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Marrakech Museum of Photography and Visual Arts (MMP+) : un nouveau musée à Marrakech

8 septembre 2013

Depuis le 6 septembre 2013, un des pavillons du Palais el-Badi accueille les œuvres de 10 photographes contemporains marocains. Cette exposition inaugure un plus vaste projet qui verra le jour en 2016 avec l’ouverture d’un musée entièrement dédié aux trois genres spécifiques de la photographie : mode & culture, photojournalisme, architecture & design.

"10 photographes contemporains marocains" au MMP+

« 10 photographes contemporains marocains » au MMP+ (Pavillon de l’Héliotrope du Palais el-Badi)

Le nouveau musée, appelé Marrakech Museum of Photography and Visual Arts (MMP+) occupera un bâtiment conçu par l’architecte britannique David Chipperfield (Londres, 1953), à proximité du Jardin de la Ménara. Figure majeure de la conception de bâtiments publics et culturels à travers l’Europe et les Etats-Unis, David Chipperfield s’est particulièrement illustré dans l’architecture muséale. Il opte pour un style moderniste fait de rigueur et de dépouillement : « Dans mes travaux, j’essaie de relier l’aspect traditionnel de l’architecture à l’inventivité ». On lui doit notamment le Figge Art Museum à Davenport (États-Unis, 2005) où prédomine un volume primaire orthogonal enveloppé de surfaces lisses opaques et transparentes. Le néo-classicisme austère du péristyle s’impose dans le Deutsches Literaturarchiv Marbach (Allemagne, 2006). Le minimalisme sculptural est également présent dans le Liangzhu Culture Museum en Chine (2007). Pour l’extension du musée d’Anchorage en Alaska (2009), il juxtapose cinq volumes en verre de dimensions différentes. Il est l’architecte retenu pour la reconstruction du Neues Museum de Berlin et il travaille actuellement sur le projet du Grand Musée au Boulingrin de Reims.

Le projet de Marrakech s’inscrit dans cette sobriété : un volume modulaire de 6.000 m² accueillant des galeries sur 5 niveaux, un bassin au centre d’un patio, un auditorium, un café, un bookshop, des espaces publics, et des salles pour ateliers éducatifs. Le tout sera financé par des investisseurs privés et diverses compagnies.

Vue extérieure du projet pour le MMP+

Vue extérieure du projet ©MMP+

Vue intérieure du projet pour le MMP+

Vue intérieure du projet ©MMP+

Le musée prévoit de lancer un programme de bourse en partenariat avec l’Université de l’Arizona, permettant aux étudiants marocains de suivre des cours de muséologie dans les institutions du monde entier. Pour l’heure, ses organisateurs ont aménagé un bel espace d’exposition temporaire dans le Pavillon de l’Héliotrope du Palais el- Badi, en plein cœur de la vieille ville de Marrakech. Les œuvres de « 10 photographes contemporains marocains » y sont exposées jusqu’au 25 octobre. Daoud Aoulad-Syad, Yto Barrada, Carolle Benitah, Hicham Benohoud, Yasmina Bouziane, Ali Chraïbi, Hicham Gardaf, Hassan Hajjaj, Lamia Naji et Leïla Sadel  inaugurent une saison qui s’annonce prometteuse puisque s’ensuivra au mois de novembre un accrochage consacré à l’Agence Magnum.

Hasard de la sélection ou choix délibéré, la parité homme femme est respectée.

Daoud Aoulad-Syad

Daoud Aoulad-Syad – 1. Fête foraine – 2. Imilchil – 3. L’homme au faucon – 4. Médina de Marrakech

Alors âgé de 22 ans, Daoud Aoulad-Syad (Marrakech, 1953) rencontre le photographe français Henri Cartier-Bresson qui reconnait en lui un talent indiscutable et lui conseille, alors qu’il était sur le point d’intégrer l’agence Magnum, de retourner dans son pays pour le mémoriser. Après de longues années d’absence des cimaises des galeries, et parallèlement à une carrière cinématographique notoire, Daoud Aoulad-Syad revient à ses premières amours. Fort des conseils de son illustre mentor, c’est le Pays Natal, le pays de l’enfant qu’il était, le Maroc ancestral et populaire qui composent le thème de ses images où s’entrechoquent les scènes du quotidien, les personnages du peuple, l’effervescence des médinas, les fêtes foraines, le Grand Sud, son Sud magnétique que l’on retrouve aussi dans ses films. C’est le pays en marge qui prend vie sous l’œil de Daoud Alouad-Syad. S’il définit lui-même sa photographie comme une photographie d’auteur, il est évident que Daoud Aoulad-Syad est le digne héritier marocain de la photographie humaniste.

©Yto Barrada, Libellule

© Yto Barrada – Libellule

Depuis une dizaine d’années, l’œuvre photographique d’Yto Barrada (Paris, 1971) interroge le contexte social et politique du Maroc, en explorant les différentes strates du territoire – particulièrement celui de Tanger où elle a grandi. Enrichi au fil du temps, il constitue un inventaire inépuisable qui décline les thématiques chères à l’artiste : le développement urbain, les conventions sociales, l’héritage du passé, l’enfance, un terrain particulièrement fertile.

© Carolle Benitah, La vague, Série «Photos Souvenirs: l’adolescence», 2012

© Carolle Benitah – La vague, Série «Photos Souvenirs: l’adolescence» (2012)

Carolle Benitah (Casablanca, 1965) s’exprime par le vécu, l’intime et aborde la photographie d’un œil analytique et rétrospectif. Ses photographies souvent autobiographiques sont une ode au mental. Le fil rouge qui perce le papier de certaines d’entre elles la renvoie vers des émotions de sa propre enfance.  C’est le fil d’Ariane avec lequel elle interroge sa propre histoire et qui doit la conduire, non pas vers une vérité, mais qui va dévoiler l’émotion.

Hicham Benohoud, La salle de classe ©MMP

Hicham Benohoud – La salle de classe ©MMP

Hicham Benohoud (Marrakech, 1968) a été professeur d’arts plastiques de 1989 à 2002. Sa carrière d’enseignant lui a inspiré ses premiers travaux La salle de classe I et La salle de classe II où ses élèves sont les personnages de mises en scènes étranges. Seuls ou par petits groupes,  assis, couchés ou debout sur un tabouret, ils posent au milieu de la salle. Des éléments, fils de fer, tissus, collants, cartons, rubans adhésifs, participent à la composition graphique des images et suggèrent l’enfermement de l’horizon, le poids du conformisme. C’est cette série, montrée dans le cadre d’une exposition personnelle à la galerie VU à Paris en 2001, et publiée aux Éditions de l’Œil à Montreuil la même année, qui est visible au MMP+. L’individu reste au centre des préoccupations artistiques d’Hicham Benohoud et lorsqu’il ne travaille pas avec des modèles il tourne l’appareil sur lui-même pour réaliser une série d’autoportraits atypiques.

Autoportrait de la série "Habitées par des images que nous n’avons pas choisies", 1993

Yasmina Bouziane – Autoportrait de la série « Habitées par des images que nous n’avons pas choisies » (1993)

Née d’un père marocain et d’une mère française, Yasmina Bouziane (Washington, 1968) grandit au Maroc puis part aux USA pour poursuivre ses études. Dans une série d’autoportraits burlesques réalisés en 1993 (Habitées par des images que nous n’avons pas choisies), elle se met en scène, parée d’un accessoire loufoque (une paire de santiag…). En intégrant un « total look orientaliste » , elle endosse également le parti-pris de l’échange des rôles. Il s’agit pour elle de dénoncer l’ambiguïté de la photographie ethnographique en s’appropriant les objets de cette fabrication d’une image orientaliste.

Ali Chraïbi - Portrait de la série "Joconda"

Ali Chraïbi – Portrait de la série « Joconda »

Ali Chraïbi (Marrakech, 1965) vient assez tardivement et par hasard à la photographie. Passionné par le noir et blanc, il capte les réalités urbaines au cours de ses pérégrinations dans Marrakech. La série « Joconda », débutée en 2005 à Azemmour, représente des portraits de femmes issues de milieux sociaux défavorisés. Prostituées, mendiantes, mais aussi femmes plus aisées, toutes ont en commun le fait d’être assez âgées. Elles représentent la « vraie » femme marocaine, une femme qui a beaucoup enduré, beaucoup souffert. A travers ces images, Ali Chraïbi essaie de rendre à ces femmes toute la noblesse qu’elles méritent. De format carré, ces images ont été prises avec un 6×6, conférant un style plus classique mais une qualité artistique indéniable.  Si ces images génèrent de l’émotion avec tant d’intensité, c’est aussi et surtout parce que le photographe a su capter tout le vécu de ses personnages.

Hassan Hajjaj

Hassan Hajjaj – Quatre portraits

Hassan Hajjaj (Larache, 1961) immigre à Londres avec sa famille à l’âge de 14 ans. Empruntant aux différentes cultures qui sont les siennes, il utilise les stéréotypes picturaux tels que les odalisques ou les logos des images de marques devenues icônes. Eléments orientaux et occidentaux s’assemblent et se confrontent pour créer un univers riche et séduisant, personnel et universel. Le soin qu’apporte Hassan Hajjaj à l’encadrement de ses photographies rappelle le degré de finition dans la répétition des motifs de l’art décoratif islamique. Appelé souvent le « Andy Warhol marocain », Hassan Hajjaj évolue entre trois mondes, tout comme l’icône du Pop Art : la photographie, la mode et la musique. Flatté d’être comparé à Warhol qu’il admire, il répond  ne pas chercher à se mesurer à lui mais faire ce qu’il sent naturellement.

Lamia Naji

Lamia Naji – Immaculé (2011)

« Je dessine avec la lumière ». C’est par cette phrase que Lamia Naji (Casablanca, 1966) définit son travail de photographe et de vidéaste. Ses œuvres passent du noir et blanc à la couleur, jouant de contrastes entre ombre et lumière. Elle retraduit une succession de réflexions, d’émotions, de sentiments. Formant un véritable langage pictural, ses photographies s’inscrivent généralement dans des séries, dont l’univers caractéristique exprime l’intimité humaine.

Hicham Gardaf (Tanger, 1989) et Leïla Sadel (Casablanca, 1985) sont deux jeunes photographes prometteurs. Hicham Gardaf puise son inspiration dans les instants du quotidien, pour recréer un portrait en noir et blanc de sa ville, Tanger,  sombre et contrasté mais toujours empreints de poétisme.

Leïla Sadel - Série "De passage", 2010

Leïla Sadel – Série « De passage » (2010)

La démarche de Leïla Sadel  est tout autre. Elle récolte des éléments divers qu’elle s’approprie un temps pour leur donner une autre forme, une autre histoire. Elle privilégie le décalage de sens allant de l’agencement à la confrontation en passant par la mise en forme des éléments collectés.

Autodidactes ou bardés de diplômes, tous ces artistes ont plusieurs points communs. La prédilection pour le noir et blanc pourrait sembler d’autant plus surprenante pour des photographes issus d’un pays riche en couleurs. «Ils travaillent la lumière et les nuances très fortes du clair et de l’obscur pour mieux capter les instants du quotidien et enregistrer le passage du temps et les rythmes de la vie, la profondeur du noir confrontée à l’éclat solaire.» (Mona Khazindar, Nicole de Pontcharra, Le Maroc en mouvement, Malika éditions, 2000). Alors que leurs confrères occidentaux focalisent généralement leur objectif sur les splendeurs de ce pays, les photographes marocains portent un regard franc et direct sur sa détresse. Ils ne font que refléter une sombre réalité, chargée d’émotion, souvent de vécu et d’humanité.

La photographie est un art jeune au Maroc. Cependant aucune structure ni soutien public, qui pourrait donner une visibilité nationale ou internationale aux artistes n’existent. Les galeries privées, de plus en plus nombreuses dans les grandes villes du royaume, cherchent à promouvoir les artistes au niveau international et jouent dès lors un rôle fondamental pour les aider à trouver leur place sur un marché de l’art en pleine explosion. De trop rares initiatives privées (fondations, musées privés) offrent leurs cimaises pour que puissent exposer artistes-photographes marocains. Mais ceux-ci ne trouveront leur place que lorsque la photographie parviendra à se situer au Maroc en tant qu’art. La prochaine ouverture en 2016 du Marrakech Museum of Photography and Visual Art, pour peu qu’il tienne ses promesses, viendrait fort à point pour des créateurs toujours plus prolifiques.

Isabelle Six

Vue extérieure du projet  près du bassin de la Ménara © MMP+

Vue extérieure du projet près du bassin de la Ménara © MMP+

Renseignements pratiques :

Marrakech Museum of Photography and Visual Arts  / Le Musée de la Photographie et des Arts Visuels de Marrakech

Ouverture : début 2016

Lieu prévu : proximité du Jardin de la Ménara

Website : http://mmpva.org/

Exposition en cours :

  • « 10 Photographes Contemporains Marocains » : Yto Barrada, Hicham Benohoud, Carole Benitah, Daoud Aoulad Syad, Hassan Hajjaj, Hicham Gardaf, Lamia Naji, Leila Sadel, Ali Chraibi et Yasmine Bouziane, du 6 septembre au 25 octobre 2013

Prochaines expositions :

  • MMP+ Magnum collaboration, du 27 octobre 2013 au 1er février 2014
  • Fame, Fashion, Celebrity, by Lewis Morley, du 1er novembre 2013 au 1er février 2014

Lieu actuel: Pavillon de l’Héliotrope du Palais el-Badi

Organisateurs : Marrakech Museum of Photography (MMP+)

Prix d’entrée : billet du Palais el-Badi (10 DH, permet de visiter le Palais + expo)

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