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> Marrakech, ville de culture ?

18 juin 2016

Giacomo Bufarini RUN. MB6 Street Art, Palais Bahia – photo I. Six

OUI ! MAIS GRÂCE AUX INITIATIVES PRIVÉES…

Marrakech se place de plus en plus en ville culturelle grâce, notamment, à sa biennale d’art, son festival international du cinéma ou à son tout récent festival du livre. Et si certains ne voient en la ville ocre qu’une destination de jet-setteurs, de golfeurs ou encore un immense souk aux arnaques, les musées, jardins et autres lieux de culture qui ont ouvert leurs portes ces derniers mois à Marrakech sont là pour les démentir. En effet, de plus en plus de privés investissent dans le bâtiment ou restaurent de vieux murs de la médina pour y développer des projets culturels en lien avec le patrimoine marrakchi. Cette valorisation culturelle de Marrakech par des étrangers (ou non) ne date pas d’hier.

Ancien atelier du peintre dans le Jardin Majorelle (photo I. Six)

Ancien atelier du peintre dans le Jardin Majorelle – photo I. Six

Les premiers musées privés à Marrakech voient le jour avec le fameux Jardin Majorelle, racheté dans les années 1980 par Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent, alors qu’il sombrait dans l’oubli après la mort du peintre en 1962.

Passionné par la culture rurale du Maroc, Bert Flint, professeur hollandais d’histoire de l’art, crée en 1996 le Musée Tiskiwin dans lequel il montre les liens qui unissent ce pays au monde saharien et au continent africain.

En 2009, Hamid Mergani et Patric Mana’ch ouvre la Maison de la Photographie. Elle se veut un véritable centre d’archives du Maroc. A travers sa collection de photographies, plaques de verre, cartes postales, journaux, cartes, documentaires, le musée montre l’extraordinaire diversité du Maroc depuis les débuts de la photographie (1879) jusqu’aux années 1960. (voir notre article ici)

Musée de l'Art de Vivre à Marrakech (photo I. Six)

Musée de l’Art de Vivre à Marrakech – photo I. Six

En 2010, Abderrazzak Benchaâbane implante le Musée de l’Art de Vivre dans un riad du 19e siècle situé au cœur de la Médina de Marrakech. L’année suivante, le même Benchaâbane concilie sa passion pour l’art et la nature en un même lieu et fonde le Musée de la Palmeraie – Art contemporain et nature. (voir notre article ici)

Et les initiatives se succèdent : le Musée Berbère, inauguré en 2011 à l’initiative de la Fondation Pierre Bergé dans l’ancien atelier de Jacques Majorelle, présente un panorama de la créativité de ce peuple le plus ancien de l’Afrique du Nord ; le Musée des Bijoux Nawahi, à la muséographie audacieuse, ouvre ses portes en 2013 et rassemble des bijoux de différentes régions du Maroc issus de collections privées, ou encore le superbe Musée Boucharouite de Patrick de Maillart, hébergé dans une ancienne maison d’hôtes de type riad décorée dans le style art déco. (voir notre article ici)

Vitrines du Musée de Bijoux Nawahi

Vitrines du Musée de Bijoux Nawahi – photo I. Six

L’année 2016 s’avère particulièrement fructueuse culturellement pour Marrakech puisque cinq nouvelles structures privées voient le jour, que ce soit dans la médina (le Musée Mouassine et le Jardin Secret), la ville nouvelle du Guéliz (MACMA), la palmeraie (Musée Mathaf Farid Belkahia) ou encore à quelques kilomètres à la sortie de Marrakech (Jardin ANIMA).

Faut-il voir dans cet engouement du privé un renoncement de la part du pouvoir public ? En tout cas, le Ministère de la Culture avoue ne pas avoir les moyens ni les compétences et a décidé – avant de faire marche arrière –  de confier l’exploitation commerciale de quelques-uns de ses monuments à des opérateurs privés. En effet, voilà moins d’un an que le Ministère de la culture a lancé un appel d’offre pour la gestion de ses principaux monuments : Palais Badi, Palais de la Bahia et Tombeaux saadiens. Un dossier pour l’instant en attente mais qui donne bien la mesure de la situation du patrimoine marrakchi. Alors que la ville ne désemplit pas de touristes, que ses monuments sont visités jours après jours tout au long de l’année, ce patrimoine représente une manne financière non négligeable, mais les lieux se dégradent peu à peu, la muséologie y est obsolète et la stratégie marketing inexistante. Cela fait également plusieurs années que la fameuse Kouba almoravide, l’un des derniers vestiges de la présence almoravide dans la ville,  est fermée au public. La raison ? « Trop dangereux car en mauvais état » m’a-t-on répondu. Mais aucun chantier visible n’est en cours depuis sa fermeture qui remonte, de mémoire, à 2012.

Ne parlons pas du mausolée de Youssef Ibn Tachfine, le fondateur de Marrakech. Longtemps il s’est transformé, faute de protection, en gîte pour les clochards et en urinoir public. Finalement protégé et gardé, il reste mal indiqué et peu mis en valeur.

Faut-il vraiment s’inquiéter de l’avenir du patrimoine de Marrakech s’il devait basculer dans la sphère privée ? N’est-ce pas, au contraire, ce qu’il y a de mieux pour sa conservation, sa gestion, sa valorisation ? Reste à savoir pourquoi le Ministère hésite à prendre position sur ce dossier, quand sera réellement relancé le projet de la gestion déléguée au privé et qui sera ce gestionnaire …

NOUVEAUX LIEUX CULTURELS 2016

  • Musée Mouassine (janvier 2016)

Derb El Hammam, Rue Mouassine, Marrakech, Médina

Ouvert tlj : 9h30-19h / Prix : 30 DH

www.museedemouassine.com

La douiria du Musée Mouassine (photo I. Six)

La douiria du Musée Mouassine – photo I. Six

Au cœur du quartier saadien de la médina se trouve le musée de Mouassine. Acheté par Patrick Mana’ch et Hamid Mergani, qui gèrent également la Maison de la photographie, le musée a ouvert ses portes en janvier 2016 sous la houlette de Xavier Salmon, conservateur général du patrimoine au musée du Louvre à Paris. La maison et sa douiria, appartement de réception, ont été entièrement rénovés de 2012 à 2014 selon des techniques traditionnelles, un savoir-faire ancien et avec des matériaux traditionnels pour aboutir à une véritable symphonie de couleurs. Un cycle annuel d’expositions est organisé ainsi que des concerts chaque vendredi dans ce cadre exceptionnel.

  • Le Jardin secret – Musée en plein air (avril 2016)

Rue Mouassine 121, Marrakech, Médina

Ouvert : 10h30 – 17h30/18h30/19h30/20h00 (selon saison)

Prix : 50 DH / Tour : 30 DH

http://www.lejardinsecretmarrakech.com

Le jardin islamique dans Le Jardin secret (photo I. Six)

Le jardin islamique dans Le Jardin secret – photo I. Six

L’origine du Jardin secret remonte à l’époque saadienne mais il a été reconstruit au milieu du XIXe siècle par un influent caïd de l’Atlas et a été la demeure de plusieurs personnalités politiques de Marrakech. Ses jardins et ses édifices font partie de la tradition des palais arabo-andalous. Les espaces verts du Jardin Secret sont aujourd’hui répartis en jardin exotique, abritant des plantes provenant de différentes parties du monde, et en jardin islamique étroitement lié aux structures du riad.

  • Musée Mathaf Farid Belkahia (avril 2016)
L'atelier de Farid Belkahia

L’atelier de Farid Belkahia – photo I. Six

Dar Tounsi – Route de Fès

Ouvert : me-lu : 10-18h  Prix : 70 DH

www.fondationfaridbelkahia.com

Inauguré en avril 2016 à l’initiative de Rajae Benchemsi, l’épouse de l’artiste, le musée Farid Belkahia propose de maintenir le rayonnement des œuvres de Belkahia en maximisant leur visibilité et en encourageant la recherche sur leurs diverses influences et périodes marquantes. Ainsi, le musée s’articule autour des principales périodes de l’artiste : expressionnistes, cuivres, peaux et dessins. Le musée est situé au cœur de la palmeraie, au sein même d l’ancien atelier de l’artiste.

  • Le MACMA (Musée d’Art et de Culture de Marrakech)

61, rue Yougoslavie, Passage Ghandouri, Guéliz

Ouvert ma > sa : 10-19h, lu : 14-19h – Prix : 50 Dh

C’est le galeriste marocain Nabil El Mallouki qui est à l’initiative de ce musée d’art contemporain au coeur du Guéliz. Dans un espace moderne et lumineux,  une exposition avec un caractère narratif sera mise sur pied chaque année. Le musée possède sa propre collection qui sera alimentée, pour le montage des expositions, par des œuvres de collectionneurs, d’amateurs et de fondations.

  • Anima
Le Jardin Anima

Le Jardin Anima – photo I. Six

Route d’Ourika km 27

Ouvert : tlj : 9-17/18h (selon saison) – Prix : 120 Dh – navette gratuite

www.anima-garden.com

Créé par un artiste autrichien, André Heller, le jardin fantaisiste Anima se situe à 25 kilomètres de Marrakech, sur la route d’Ourika. Mise en scène botanique où art et nature se côtoient, Anima se veut un lieu de rencontres et de culture : un jardin, un café et 3 salles d’exposition.

À VENIR :

  • Le Musée Yves Saint-Laurent

Situé près du Jardin Majorelle, il ouvrira ses portes à l’automne 2017 et comprendra une salle d’exposition permanente présentant l’oeuvre d’Yves Saint-Laurent, une salle d’exposition temporaire, un auditorium, une bibliothèque de recherche et un café-restaurant.

 

I. Six

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