle arche - photo Ifnipress

Ce qu’il reste de la belle arche – photo Ifnipress

Cependant aucune explication quant à la raison de cet effondrement n’a été formulée par les autorités, à tel point que certains ont cru à un canular. Pourtant, il semblerait que ce soit bien réel, le désastre a été confirmé par des témoins oculaires. Les phénomènes géologiques perdurent à travers les millénaires et la transformation de la falaise au cours du temps en un paysage étrange et séduisant par sa forme et sa couleur en témoigne. C’est très probablement l’érosion qui a été fatale à la belle arche de granite rouge qui enjambait une partie de la plage dans sa partie sud. En mars, les signes du début d’une inexorable dégradation étaient déjà manifestes. Des habitants de la région affirment que l’arche s’était partiellement écroulée et qu’elle laissait voir des fissures ouvertes sur chacune de ses faces. Fort heureusement aucune perte humaine n’est à déplorer. Il faut savoir que la plage de Legzira est très populaire auprès des touristes nationaux et étrangers qui y affluent durant l’été. Le mois passé encore, nous y étions et tout semblait normal, en surface…

Comment expliquer cette « fragilité » relative d’un tel colosse rocheux ?

On l’aura compris, Legzira est très intéressant en termes de géologie. En effet, on peut observer des affleurements spectaculaires de grès rouges (Crétacé inférieur continental) transgressifs sur du granite (Précambrien).

Grès rouge et granite, affleurements transgressifs, qu’est-ce donc que cela ?

Le grès rouge de la falaise bordant la plage de Legzira - photo R. Six

Le grès rouge de la falaise bordant la plage de Legzira – photo R. Six

Le grès, roche sédimentaire très commune, est une roche composée de grains de sable consolidés par un ciment. Ces grains de sable sont toujours majoritairement ou uniquement des grains de quartz dont le diamètre ne dépasse pas 2mm. Ils peuvent aussi contenir des petits éléments calcaires comme, par exemple, des débris de coquilles. Les affleurements de grès reflètent toujours l’orientation des strates. Plates, elles se transforment en falaise sous l’effet de l’érosion. Dans les déserts ou sur les plages, sous l’effet du vent qui en ravine les flancs et de l’érosion chimique, le processus d’altération finit par creuser dans les falaises de grès des arches spectaculaires ou des grottes peu profondes (comme à Legzira). Le sable étant un matériau qui a tendance à s’accumuler aussi bien dans les rivières que sur les plages, dans les lacs, les fonds marins et le désert comme le Sahara, il  n’est pas étonnant de retrouver du grès un peu partout à la surface de la terre.

Pourquoi ce grès est-il rouge ?

A l’époque de la formation de ces roches, un climat chaud et humide règne sur la région d’Ifni. Il produit une intense altération des roches par l’eau, allant jusqu’à la formation de dépôts d’oxydes et d’hydroxydes de fer insolubles (ayant donc tendance à se déposer et à se concentrer), qui se mélangent à des minéraux argileux. C’est la présence d’hématite, un oxyde de fer présent dans le ciment qui soude les grains de quartz qui donne à ce grès sa couleur rouge.

250Ces grès résultent au départ d’une transgression marine, c’est-à-dire d’une avancée de la mer sur le continent, datée, dans cette partie de l’Afrique, du crétacé inférieur (-100 à -150 millions d’années). Tandis que la mer avance sur le continent, des galets se déposent le long du rivage, mais par suite du déplacement de celui-ci, ils sont bientôt recouverts par du sable, lui-même recouvert par de la vase. Au fil des millénaires la diagénèse, un ensemble de phénomènes physico-chimiques et biochimiques, transformera ces sédiments en roches sédimentaires.
A Legzira, les stratifications obliques, la géométrie lenticulaire des couches de conglomérats et la rubéfaction (coloration en rouge par les oxydes de fer) indiquent que l’on a affaire à des dépôts continentaux de plaine fluviatile proche de reliefs importants (avec des conglomérats à galets peu arrondis).
Ces roches sont donc le résultat de la consolidation de sédiments détritiques arrachés par l’érosion à l’Anti-Atlas, et transportés vers l’océan par des fleuves.

A la pointe nord de la plage, on remarque que les grès reposent sur un socle granitique qui n’est autre qu’un
affleurement du socle précambrien. C’est au précambrien, il y a près de 4 milliards d’années, qu’apparaît la vie sur terre et que se forment les premiers éléments de la croûte continentale africaine.
La plage de Legzira est un exemple de ce que l’on nomme une « boutonnière », c’est à dire une dépression creusée par l’érosion qui permet de découvrir des couches géologiques anciennes. On peut y observer dans un même lieu les couches continentales du crétacé inférieur et le granite tardi-panafricain du précambrien.

La belle arche avant son effondrement - photo R. Six

La belle arche avant son effondrement – photo R. Six

La belle arche, à la cheville fine et élégante, n’a pas résisté aux effets du temps et de l’érosion. Il reste toutefois une seconde arche sur cette plage de Legzira, plus massive et moins photogénique mais tout aussi intéressante du point de vue géologique…

I. Six

Ouvrages et articles consultés:

  • « Sidi Ifni: L’arche principale de la belle plage de Legzira s’est effondrée », par Omar Sara, in Tel Quel, 24 septembre 2016.
  • Une des arches de Legzira s’est effondrée, in Huffpost Maghreb.com, 24 septembre 2016.
  • Les arches de Legzira, http://www.geocaching.com
  • « Anti-Atlas occidental et provinces sahariennes », vol. 6 des Nouveaux guides géologiques et miniers du Maroc, par Ec-Cherki Rjimati, André Michard et Omar Saddiqi, Rabat, éd. du Service géologique du Maroc, 2011.
  • Sur les sentiers de la géologie, par Alain Foucault, Paris, Dunod, 2011.
  • Guide pratique des roches & minéraux, par Arthur B. Busbey III, Robert R. Coenraads, Paul Willis, David Roots, Sélection du Reader’s Digest, 1997.

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