Skip to content

> « Lumières d’automne ». L’exposition de la rentrée 2012 au Musée de la Palmeraie

28 octobre 2012

Le jardin du Musée de la Palmeraie – photo I. Six

Le mois d’août est caniculaire à Marrakech. Le soleil de plomb, tel un rouleau compresseur, uniformise tout sur son passage. Les ombres semblent plaquées au sol, sans nuance. Mais dès le mois de septembre, la lumière se fait plus douce, plus tempérée. L’automne existe aussi à Marrakech. Depuis plusieurs semaines déjà, le Musée de la Palmeraie annonçait son exposition « Lumières d’automne » avec un beau visuel de Raja Atlassi. Cette femme peintre m’était encore inconnue il y a quelques mois. J’ai pu découvrir son œuvre lors de mes visites au musée où un étrange tableau m’interpelait depuis les cimaises de la salle. Une femme sur fond bleu outremer dont le visage opalin émergeait d’une mosaïque de soierie précieuse : évocation de Klimt, d’icônes russes ou les deux à la fois ? Chaque œuvre de Raja Atlassi porte le nom d’un jardin ou d’une fleur. L’analyse détaillée de celle-ci permet d’avancer qu’il s’agit d’un hommage au jardin Majorelle : tout le pourtour reprend des détails de la fontaine, du pavillon, des cactées du musée-jardin dédié au peintre.

Raja Atlassi, détail de « Jardin Majorelle » – photo I. Six

Au sortir de l’été, saison des festivals où l’on préfère profiter de la fraîcheur du soir, le Musée de la Palmeraie inaugurait sa rentrée artistique en cette période plus calme. Dans la grande salle du dôme, espace dévolu aux expositions temporaires, six artistes traduisent chacun à leur manière, sur la toile ou le papier, la lumière en tant que matériaux libre et brut. Le choix d’exposer côte à côte des artistes confirmés et des jeunes talents, marocains, mais aussi des artistes étrangers qui vivent et créent au Maroc, est une volonté affirmé d’Abderrazak Benchaâbane, le concepteur du lieu. En effet, n’est-il pas plus important de montrer au public des œuvres d’artistes qui participent à la vie artistique du Maroc, quelle que soit finalement leur origine. Sans pour autant renier sa mission de conservation et de valorisation de son patrimoine national, le Musée de la Palmeraie se veut avant tout une plate-forme de dialogue et d’échange culturel. Et, nous ne le soulignerons jamais assez, ce musée s’investit d’une mission éducative et sociale exemplaire auprès des écoles des douars voisins : pour la deuxième année consécutive, il organise des ateliers à visée artistique et éducative pour des enfants de 6 à 15 ans, dans un cadre qui laisserait rêveur bien des musées occidentaux.

Raja Atlassi – photo R. Six

Dès l’entrée, les grands panneaux de l’artiste autodidacte Raja Atlassi nous invitent à pénétrer son univers. Créatrice de costumes pour le théâtre, elle emprunte la voie du dessin d’ornement. Ce cheminement vers la création de la parure transparaît très nettement dans ses tableaux, dominés par la présence de la femme, mystérieuse et énigmatique. Mais, alors que le personnage féminin occupe une place importante dans l’œuvre de Raja Atlassi, l’artiste interprète la nature avec une sensibilité toute particulière. Le monde végétal l’inspire et lui insuffle toute la force de lumière et de couleurs pour créer ses œuvres. Le jardin, véritable écrin magnifiant la femme comme un bijou, s’orne de fleurs imaginaires, l’un faisant écho à l’autre.

Raja Atlassi, détail.
– photo I. Six –

Le cloisonnement des surfaces, les aplats de couleurs ne sont pas sans rappeler les grands panneaux du nabis Edouard Vuillard ou les œuvres japonisantes de certains artistes du XIXème siècle. Raja Atlassi exploite la technique du collage à son paroxysme pour un rendu des matières kaléidoscopique, un assemblage audacieux de couleurs et un véritable jeu de lumière.

Elhoussaine Mimouni – photo I. Six

Originaire de Taroudant, Elhoussaine Mimouni a peu vécu au Maroc puisqu’il a étudié à Tours et enseigne les arts plastiques à Montpelliers. Il y revient régulièrement et ces multiples périples vers le pays constellent ses toiles dans un jeu de symboles, d’écritures parsemées et de perspectives d’horizons. Ils symbolisent aussi pour lui le retour à la lumière, celle si particculière de l’Afrique. Mêlant peinture sur papier ou sur toile, gravure et autres supports sensibles à la trace, l’artiste  retranscrit  son désir de voyage d’une rive à l’autre au travers de symboles récurrents. Une barque fend la toile dans sa longueur, tandis que le fond s’anime de lettres et de messages tachetés. Les échelles s’élèvent alors que des directions se profilent, tantôt le Nord, tantôt le Sud, ou parfois simplement l’Horizon. Son travail artistique se nourrit de son intérêt pour l’archéologie et l’ethnologie, de ses multiples recherches et lectures, toujours orientées vers le Sud qui le fascine. De la couleur, il y en a peu dans les tableaux d’Elhoussaine Mimouni. Et cette couleur est celle de la terre, de l’argile, du sable, des poussières du marbre.

Abdelaziz Lkhattaf
– photo I. Six

Ce qui frappe le plus chez Abdelaziz Lkhattaf, c’est l’atmosphère lourde de silence et l’univers mystérieux dans lesquels évoluent des personnages sans visage. Des silhouettes massives nous tournent le dos et semblent suspendues, happées dans des sables mouvants, dans un asphalte brûlant, dans une matière indéfinissable : eau, terre, ciel ? Ces hommes, ces femmes engoncés dans un cocon de tissu se dirigent vers un horizon indistinct, un ailleurs énigmatique. Dans l’œuvre de Lkhattaf, la lumière est indissociable de la couleur. Sa palette offre une gamme étendue allant des ocres brûlées de Marrakech aux couleurs éclatantes des teinturiers, du bleu de Tanger à la blancheur des murs chaulé. Adepte d’un esthétisme minimaliste, il opte pour l’emploi de matériaux bruts comme la terre, la paille et la pierre qui lui permettent de traduire au mieux sa recherche de simplicité.

Abdellah Oulamine

Au premier coup d’œil, les œuvres d’Abdellah Oulamine se démarquent par leurs petits formats et la technique utilisée. D’aspect monochrome – elles sont réalisées au crayon sur papier – on ne comprend pas immédiatement la pertinence de leur sélection par rapport à la thématique de l’exposition en les examinant de plus près, il s’avère qu’il ne s’agit pas d’un simple trait de crayon. Abdellah Oulamine utilise la technique du pointillisme, technique picturale qui consiste à traduire l’espace et la lumière par la juxtaposition de « petites touches ». Plus il ajoute de nouvelles couches de petits points, plus il y a possibilité de combiner lumière et ombre, et de ce jeu se dégagent de nouvelles formes. Avec une pareille technique, il ne peut pas réaliser de grands formats. Il trouve ses sujets d’inspiration dans l’observation de scènes insolites du bord de mer d’Essaouira la ville où il vit désormais, et de l’architecture ocre des « kasbahs » du Sud.

Abdellah Oulamine (collage et crayon)

Patrick Carpentier et Olivier Van Der Vynck se sont vu offrir les cimaises du  Musée de la Palmeraie pour exprimer leur vision de la lumière d’Afrique. Normand d’origine, le premier est arrivé à Marrakech en 2007. Autodidacte, Patrick Carpentier se détache petit à petit de la figuration.  Le changement des matériaux vers la cendre, le charbon de bois, la chaux, l’amène progressivement à l’épuration. Il ne retient que le mouvement, la lumière, la matière. Cette matière, devenue primordiale est travaillée par couches successives, par blocs de couleurs, à la spatule, au racloir. Plus à l’aise face à la toile que dans une galerie, l’artiste privilégie la vie intérieure, l’observation, pour retranscrire ses émotions dans ses tableaux.

Patrick Carpentier – photo de l’artiste

Olivier Van Der Vynckt, architecte-paysagiste de golfs et peintre partageant son temps entre la France et le Maroc, met en place un univers très particulier dans lequel évolue des androïdes au visage marqué par l’empreinte du temps. La lumière d’Afrique irradie des œuvres présentées par cet artiste né au Sénégal.

Olivier Van Der Vynckt
– photo R. Six –

A travers cette exposition, chacun des six artistes nous propose un parcours qui est le sien, une conception qui lui est propre, une technique qu’il maîtrise. Mais il est un point commun à chacun d’eux… C’est l’élément terre qui transparaît de leur œuvre, cet élément indissociable de la couleur et de la lumière du Maroc. Cette terre, qu’elle soit recouverte de végétation ou non, ocre, sable, rouge, qui absorbe la lumière pour la restituer adoucie, atténuée. Comme une lumière d’automne.

Inaugurée le 22 septembre,  « Lumières d’automne » devait fermer ses portes à la fin du mois d’octobre. Pour notre plus grand bonheur, l’exposition se prolonge durant tout l’automne. Un lieu que je ne vous recommanderai jamais assez…

Isabelle.

Publicités
2 commentaires leave one →
  1. 7 novembre 2012 012 02

    Bonsoir Isabelle.

    Merci beaucoup pour votre article.
    Je le trouve complet et profond. vous avez réussi avec une lecture très attentive de l’exposition.
    Bravo et Merci.

    Benchaâbane

  2. 2 mai 2013 909 22

    I’m impressed, I must say. Really rarely do I encounter a blog that’s both educative and entertaining, and let me tell you, you have hit the nail on the head. Your idea is outstanding; the issue is something that not enough people are speaking intelligently about. I am very happy that I stumbled across this in my search for something relating to this.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :