Aller au contenu principal

> Tinmal l’Almohade

2 juillet 2012

Voilà encore une belle excursion à effectuer au départ de Marrakech. Elle peut se prolonger par un circuit de plusieurs jours jusqu’à Agadir en passant par Taroudant, si le cœur vous en dit. Une longue balade sur les contreforts du Toubkal vous conduit jusqu’au Tizi-n-Test, incomparable belvédère dominant la plaine surchauffée du Sous. La sinueuse et vertigineuse route de montagne remonte la vallée du Nfiss, bordée de forêts de genévriers, puis de cyprès et de pins d’Alep, avant d’attaquer à grands virages l’ascension du col. La végétation est luxuriante, l’eau ne manque pas – la route longe l’oued Nfiss – , les cultures maraîchères alternent avec les tamaris, les lauriers roses, les oliviers. Les troupeaux de chèvres et de moutons défilent. Vous découvrirez d’anciennes kasbahs avant de vous arrêter immanquablement à Tinmal. Ce village isolé constitue l’un des sites majeurs de l’histoire médiévale du Maroc, mais aussi de tout l’occident méditerranéen.

La mosquée de Tinmel – photo I. Six

Il est frappant de voir combien les bourgades d’Aghmat et de Tinmal vécurent un destin similaire. Inconnue jusqu’à la fin du 11ème siècle, la première devient le foyer spirituel d’Ibn Tachfin (ca. 1009 -1106), fondateur des Almoravides. Au siècle suivant, un prétendu mahdi (envoyé de Dieu) prêche la pureté, le rigorisme et l’unicité de Dieu. Mohamed Ibn Toumert (ca. 1075/1097 – 1130), dont les partisans sont les Almohades (les Unitaires) crée un mouvement contestataire avec la ferme intention de déraciner totalement les Almoravides. Il s’installe à Tinmal, site déjà très difficile d’accès et renforcé par tout un système de fortifications. A la mort d’Ibn Toumert en 1130, son lieutenant, Abd el-Moumen (ca. 1100 -1163), poursuit sa tâche d’unification. La chevauchée dure vingt années et s’achève par la chute de la dynastie almoravide et la prise de sa capitale Marrakech en 1147. Tinmal, petite cité du Haut-Atlas marocain, devient la capitale spirituelle et le centre culturel de tout un empire.

La salle de prière – photo I. Six

Après le déclin de chacune de ces dynasties, Aghmat et Tinmal redeviennent ce qu’elles étaient avant ces épopées : de simples villages au pied de l’Atlas pour l’un, à flanc de montagne pour l’autre. Retombées dans l’oubli, seuls, quelques vestiges et monuments rappellent le passé glorieux de ces modestes cités.

Sur une plate-forme surélevée, magnifique et d’une rare beauté apparaît la mosquée fortifiée de Tinmal. Elle fut construite en 1153 par Abd el-Moumen en hommage au mahdi Ibn Toumert. Admirablement restaurée en 1997, elle garde toute la sobriété propre à l’architecture almohade. Cette dynastie, pourtant basée sur un ascétisme et une rigueur religieuse, se laissa attendrir dans le domaine de l’art en imaginant de délicates ornementations sur les mirhabs, arcades et autres chapiteaux. Elle créa un type bien précis de grande mosquée dont le plan présente un dispositif en T. Il se caractérise par des nefs perpendiculaires au mur qibla, mur indiquant la direction de La Mecque.

Le mirhab précédé d’une travée avec coupole à mouqarnas – photo I. Six

La première travée parallèle à ce mur est ornée de coupoles à mouqarnas, sorte de stalactites en stuc disposées en encorbellement. Ce sont probablement les premières et les plus parfaites du genre au Maroc. Une allée centrale mène au mirhab au-dessus duquel – fait exceptionnel – était placé un minaret, semblable à la Tour Hassan de Rabat, à la Koutoubia de Marrakech et à la Giralda de Séville. La salle de prière était à l’origine recouverte d’un toit de cèdre. Aujourd’hui le profane déambule parmi une forêt de piliers à ciel ouvert pour aboutir dans la cour aux ablutions et admirer au passage les ornements subtils tels que l’arc lobé, polylobé ou à lambrequins ; les chapiteaux portent des motifs floraux très simples et quelques éléments d’écriture coufiques facile à lire. Le mirhab est à lui seul le symbole de l’austérité voulue, associant la pureté de l’arc brisé outrepassé et de l’arc à lambrequins qui l’enveloppe à la simplicité du large bandeau à entrelacs géométriques qui les encadre.

Rollier d’Europe (Coracias garrulus) – photo I. Six

Le visiteur qui se promène le long des remparts à Marrakech ou à Taroudant est frappé par la présence de trous qui parsèment les pans de murs. Pigeons, moineaux et martinets y trouvent leur refuge, mais ce n’est certainement pas ce souci qui préoccupa les bâtisseurs. Ces cavités sont liées à la technique de construction du pisé et correspondent à l’emplacement des traverses de bois supportant le coffrage. Non obturées, elles permettent l’accrochage des échafaudages pour les travaux d’entretien. La mosquée de Tinmel offre ces « nichoirs » aux Moineaux domestiques et aux Rolliers d’Europe. Lors de mes dernières visites au mois de mai, j’ai eu le bonheur d’observer ce magnifique oiseau au plumage bleu turquoise et au manteau brun clair, dont les tons se marient à merveille avec l’azur du ciel et l’ocre de la terre. Son cri rauque, sorte de « rak-rak » similaire à celui d’un Corvidé, se fait encore entendre lorsque l’on se promène le long du ruisseau en contrebas de la mosquée.  Peu à peu,  le croassement s’amenuise et devient coassement. Ce sont les grenouilles qui entament un concert. Assis au bord de l’eau, sur de grosses pierres plates, nous avons choisi un endroit idéal pour un pique-nique. La mosquée émerge derrière un rideau de feuillage. Vision magnifique.

Isabelle.

Arc polyylobé – photo I. Six

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :