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> Boucharouite et Zindekh: un nouveau musée à Marrakech

15 avril 2014
- Le patio du Musée Boucharouite - (photo I. Six)

Le patio du Musée Boucharouite – photo I. Six

Le Musée Boucharouite mérite une visite à plus d’un titre. Magnifique petit riad décoré dans un style art déco, il est situé dans le quartier Aszbezt, calme et méconnu, à quelques mètres du marché berbère. Son propriétaire, Patrick de Maillart, collectionneur et amateur d’art premier, tombe sous le charme du Maroc en 2000 et ouvre une maison d’hôtes en médina. Initié à l’art du tapis, il découvre les tapis boucharouites et, depuis peu, les tapis zindekh, brodés sur sacs de riz synthétiques de récupération. Avec patience et passion, il n’a de cesse de récolter les plus belles pièces réalisées par des femmes anonymes, artistes sans le savoir. C’est ainsi qu’il constitue une collection unique, la « Collection Berbère », fruit d’une rigoureuse sélection, dont une infime partie est proposée aux cimaises du riad Dar Dallah. Ancienne maison d’hôtes, le riad a conservé l’essentiel du mobilier de son ancienne fonction. Au rez-de-chaussée, les fauteuils du petit salon vous ouvrent leurs bras, sous les portraits d’art populaire de Mohamed V. Les lits occupent toujours les anciennes chambres, une magnifique baignoire sabot sur pieds trône dans une des salles de bain, même le petit hammam a été conservé. Chaque pièce offre l’occasion d’accueillir sur ses murs les tapis boucharouites et zindekh, véritables œuvres d’art.

- Les portraits de Mohamed V - (phot I. Six)

Les portraits de Mohamed V – photo I. Six

- Tapis boucharouite dans l'ancienne salle de bain - (photo I. Six)

Tapis boucharouite dans l’ancienne salle de bain – photo I. Six

Boucharouite, zindekht ? Mais de quoi s’agit-il au juste ? Boucharouite veut dire bout de chiffon en berbère et désigne ces tapis que fabriquent des femmes, le plus souvent très modestes, à partir de tissus déchirés provenant de textiles de récupération.

Alors qu’il y a encore peu de temps, ces tapis n’intéressaient personne et que les marchands des souks ne les proposaient même pas, on les trouve actuellement un peu partout dans les médinas, de qualité esthétique très inégale. Aujourd’hui les collectionneurs et les galeries des grandes métropoles s’intéressent de plus en plus au phénomène.

Pratiquée dans le monde entier, cette technique consiste à découper de fines bandelettes de tissus et à les nouer une par une sur les trames horizontales du métier à tisser. Au Maroc, les tapis « bouts de chiffons » doivent leur apparition il y a une cinquantaine d’années à celle du prêt à porter dans les villages les plus reculés. Exclusivement créés par des femmes, ces tapis échappent aux codes et aux signes communautaires véhiculés par les tapis traditionnels, ce qui en fait des réalisations très personnelles et originales.

La récupération d’effets personnels ajoute à ces tapis une dimension particulière : celle de la transmission de fragments de vie des femmes qui les réalisent. Ces boucharouites sont de véritables instantanés familiaux : d’un coup d’œil, on y retrouve la chemise du grand-père décédé, les djellabas du mari, les dessous en tissus fins aux coloris passés de la jeune fille devenue femme ou la culotte courte de l’enfant aujourd’hui marié. Tout est trié par couleurs pour ensuite composer un tapis unique. La polychromie qui nait de ces lanières de tissus, la spontanéité des formes abstraites et des couleurs créent des œuvres non seulement décoratives mais réellement artistiques et bouleversantes.

- Tapis boucharouites - (photo I. Six-

Tapis boucharouites – photo I. Six

Même sans la reconnaissance de leur communauté, ils restent la fierté de ces femmes. Le contraste entre la pauvreté de la matière et la richesse de la composition ajoute une dimension étonnante à cet art populaire.

Le facteur «économique» – les cotonnades et les fibres synthétiques utilisées étant de loin bien meilleur marché que la laine – a très largement participé à la diffusion rapide des boucharouites à travers tout le pays tout en leur donnant une forte connotation de tapis du pauvre.

- Tapis zindekh - (photo I. Six)

Tapis zindekh – photo I. Six

Plus récemment – il y a quelques années – un nouveau type de tapis vient de faire son apparition sur le marché : le Zindekh. Sa particularité est d’être brodé sur une trame extrêmement économique : un sac en matière plastique de 50 kg de riz ou de farine. La broderie, libérée des contraintes du métier à tisser, offre aux femmes un champ encore plus vaste d’expression artistique que le tissage pour les boucharouites.

Ces tapis, boucharouites ou zindekh, d’une incroyable créativité, sont en grande majorité réalisés par des femmes d’un certain âge qui disposent de temps libre car déchargées des travaux difficiles au sein de la collectivité. Ils sont très vite devenus un vecteur d’émancipation passif pour ces femmes qui peuvent exprimer leurs émotions et leur vision du monde en toute liberté, avec le recul d’une vie bien remplie.

Interrogées sur leur inspiration, ces femmes répondent qu’elles se laissent porter par leur intuition et créent leur tapis de manière spontanée. Alors que ces tapis berbères n’ont pas été conçus pour être des œuvres d’art, il est troublant de s’apercevoir que le graphisme et le coloris de certains d’entre eux nous font immanquablement penser à quelques grands noms de l’art moderne tels Kandinsky, Klee, Mondrian, Rothko, de Staël, ou bien d’autres encore.

A l’instar des arts africains et des arts premiers, qui trouvent actuellement une place de choix dans le marché de l’art, les tapis boucharouites et zindekh suiveront probablement la même voie. Créés initialement dans un but utilitaire, cérémoniel ou symbolique, la statuette, le masque ou l’outil ne revêtent une valeur esthétique qu’accessoirement et se hissent véritablement au rang d’objet d’art selon les critères occidentaux pour perdre leur fonction première.

Dès lors qu’il est accroché au mur et encadré, le tapis boucharouite acquiert son statut d’œuvre d’art. Il l’est devenu à l’insu de sa créatrice.

- Tapis boucharouite - (photo I. Six)

Tapis boucharouite – photo I. Six

Le musée se veut dynamique et innovant. Il n’a ouvert ses portes que depuis un mois à peine, mais Patrick de Maillart a des idées plein la tête. Il souhaite drainer un public éclectique, local et étranger. L’accrochage ne sera pas statique, les activités seront nombreuses et variées. Juste un peu de patience. Une adresse à recommander.

I. Six

Musée Boucharouite

  • ouvert tous les jours (sauf dimanche) 9h30-18h00
  • Azbezt 107, derb El Cadi
  • en face de la mosquée Azbezt (très bien indiqué depuis le petit marché berbère)
  • museeboucharouite@gmail.com
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4 commentaires leave one →
  1. Salamone Philippe permalink
    18 avril 2014 1806 50

    Voilà une raison supplémentaire pour se rendre à Marrakech l’année prochaine . N’oubliez pas de nous envoyer un projet . Au plaisir de vous lire .
    Marie-Jeanne et Philippe

  2. 10 novembre 2014 1907 49

    C’est un vrai régal. A visiter à tout crin. A revisiter absolument. Les tapis-talbleaux vous régénèrent et l’ambiance du lieu également.
    Michèle Bérilhe Forde

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