Skip to content

> L’appel du Sirli du désert

6 juin 2012

Marrakech est la première ville du Sud. Elle nous ouvre la porte vers le désert. Mais il faut encore traverser les montagnes de l’Atlas, passer le col du Tichka à plus de 2.000 mètres et rouler toute une journée avant de rejoindre Zagora d’où partent les 4×4, s’organisent les caravanes de dromadaires et où l’on peut saluer la fameuse plaque « Tombouctou, 52 jours de marche ». Tout le long du trajet ce ne sont que petits villages en terre accrochés à flanc de montagne, larges hamadas rocailleuses ou palmeraies luxuriantes. Un contraste total avec les paysages du Nord du Maroc.

Au bivouac, avant l’arrivée de la tempête
– photo I. Six –

Depuis que j’ai le désert à portée de la main, je n’y suis pas encore retournée. Et pourtant, plus d’une fois il est venu jusqu’à moi lorsque le chergui souffle sur la ville et dépose du sable rouge sur la terrasse de la maison. Je me sens privée de désert. Pour l’avoir éprouvé plusieurs fois, je sais combien il me manque. Alors je me replonge dans mes souvenirs de méharées. J’interroge l’homme qui l’a quitté pour vivre désormais à mes côtés dans la ville rouge. C’est décidé, on y retournera à l’automne quand il fera moins chaud.

Chacun vit le désert à sa façon. J’ai besoin de sentir la caresse du sable sous mes pieds, ce sable ultra fin qui glisse entre les orteils. J’aime marcher des heures au rythme de la caravane, sur les pas des dromadaires, m’arrêter à l’ombre d’un tamaris, m’asseoir sur les talons pour la « pause orange », écouter sans les comprendre les discussions sans fin des chameliers berbères, leurs rires, leurs chants, leurs silences, manger le pain cuit sur la braise, à l’étouffée sous le sable. Dormir sous le plus beau dais du monde, la voûte étoilée. Et décrypter le paysage, à l’écoute du moindre petit bruit. Contrairement à ce que l’on pense, le désert n’est pas un grand espace vide, il est plein de vie. Pour survivre, animaux et végétaux ont su mettre en place d’incroyables stratégies d’adaptation.

Calotropis procera ou « Pommier de Sodome »
– photo I. Six –

Le premier végétal étrange auquel j’ai été confronté, et pourtant très  réquent dans le désert, est cet arbre appelé Calotropis procera ou Pommier de Sodome« . Adapté à l’aridité des lieux, il aparaît le plus souvent dans l’oued asséché où l’on marche pendant des heures. Ses fruits sont de gros follicules renflés et ovoïdes qui évoquent une pomme verte, d’où son nom. Ses fleurs exubérantes, mauve violet, un peu blanches, sont simples et coriaces. La présence du calotropis n’est pas bon signe dans l’environnement car elle signifie que la terre s’appauvrit. Il  contient un latex blanc toxique qui s’écoule à la moindre blessure. On dit qu’une goutte peut rendre aveugle. Ses fleurs et ses feuilles représentent un danger pour les animaux qui les évitent, mais les chèvres se reposent à son ombre ! Si l’usage de cet arbre est dangereux, en revanche il est très exploité en tant que matériel pour faire du feu. Dans son sac, un nomade aura toujours une petite branche de torha (son nom en amazight) sur laquelle il frottera vigoureusement un bâtonnet de bois dur pour enflammer la bourre extraite du fruit.

Traquet à tête blanche (Oenanthe leucopyga)
– photo I. Six –

Le Traquet à tête blanche est le compagnon du nomade. Véritable oiseau du désert, il subsite en plein Sahara et se retrouve à tous les bivouacs, sur la moindre branche d’arbre, au sommet du moindre rocher. Ce petit passereau entièrement noir semble avoir reçu une tache de peinture blanche sur la tête et … sur le bas-ventre ! D’un vol vif et puissant, il se pose sans hésitation à l’entrée de la tente où se préparent les repas. Il arrive qu’il suive la caravane un bout de chemin pour finalement l’abandonner et poursuivre sa route. A moins qu’il n’ait une autre caravane en vue…

La pause de midi
– photo R. Six –

Après une matinée de marche, le soleil commence à faire sentir la chaleur de ses rayons. Il est temps de chercher l’ombre bienfaitrice d’un tamaris ou d’un acacia. Les chameliers font asseoir les dromadaires avec un « outch » nerveux, ils les délestent de leurs lourdes charges et les entravent pour éviter qu’ils ne s’éloignent trop du campement. Il est curieux de voir comme un simple morceau de corde entre les pattes de devant transforme la démarche paisible de ces grands camélidés en un trottinement de chochotte. En dépit de cela, ils iront se régaler de feuilles d’acacia, aux épines redoutables, ou d’aiguilles salées de tamaris, quelques centaines de mètres plus loin. En l’espace d’un quart d’heure, tapis, matelas et paniers sont déployés pour un repas improvisé. Pendant que les plats se préparent, l’amer thé vert des nomades est déjà prêt. Au menu du jour, salade de tomates, oignons et poivrons verts, omelette berbère et fruits frais.

A ces heures de la journée, il n’y a pas grand monde qui bouge. Les chameliers et les marcheurs reprennent leurs forces avant d’entamer les sept derniers kilomètres de la journée. Les dromadaires ne sont pas bien loin, le bruit de leurs mâchoires se fait entendre poncté de quelques râles de satisfaction. Le soir et la nuit, en revanche, une vie intense règne sur l’étendue désertique. Fennecs, chacals, gerboises et autres chasseurs nocturnes sortent de leur terriers comme en témoignent les traces qu’ils laissent sur le sable, visibles au petit matin.

A l’aube, le soleil se lève, nimbé d’une douce lumière. Il arrive quelquefois qu’un son très particulier accompagne ce spectacle magnifique. Il m’a fallu un bon moment avant de comprendre qu’il s’agissait du chant d’un oiseau: un sifflement plaintif et mélancolique, assez lent et en crescendo, fait d’une série de duu flûtés, pour finalement ralentir et retomber. Jumelles au cou, oreilles à l’affût, je me mets en quête de cet étrange musicien. Le Sirli du désert, c’est bien lui, émet sa première phrase posé sur un caillou. Après un long silence, il effectue un saut de quelques mètres en l’air au début de la seconde phrase, retombant ensuite en vol plané en terminant celle-ci.

Le Sirli du désert (Alaemon alaudipes)
– photo http://www.oiseau.net

Cette parade, typique de la famille des alouettes me permet d’observer mon bel oiseau. Son plumage a la couleur du sable, sa poitrine est tachetée de sombre. Grand et élancé, il parvient à subsiter dans les endroits les plus arides. Il chante en hiver et au printemps, même en milieu de journée par grosse chaleur, alors que tous les autres oiseaux se taisent. Un long bec fin et recourbé lui  permet d’attraper des insectes, parfois des escargots, mais aussi un peu de matériel végétal. Ce qui le caractérise ? Posé, vous lui verrez plus facilement une belle moustache noire, un trait noir sur l’oeil et un sourcil blanc; au vol, une double barre blanche dans l’aile encadre les rémiges noires.

Depuis ma première rencontre avec le sirli, je ne peux imaginer un séjour dans le désert sans l’observer ni l’entendre. Son chant est désormais indisociable des hamadas, des steppes arides, des oueds asséchés. Tendez l’oreille et écoutez, le voilà qui commence à chanter.

Isabelle.

Advertisements
3 commentaires leave one →
  1. Philippe Salamone permalink
    12 juin 2012 808 50

    Que de souvenirs sont remontés du fond de ma mémoire à la lecture de ton article Isabelle . Si je n’avais pas déjà programmé une marche dans le désert , l’envie m’en serait venue . Sirli , n’est-ce pas l’oiseau auquel je t’avais comparée dans mes « caricatures » ??? ( clin d’oeil )

    • 12 juin 2012 1212 34

      C’est bien lui ! Ce premier sjour dans le dsert reste grav dans ma mmoire et j’ai gard bien prcieusement ton petit texte.

      ________________________________

  2. marie anne maniet permalink
    3 septembre 2012 1111 02

    Kuku Isabelle …. Félicitations pour tout ce que tu a entrepris … je n’écris pas volontiers …. mais je lis tout ce que tu écris … et maintenant je commence à préparer un nouveau séjour dans le désert guidés par nos amis …. Je te promets que si un jour je passe par marrakech je m’arrêterai chez toi.
    Bonjour à Omar. Je t’embrasse. marie anne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :